CHAPITRE XXX. — SORIA
trompe, plus de quarante aus quand UpritThabit, au moins les a-t-il maintenant. Son entrée dans Tordre est récente, mais il a fait tant de progrès en peu de temps, que Notre- Seigneur, on le voit bien, l'a choisi pour être le soutien de notre réforme durant la période de grandes persécutions que nous avons traversée. De fait, il nous a rendu de très grands services, alors que les religieux qui auraient pu
neur dans sa pairie ot poar lequel il avait des aptitudes marquées. En 1570, il passa eu Espagne et fixa sa résidence & Séville, la ville la plus trafiquante de toute la péninsule. En janvier 1571, les carmes déchaussés fondaient le couvent de Los Hemedias, et Doria retrouvait Ambroise Marlano, avec lequel il était lié de vieiUe date. Ses relations avec les fervents religieux tournèrent ses pensées vers les choses du ciel. Il iHudia la théologie et reçut les ordres sacrés. Cependant Mariano, sachant Tarchevôque de Scville, don Christophe de Rojas, livré à de cruels soucis par suite des dettes dont son archevêché se trouvait grevé, pria son ami de lui venir en aide. I^icolas Doria réussit heureusement : il démêla les questions complexes dont il s'agissait, et rétablit les affaires du prélat sur un pied satisfaisant. La nouveUe du service rendu à Tarchevôque de SévlUe parvint aux oreilles du roi. Philippe H manda Nicolas Doria et lui proposa ses difficultés en matières de traités et d'échanges. Doria éclaircit les points difficiles avec une sagacité qui laissa le monarque surpris et charmé. Philippe II était prêt à lui donner tel évèché d'Espagne qu'U eût voulu accepter. Mais Doria déclina les honneurs ; déjà, un attrait marqué lo portait vers la vie pauvre et pénitente qu'il avait admirée au couvent de Los Hemedios. Sur ces entrefaites, sainte Térèse arrivait à Se ville. Doria avait déjà fait sa connaissance à Tolède. Frappé de trouver en elle la réunion du génie et de la sainteté, U inclinait chaque jour davantage vers sa réforme. Bientôt U se retirait à titre d'ami au couvent de Los Hemedios, afin d'y essayer ses forces. Au bout de dix mois, U reçut l'habit des mains du père Jérôme Gratien (21 mars 1577). L'année suivante (25 mars 1578), il fit sa profession. Cette môme année il commençait à servir secrètement la cause de ses frères, ainsi que la sainte eUe-mômo va nous le raconter. En 1583, le père Gratien le chargea d'introduire la nouvelle réforme en Italie, en fondant un couvent de carmes déchaussés & Gènes. Le père Nicolas de Jésus-Marie n'allait pas tarder & jouer un rôle prépondérant dans la réforme; malheureusement, U devait aUer loin dans les voies de l'innovation. La sainte et lo i)ère Gratien, son fidèle coadjuteur, s'étaient constamment efforcés de tempérer par un esprit large et doux l'austérité de la règle primitive; Nicolas Doria s'appliquera surtout & promouvoir la rigueur et la pénitence. En 1585 il succédait au père Gratien dans la charge do
(BCTRB8. — IV. 11
les LES FONDATIONS.
défendre nos intérêts étaient les uns en exil, les autres en prison. Comme il n'exerçait aucune charge — je viens de le dire, il était nouveau dans Tordre, — on faisait moins attention à lui. Dieu le permit peut-être pour que je ne fusse pas privée d'un si g'rand secours. Ce père est singulièrement prudent. Il logeait à Madrid dans le couvent
provincial» et bientôt traitait de rétablissement de la Consulta^ nouveau 'mode do gouvernement, qu'il pan'int t\ faire approuver & Rome. Un l.'i88, il était élu ^icaire général de la province des Déchaussés et mettait en vigueur les changements qu*il avait conçus. Le père Gratien, saint Jean de la Croix, les princi|Niles prieures s'efforcî^rent de réagir contre les innova- Uons. Le père Gratien fut incriminé et enfin expulsé de la réforme; saint Jean de la Croix, gravement inculpé, se vit destitué de toute charge H relégué an couvent d'Ul)eda, où il mourut; les prieures furent diversement châtiées. Alors le nouveau gonvemement, soutenu avec chaleur par une partie des religieux, imt son fonctiomiement régulier. En 1593 Doria réalisait la séparation complète des Déchaussés et des Mitigés. Mais il ne de>*ait voir que peu de temps le succès de son couvre. Il mourut à ^Ucala le 9 mai 1591, Agé de cinquante-quatre ans. On dit que ses derniers jouis furent troublés, sa mort, accompagnée de regrets et de larmes. Après avoir reçu les sacrements de la manière la pins édifiante, il demanda pardos aux religieux présents et absents. Resté seul avec ses consulteurs, il leur assura que ses intentions avaient toujours étC" droites, que, toutefois, en qualité de pécheur, il avait pu errer sur plusieurs points. D'abord enterrés au collège d'Alcala, dans la chapelle Saint-Nioolas, ses restes furent transportés en 1627 ou 1628 dans Téglise du couvent de Pastrana, où ils reposent encore dans la chapelle Sainte-Térèse. Pendant longtemps la personne et les œavres du père Doria furent, parmi les religieux de la congn^tioo d'Espagne, l'objet d'une admiration enthousiaste. On la trouve résumée toai entière dans cette paroie du père François de Sainte-Marie : • Si Ton peut donnera Romulns le litre de fondateur de Rome i)onr l'avoir agran^Br et iUustrée, nous dirons qu'on peut donner à cet illustre père le nom d^Auiemr de la réforme. » Pour nous, nous dircNts, avec les récents autem^ de l'ordre, qu'on ne saurait excuser le i)ère Doria d'avoir voulu réformer l'œuvre de la grande réformatrice, d'avoir frappé, pour atteindre ses fins. ceux qui s'étaient montrés ponr elle les plus dévoués des auxiliairm. U non» reste trois letti*ea de sainte Térèse an père Kicolas Doria. (Cfr. Protocole primitivo del convenlo y vénérable noticiado de. Los Bemeéiot de Sevilia, — Perefrinad&n de AnoêtâaiOy Dial. XIIl. — Dép. de la mère Marie de l'Incarnation, carmélite de Madrid, pour la cause de la mère Anne de Jésus, dn 20 a^-ril 1634. — lie forma de los DescaUos, t. I, lib. lY, cap. mx, et t. If, lib. VUl, cap. lxxvi-lzxix.)