CHAPITRE XXIX. - PALENCIA
qui m'éclaire, car, do jour en jour, je suis plus frappée de mon peu de talent pour tout. Et que Ton ne croie pas que ce soit là de rhumilité : chaque jour la chose m apparaît dans une évidence croissante. Notre-Seigneur veut, ce semble, que je reconnaisse, et que tous les autres reconnaissent avec moi, que c'est lui seul qui fait tout, et que de même qu'avec un peu de boue il donna la vue à Taveugle-né (1), de même il accomplit à présent, par une personne aussi aveugle que moi, des choses qui ne sentent point la cécité. A coup sûr, je donnai dans cette circonstance bien des marques d'aveuglement, et toutes les fois que j'y pense, je voudrais otfrir de nouvelles louanges à Notre-Seigneur. Mais hélas! j'en suis même incapable, et je ne sais vraiment conunent il peut me souffrir. Bénie soit sa miséricorde ! Amen.
Sans perdre de temps, ces saints amis de la Vierge se mirent en devoir de conclure l'achat des bâtiments. A mon avis, on les céda à bon compte. Mais ils eurent bien à faire, Dieu fournissant toujours dans ces fondations de nombreuses occasions de mérite à ceux qui nous viennent en aide. Moi seule je ne fais rien, je l'ai dit et voudrais le redire sans cesse, parce que telle est la vérité. Le mal qu'ils se donnèrent pour aménager la maison fut bien grand; de plus, ils nous fournirent de l'argent, car je n'en avais pas ; enfin, ils voulurent nous servir de caution. J'étais souvent bien en peine, dans les fondations précédentes, pour trouver quelqu'un qui voulût répondre pour des sommes très inférieures. Rien de plus naturel,
(1) Cfr. Joan., U, 6.
après tout, car je ne possède pas une blanca, et nos répondants ne peuvent compter que sur Notre-Seigneur. Cependant, sa Majesté m'a toujours fait une grâce que je mets à haut prix : jamais aucun de ceux qui nous ont rendu ce bon office n'y a perdu et, en fin de compte, tout s'est trouvé payé.
Les propriétaires ne se contentant pas de ces deux chanoines comme répondants, ceux-ci eurent recours au provisoVy lequel se nommait, si je ne me trompe, Prudencio. On me dit maintenant que c'est bien là son nom. Je n'en étais pas très sûre, parce que nous rappelions toujours le provisor. Sa charité envers nous est admirable : il nous a rendu et nous rend encore les plus grands services. Ayant rencontré les chanoines par la ville, il leur demanda où ils allaient. Us répondirent qu'ils se rendaient chez lui, pour le prier de signer tel cautionnement. Il se mit à rire et leur dit : « Quoi ! c'est de cette façon que vous me proposez de répondre pour une pareille sonunè? » Et sur l'heure, sans descendre de mule, il donna sa signature. Ceci est bien digne de remarque à l'époque où nous vivons.
Que de louanges n'aurais-je pas à donner ici à la charité que je rencontrai dans Palencia, tant de la part de la ville que de celle des particuliers! Vraiment, je me croyais au temps de la primitive Eglise, ou du moins en présence d'une charité que l'on ne rencontre plus guère aujourd'hui dans le monde. Nous ne possédions pas de revenus, les habitants allaient avoir à nous nourrir, et loin de nous faire opposition, ils disaient bien haut que Dieu leur accordait une grâce des plus signalées. A re-