‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 69 sur 185 · CHAPITRE XXX. — SORIA · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX. — SORIA

déjà longtemps qu elle avait résolu d'établir un couvent de religieuses. Elle s'en ouvrit à Tévêque, qui lui lit connaître cet ordre des Déchaussées de Notre-Dame. Elle en fut si enchantée, qu'elle le pressa vivement de mettre le projet à exécution.

Cette dame est très douce de caractère, généreuse, pénitente ; bref, grande servante de Dieu. EUe possédait à Soria une belle maison, solidement bâtie et très bien située, qu'elle promit de nous donner avec tout ce qui serait nécessaire pour la fondation. Elle nous la donna en elfet, avec une rente de cinq cents ducats au deniervingt (1). L'évoque, de son côté, s'offrit à nous céder une très belle église toute voûtée, qui était celle d'une paroisse voisine. On devait la mettre en état de nous servir, en la faisant conmiuniquer avec la maison de cette dame, au moyen d'un passage couvert. Comme elle n'avait pas de revenus et que les églises sont nombreuses à Soria, l'évêque pouvait sans difficulté transférer ailleurs la paroisse. Il m'exposait tout cela dans sa lettre. J'en fis part à notre père provincial, qui \dnt sur ces entrefaites à Palencia. 11 jugea, avec tous nos amis, que la fondation de Palencia étant achevée, je devais écrire à l'évêque, par un exprès, que Ton pouvait venir me prendre. Cette décision me fit grand plaisir, pour les motifs indiqués plus haut.

prit rhabit religieux, âgée de soixante ans. EUe y vécut saintement, sous le nom de Béatrix du Christ. Sa mort arriva Tannée 1600. (Cfr. Reforma de Im DeseaUos, t. Il, lib. VI, cap. xxi et xxii.) Yepès met la mort de dofia Béatrix à Tannée 1602.

(1) Le denier-vingt est Tintérêt au vingtième du capital, soit cinq pour cent L'acte de donation par lequel doua Béatrix de Beaumont assure cette rente au monastère de Soria est daté du 14 juin 1581. On en trouvera le texte à la fin de ce volume, Docum. 57.

^l-eO LES FONDATIONS.

Je m'occupai alors de faire venir les religieuses que je voulais emmener. Notre fondatrice en désirant plutôt plus que moins, j'en désignai sept, avec une sœur converse, outre ma compagne et moi (1). Sans perdre de temps, on nous envoya chercher par un honmie doué de toutes les qualités désirables en pareille circonstance (2).

J'avais prévenu que je serais accompagnée de deux carmes déchaussés. J'amenai avec moi le père Nicolas de Jésus-Marie, homme de beaucoup de perfection et de prudence, génois de naissance (3). Il avait, si je ne me

(1) Les religieuses destinées à la fondation de Soria étaient : Catherine du Christ, Béatrix de Jésus, Marie du Christ, Jeanne-Baptiste, Blarie de Jésus, Marie de Saint-Joseph, Catherine du Saint-Esprit et Marie-Biq>tiste« converse. La compagne de la sainte était la vénérable Anne de Saint- Barihélemy.

(2) Outre l'un de ses chapelains, nommé Chacon, Tévèque d'Osma avait envoyé un alguazil, chargé de servir et protéger la sainte et sa compagnie. La fondatrice, dofia Béatrix de Beaumont y Navarra avait tenu également à faire escorter les religieuses par son propre chapelain, François de Getina. Enfin, don Alvaro de Mendoza avait envoyé dans le même but un prébende de Palencia, nommé Pierre de Ribera. (Cfr. He forma de los Descaliot, t. I, lib. V, cap. XX.) La présence de Talgnazil vara alta (verge haute) donna lieu & plus d'un commentaire. Comme on approchait d'un viUage, raconte Anne de Saint-Barthélémy, il en sortit des gens qui dirent : • Oh ! les pauvres malheureuses ! On les mène prisonnières à l'Inquisition I • (Voir, l)ocum. 58, un Extrait de la Relation inédite de la vénérable Anne de Saini- Barthélemy.) Les alguazils devaient porter à la main, par les rues et dans les actes de leur compétence, la verge (vara), attribut de leurs fonctions. Lorsqu'un alguazil présentait sa verge & une personne qu'il voulait arrêter, elle était obligée de le suivre à l'instant En cas de résistance à Tanne à feu ou à l'arme blanche, l'alguazil, au nom du roi, réclamait secours do premier bourgeois venu, lequel devait prêter main-forte, sous peine d'eocourir la peine de rébellion. Le prisonnier rebelle, conduit aux prisons, était ensuite monté sur un àne et fustigé par les rues de la main du bour^ reau, s'il était roturier. S'il était gentilhomme, il subissait la peine dn bannissement.

(3) Nicolas Doria était né à Gènes, d'une famille illustre, le 18 mai 1539. Son père et sa mère se nommaient Dominique et Marie Doria. D'un esprit vif et entreprenant, il s'appliqua de bonne heure au négoce, très en hon-

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