‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 65 sur 185 · CHAPITRE XXIX. — PALENCIA · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX. — PALENCIA

Ce fut durant uiou séjour à Palencia que se fît, par la bonté de Dieu, la séparation des Déchaussés et des Mitigés, les premiers formant désormais ime province à part. C'était tout ce que nous désirions pour la paix et la tranquillité de la réforme. A la demande de notre roi catholique, don Philippe, on obtint de Rome un bref très ample, réglant cette question. Sa Majesté, qui nous avait déjà favorisés dans le principe, le fît d'une manière toute spéciale eu cette circonstance (1). Un chapitre se tint à

Térèse siibsisle encore aujourd'hui. De Fancienne église, il ne reste qu*une partie, servant do salle de chapitre aux bernardines. On voit encore la grande grille, placée par la sainte avec Tagrément du chapitre de la cath(> drale. Quant à la chapelle disposée pour la vénérable statue de la Vierge par les soins de don Alvaro do Mendoza, elle servit d'église aux mêmes religieuses. La statue fut honorée en ce lieu jusqu'au 5 novembre 1768. A cette date, par ordre du roi Charles III, d'accord avec l'évèque et le chapitre de Palencia, elle fut transportée dans l'église des jésuites, restée déserte par suite de la suppression de la Compagnie. Tous ces renseignements nous ont été fournis par le monastère de Palencia. Les carmélites occupent toujours le terrain où se transférèrent leurs premières mères en 1591. 11 est situé dans l'ancienne Calle de Afomon, aujourd'hui de la Virreina, L'église, qui a subi quelques modifications, date de la même époque. Elle donne sur une petite place qui a pris le nom de las Carmelitas, mais son entrée est Calle de JRamirez.

(1) La joie que Philippe II fit paraître à la réception du bref, fut très remarquée de son entourage. Tout d'abord U jeta les yeux sur l'archevêque de Séville, don Christophe de Rojas y Sandoval, pour son exécution. Mais le prélat étant mort sur ces entrefaites, le roi manda sans retard à ses chargés d'affaires à. Rome de proposer au pape le père Pierre Femandez, ancien visiteur de l'ordre du Carmel. Le 9 octobre, le bref faisant droit à cette demande arrivait & Elvas, où se trouvait alors le monarque. Le surlendemain don Louis Manrique, son chapelain et son premier aumônier, écrivait au père Gratien pour le prier de la part de Sa Majesté de se rendre à. Salamanque auprès du père Femandez et de s'entendre avec lui. Le père Gratien obéit sans délai à l'injonction royale, mais il trouva le père Femandez ti ses derniers moments. Philippe 11, instruit de sa mort, se h&ta de dépêcher à Rome, demandant que le père Jean de las Cuevas, aussi dominicain, fût nommé exécuteur du bref. Sa requête ayant été favorablement reçue, U tint à donner lui même ses instmctions au père commissaire. Le 1" février, celui-ci envoyait des lettres de convocation, en vue

Alcala, par Tautorité du révérend père Jean de lasCuevas,. de Tordre de Saint-Dominique, alors prieur de Talavera (1). Ce religieux était à la fois désigné par Rome et nommé par Sa Majesté ; il avait toute la sainteté et toute l'intelligence que réclament les missions de ce genre. Ce fut le roi qui paya les frais du chapitre, et par son ordre, l'université entière fit grand accueil à nos religieux. L'assemblée se tint, avec beaucoup de paix et de concorde ^ au collège que nos Déchaussés ont dans la ville ^ sous le titre de Saint-Cyrille. Le père maître Jérôme Gratien de la Mère de Dieu y fut élu provincial (2).

du chapitre provincial qui devait régler la nouvelle situation de la réforme. En même temps, il demandait h tous les couvents de religieuses de ferventes prières pour l'heureux succès du chapitre et l'envoi de mémoire» relatifs à leurs constitutions, dont les pères capitulaires allaient avoir à s'occuper. (Cfr. Reforma de los DescaUos, t. I, lib. V, cap. yiii et ix.) Oo trouvera à, la fin de ce volume, Docum. 53, 54, 55 et 56, la lettre de don Louis Manrique au père Gratien ; le bref de Grégoire XIO nommant le père Jean de las Cuevas commissaire apostolique ; la lettre de Philippe II à ce religieux; enfin, un Extrait de l&Peregrinaciôn, où le père Gratien raconte lui-même la part qu'il prit h des événements si importants pour la réforme. Le bref de Grégoire XIII, du 22 juin 1580, constituant la province, est au Bullarium Carmelitanum, t. II, p. 208.

(1) Le père Jean Velasquez de las Cuevas appartenait au couvent des dominicains de Salamanque. Il remplit les fonctions de provincial et fut confesseur du jeune cardinal-archiduc Albert d'Autriche, qu'il accompagna en Portugal, lors de son entrée dans ces États en qualité de gouverneur. Jean de las Cuevas fut nommé évèque d'Aviia en 1596. U mourut après avoir occupé ce siège deux ans seulement. Sa bienveillance pour la réforme de sainte Térèse se signala en toute occasion. La mère Marie de Saint- Joseph, dans son Libro de las Recreaciones (Recreac. VIII), s'est faite l'interprète des sentiments de reconnaissance des enfants de sainte Térèse envers le père Jean de las Cuevas. Elle loue « la prudence, l'humilité, lâchante avec lesquelles il a constamment procédé, les entrailles de père qu'il a encore pour eux ». (Cfr. Reforma de los Descalzos, t. I, lib. V, cap. x.)

(2) On appelait collège, chez les carmes déchaussés, les maisons d'étude pour les jeunes religieux. Les prieurs qui, avec leurs compagnons, composaient le mémorable chapitre dont parle la sainte étaient les pères : Antoine de Jésus, prieur de Mancera, et Vincent de la Trinité ; Nicolas de

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