‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 66 sur 185 · CHAPITRE XXIX. — PALENCIA · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX. — PALENCIA

Comme ces pères doivent mettre par écrit tout ce qui s'est passé là, je n'avais pas besoin de m'y arrêter. Si j'en ai parlé, c'est parce que ce fut pendant mon séjour à Palencia, lors de la fondation, que Notre-Seigneur termina une affaire si importante pour l'honneur et la gloire de sa très sainte Mère. Je puis parler ainsi, puisqu'il s'agit de l'ordre dont elle est la Dame et la Patronne.

Je ressentis en cette occasion l'une des plus grandes consolations, l'un des plus grands bonheurs, que je pouvais goûter en cette vie(l). Depuis plus de vingt-cinq ans, j'avais eu à soutenir des peines, des persécutions, des douleurs, dont le récit serait trop long et qui ne peuvent être connues que de Notre-Seigneur. En voyant l'affaire terminée, je sentis mon cœur rempli d'une joie qui ne

Jésu8-Marie, prieur de Pastrana, et Jean de Jésus ; Elle de Saint-Martin, recteur d'Alcala, et Pierre de la Purification ; Biaise de Saint-Grégoire, prieur d'Altomira, et Simon Stock; Grégoire de Nazianze, prieur de La Roda, et Gabriel de l'Assomption ; Augustin des Rois, prieur de Grenade, et Ange de la Présentation ; Pierre de la Visitation, vicaire de la Pefiuela, et Pierre de Sainte-Marie ; Jérôme de la Mère de Dieu, prieur de SéviUe, et Elisée des Martyrs ; Ambroise de Saint-Pierre, prieur d'Almodovar, et Pierre des Apôtres; Diego de la Trinité, prieur del Calvario, et Pierre de l'Incarnation ; enfin saint Jean de la Croix, recteur de Baëza, el Innocent de Saint-André. Le premier jour (3 mars), la séparation de la province fut officiellement prononcée par le père commissaire. Le second jour eut lieu l'élection des définiteurs, qui furent les pères : Nicolas de Jésus-Marie, Antoine de Jésus, Jean de la Croix et Gabriel de l'Assomption. L'élection du provincial se fit ensuite. Les suffrages se répartirent entre le père Gratien et le père Antoine de Jésus. Le premier l'emporta d'une voix seulement. (Cfr. Be forma delos Descalzos, t I, lib.V, cap. ix.)

(1) Le manuscrit de Palencia, déj& cité, porte que la sainte, lorsqu'elle reçut la nouvelle de l'obtention du bref, leva les yeux au ciel et s'écria : A présent. Seigneur, je ne suis plus nécessaire en ce monde. Vous pouvez m'appeler à vous quand vous le voudrez. Le souvenir de l'immense joie qu'elle goûta en cette circonstance resta attaché pour elle au monastère de Palencia. La tradition constante de ce monastère est qu'elle le désignait ordinairement sous le nom de Casa delconsuelo, la Maison de consolation.

saurait être comprise que de ceux qui auraient le secret do mes souffrances passées. J'aurais voulu que le monde entier rendit grâce à Xotre-Seigneur et s'unit à moi pour lui recommander la personne de notre saint roi, don Philippe, car c'est par son moyen que Dieu a conduit les choses à un si heureux terme. Et réellement, le démon avait fait jouer tant de ressorts que, sans ce prince, nous étions perdus (1).

Actuellement nous sommes tous en paix, dans la miti-

(1) Philippe n, donl le nom revient toujours avec estime sous la plume (le sainte Térèse, était fils de Temperenr Gharles-Quint et de rimpératrî<M$ Isabelle de Portugal. Né & Valladolid le 21 mai 1537, il épousa, à FÂgo de seize ans, Tinfante Marie de Portugal, sa cousine germaine, qui mourut en donnant le jour à l'infant don Carlos. Le prince avait épousé en secondes noces Marie Tudor, reine d'Angleterre, quand Charles-Quint abdiqua Fempire pour se retirer dans la solitude de SaintJust, laissauit à son fils la coiuronne d'Espagne (lutîG). Marie Tudor étant morte deux ans après, Philippe II contracta en ir5,^i9 une troisième union avec Elisabeth de Valois, dont il eut les infantes IsabeUe et Catherine. A cette époque déjà, le monarque montrait un grand zèle {wvlv la réforme des ordres religieux de son royaume. En 1566, il appela de Rome le père Rossi, général du Garmel : un peu plus tard, il pria saint Pie V de nommer |>our cette même famUlo religieuse des réformateurs apostoliques de Tordre de Saint-Dominique (1569). Kn 1573, sainte Térôse s'adressait directement au roi pour lui recommander les intérêts de sa réforme. Elle l'assurait, en même temps, qu'eUe et ses religieuses priaient pour sa personne et pour celle de la reine Anne d'Autriche, que Philippe II avait épousée en quatrièmes noces l'année 1570, ponr ceUe aussi du prince héritier, l'infant Ferdinand. En 1571, le ConseU des Ordres faisant difficulté d'autoriser la fondation d'un couvent de religieuses à Béas, h* roi sut qu'il s'agissait des carmélites réformées par la mère Térèse et ordonna aussitôt l'expédition de la patente. La sainte écrivit au monarque en d'autres circonstances, et toujours avec succès. Aussi se plaisait-elle, dans l'intimité, à le désigner ainsi : Mi amigo el Bey. Il nous reste quatre lettres d^elles qui lui sont adressées. PhUippe II prit fort à cœur la séparation des Mitigés et des Déchaussés, et sollicita lui-même un bref de Grégoire XIII à cet effet. Sainte Térèse exprime à plusieurs reprises au Livre des Fondations sa profonde reconnaissance envers le souverain ; elle demande avec instance t\ ses filles d'offrir à Dieu leurs prières ponr sa personne et pour ses États. Elle-même, au témoignage d'IsabeUe de Saint- Dominique, s'employait avec ardeur pour lui obtenir de Dieu le salut

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