‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 64 sur 185 · CHAPITRE XXIX. — PALENCIA · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX. — PALENCIA

garder la chose d'un œil éclairé, ils avaient raison : posséder une église de plus où repose le très saint Sacrement, c'est déjà une immense faveur. Bénédiction et louange sans fin lui soient rendues ! Amen. Amen.

Il est clair aujourd'hui qu'il y allait de la gloire de Dieu que notre monastère s'établit en ce lieu. Par là, plusieurs désordres ont pris fin. Tous ceux, en effet, qui passaient la nuit en veilles dans cet ermitage solitaire, n'y étaient pasamenés parla dévotion, mais àprésent, tout s'arrange. La statue de Notre-Dame n'était pas non plus tenue avec décence. L'évêque, don Alvaro de Mendoza, vient de lui faire faire une chapelle spéciale. Peu à peu, de nouvelles mesures sont prises à l'honneur et gloire de cette très sainte Vierge et de son Fils. Que Dieu en soit éternellement béni! Amen. Amen.

Quand la maison se trouva prête et que le moment de s'y transporter fut venu pour les religieuses, l'évêque voulut que la cérémonie se fît avec beaucoup de solennité. On choisit l'un des jours de l'octave du très saint Sacrement. Sa Seigneurie revint tout exprès de Valladolid (1). Le chapitre, les ordres religieux et presque toute la ville se trouvaient là. Il y avait aussi force musique. Nous nous rendîmes toutes processionnellenient, avec nos manteaux blancs et nos voiles baissés, de la

(1) Dans une lettre écrite la veille de la translation, sainte Térèse indiqne au père GraUen de quelle façon l'ordre dé la cérémonie a été réglé entre don Alvaro de Mendoza et elle : on se rendra Taprès-midi, processionnellenient et avec toute la solennité possible, à la paroisse Saint-Lazare pour y prendre le saint Sacrement, et Ton s'arrêtera probablement au couvent de Sainte-Glaire, qui se trouve sur le chemin. L'évêque, ajoute-t-elle, a passé tonte Taprès-midi au monastère et a témoigné un désir incroyable de s'employer en faveur de la réforme.

demeure que nous habitions à une paroisse voisine de la maison de Notre-Dame. La statue même vint nous y chercher. On prit là le très saint Sacrement, et on le plaça ensuite dans notre chapelle, avec beaucoup de pompe et en très bel ordre. Tout le monde était pénétré de dévotion. Les religieuses, que j'avais fait venir plus nombreuses, en vue de la fondation de Soria, se trouvaient là aussi, des cierges à la main. Le Seigneur, je crois, reçut ce jour-là dans cette ville un l)eau tribut de louanges. Que toutes les créatures le bénissent éternellement ! Amen (1).

(1) Immédiatement après la statue de la très sainte Vierge, marchait sainte Térèse, accompagnée de l'évèque, don Alvai*o de Mendoza, et de don Fi-ançois Reinoso, futur évèque de Cordoue. Les religieuses suivaient, escortées des régidoi-s. Venait ensuite, entre le corrégidor et Suero de Vega, la mt^re Agnès de Jésus, depuis peu prieure de la communauté, en remplacement de la mère Isabelle de Jésus, d'abord désignée pour cette charge. On remarquait, parmi les carmes déchaussés faisant partie du cortège, les pères Nicolas de Jésus-Marie (Doria) et Jean de Jésus (Roca). Des grilles, nous l'avons vu, avaient été ouvertes sur l'église de Notre-Dame, avec Tassentiment du chapiti*e de la cathédrale, afin de permettre aux reUgieuses de prendi'e part à tous les offices. Après la mort de leur sainte mère, les carmélites expérimentèrent qu'il on résultait {)our oUes de sérieux inconvénients. De plus, la demeure, tit>s exiguë, n*était[)as susceptible d'agrandissements ; enfin, située au centre <le la ville, elle se trouvait extrêmement bniyanto. Mais surtout, les offices qui se célébraient au gré des confrères, jusqu'à onze heures du soir, et les veilles prolongées parfois la nuit entière, leur causaient do ti*ès grandes incommodités. Se souvenant de la révélation qu'avait eue leur sainte mère relativement au choix de cette demeure, elles ne pouvaient sans de vifs .scrupules se décider à la quitter. Néanmoins en 1591, sur des avis graves, elles finirent pai* s'y résoudre. (Voir à la fin de ce volume, Docum. 52, un Extrait d'un manuscrit du couvent de Palencia). Une maison leur avait été généreusement offerte par François Reinoso; mais des conventions onéreuses les rédui* sirent ù uue grande pauvret*;. Vei's l(ii.j, l'eulrée parmi elles de Louise d'Ai'agon, veuve de don Eugène Muurique de Padilla, les tira de cette détresse. En 1592, la maison de Notre-Dame de la Rue avait été vendue par les carmélites à l'abbesse des bernardines do Santa Maria dcl Escobar, du bourg de Torquemada, nu prix île deux mille ducats. La cellule de sainte

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