CHAPITRE XXX
LE MONASTÈRE DE SORIA EST FONDÉ SOUS LE TITRE DE LA TRÈS SAINTE TRINITÉ, L* ANNÉE 1681. ON Y DIT LA PREMIÈRE MESSE LE JOUR DE NOTRE PÈRE SAINT ELISÉE.
SoMMAiRB. — Premières relations de la sainte avec le docteur Velasquez, depuis évéque d'Osma. — Ce prélat l'irwile à établir un monastère à Soria, — Piété de la fondatrice, — La sainte se met en route en compagnie du père Nicolas de Jésus-Marie (DoriaJ, — Éloge de ce religieux. — Prise de possession, — Sainteté de l'évéque d'Osma, — Térèse est rappelée à Saint-Joseph d'Àvila, — Contre-temps qu'elle eut à subir dans le cours de ce voyage.
Tandis que j'étais à Palencia, occupée de la fondation rapportée plus haut, je reçus une lettre de Tévêque d'Osina, ce même docteur Velasquez, avec lequel j'avais fait en sorte de communiquer lorqu'il était chanoine et théologal de la cathédrale de Tolède. Tourmentée encore de certaines craintes et le sachant excellent théologien, en même temps que grand serviteur de Dieu, je Favais instamment prié de conduire mon âme et de me confesser. Voyant que cette demande lui était faite au nom -de Notre-Seigneur et dans un réel besoin, il y accéda, •malgré ses grandes occupations, avec un empressement qui me surprit. Il me confessa donc et me dirigea tout le temps de mon séjour à Tolède, qui fut long. Selon ma coutume, je lui ouvris mon âme avec toute la franchise ^possible. Je m'en trouvai si parfaitement, que mes craintes
commencèrent à se dissiper un peu. A la vérité, il y eut encore une autre cause que je n'ai point à signaler ici. Ce qui est certain, c'est qu'il me fît le plus grand bien, en me rassurant par des textes de la sainte Ecriture. C'est là, du reste, ce qui me tranquillise le plus, quand j'ai la certitude d'avoir affaire à un homme d'un réel savoir. Et la certitude de son savoir, je l'avais entière, non moins que celle de sa vertu.
L'évêque d'Osma m'écrivait de Soria, où il se trouvait alors. Il me disait qu'une dame de cette ville, qu'il confessait, lui avait parlé de fonder un couvent de nos reb*gieuses, qu'il apj)rouvait son dessein et s'était fait fort d'obtenir de moi que j'irais le réaliser. 11 me priait de ne pas le trouver mauvais et, dans le cas où ce projet me paraîtrait convenable, de le lui faire savoir, afin qu'il m'envoyât chercher. Cette nouvelle me réjouit extrêmement, car, outre que la fondation me, semblait avantageuse, j'avais précisément à soumettre au docteur Velasquez certaines choses de mon intérieur. Enfin, je désirais le voir, car, depuis le grand bien qu'il avait fait à mon âme, je lui portais une vive affection. La dame fondatrice dont il s'agit s'appelle doiia Béatrix de Beaumont y Navarra, parce qu'elle descend des rois de Navarre. Elle est fille de don François de Beaumont, d'une famille très noble et très illustre. Après quelques années de mariage, elle resta veuve, sans enfants et avec de grands biens (1). Il y avait
(1) Dofia Béatrix, originaire de Pampelune, était fiUe d'un capitaine général des gardes de rempereur Charles-Quint, et veuve de don Juan de Vinuesa, riche seigneur de Soria. Après avoir fondé le couvent de Soria, elle contribua à rétablissement de celui de Pampelune (1583), où elle