‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 62 sur 185 · CHAPITRE XXIX. — PALENCIA · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX. — PALENCIA

CQ qui m'avait été dit, cela m'eût beaucoup coûté. Je Faurais fait néanmoins, avec l'espoir que sa Majesté, <5omme en d'autres conjonctures, ferait changer d'avis au confesseur, afin qu'il exécutât ce qui était de son bon plaisir.

Je commençai par dire au chanoine que Notre-Seigneur m'instruisait sauvent de cette façon, et que les événements avaient bien des fois montré que c'était l'œuvre de son Esprit. Je lui racontai ensuite ce qui s'était passé, ajoutant que je suivrais ses avis, quoiqu'il pût m'en coûter. Ce chanoine a beaucoup d'intelligence et de sainteté, et bien que jeune, il est homme de bon conseil. Tout en se rendant bien compte qu'unpareilchangementserait très remarqué, il ne voulut pas m'empêcher d'exécuter ce qui m'avait été dit. Je lui proposai d'attendre le retour du messager envoyé au propriétaire, et il fut de cet avis. Pour moi, j'espérais fermement que Dieu lèverait les difficultés. C'est ce qui arriva.

On avait concédé au maître de la maison tout ce qu'il avait voulu et demandé, quand il s'avisa de réclamer encore trois cents ducats. C'était de la déraison, car on la lui payait au-delà de sa valeur. Nous vîmes dans cet incident la mam de Dieu même, car cet liomme avait besoin de vendre, et monter le prix une fois le marché conclu, ce n'était pas acceptable. Cette circonstance nous servit beaucoup, car elle nous permit d'alléguer que nous n'en finirions jamais avec lui. Cela toutefois ne nous justifiait pas entièrement, car, pour trois cents ducats, il était clair que nous n'aurions pas dû renoncer aune maison qui paraissait convenir pour un monastère. Je dis à mon confesseur

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de ne pas se mettre en peine de ma réputation : du moment qu'il m'approuvait, il ne m'en fallait pas davantage. Je le priai en même temps d'avertir son ami que j'étais résolue d'acheter la maison de Notre-Dame, qu'elle fût chère ou à bas prix, bonne ou mauvaise. Ce chanoine est extrêmement perspicace. Voyant un changement si subit, il devina, je crois, sans qu'on lui dît* rien, quel eu était le motif, et il ne me pressa plus.

Dans la suite, nous comprimes tous que nous faisions une lourde maladresse en achetant l'autre maison. Nous sonmies frappés maintenant de voir à quel point celle-ci est préférable. Mais le principal, c'est que manifestement Notre-Seigneur et sa glorieuse Mère sont très bien ser\ds en ce lieu, et que l)eaucoup d'occasions de péché se trouvent écartées. Tant que ce n'était qu'un ermitage, il pouvait s'y passer l)ien des choses regrettables durant les veilles fréquentes de la nuit, et le démon redoutait d'y voir mettre un terme. Pour nous, nous sonmies dans la joie de pouvoir faire quelque chose pour notre Mère, notre Souveraine, la Patronne de notre ordre, et nous avons eu grand tort de ne Tavoir pas fait plus tôt. Ce seul motif aurait dû nous décider.

11 est clair que le démon nous aveuglait de toutes façons. Cette maison, en effet, offre de nombreux avantages, que nous chercherions vainement ailleurs. Toute la ville, qui nous y désirait, nous y voit avec la plus grande satisfaction ; et ceux-là même qui penchaient pour l'autre local, trouvent aujourd'hui que tout est pour le mieux. Béni soit à jamais Celui qui a daigné me donner lumière ! Si, en d'autres points, je réussis quelque peu, c'est encore Lui

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