CHAPITRE XXX. — SORU
bonheur, car la bénédiction d'un prélat et d'un saint est bien précieuse (1).
La dame qui devenait notre fondatrice nous attendait à la porte de sa demeure. C'était la maison qui devait servir pour l'établissement du monastère. Nous étions impatientes d'y entrer, caria foule était énorme. Au reste, ce n'était pas la première fois : les gens sont si avides de nouveauté ! Partout où nous allons ils se pressent si nombreux que, sans les grands voilçs qui nous couvrent le visage, nous serions bien à plaindre. Grâce à cet avantage, la chose est supportable. Cette dame avait fait très convenablement préparer une vaste salle, où l'on devait dire la messe en attendant la construction du passage, qui conduirait à l'église donnée par révêque(2). Elle fut
(1) Alphonse Velasquez résidait d*orc]inaire à Burgo do Osma; c'était accidentellement qu'il se trouvait à Soria, dans la maison d*un gentilhomme, appelé Juan de Gastilla. Au moment oii l'on arriva sous les fenêtres, la sainte fit tirer les rideaux de la voiture et s'agenouilla avec ses filles. Fidèles aux lois de la clôture, toutes gardèrent leurs voiles baissés. (Cfr. Reforma de los Descalzos, t. I, lib. V, cap. «-.)
(2) En entrant dans cette saUe où Ton avait dressé un magnifique autel, la sainte éprouva une douce consolation. Elle s'agenouilla avec ses filles et, après avoir baisé la terre, pria quelque temps; après quoi elle s'entretint, le voile baissé, avec les gentilshommes et les dames, réunis pour la recevoir. Quand les premiers se furent retirés, elle résista encore aux instances qui lui furent faites de se laisser voir, elle et ses fiUes, à visage découvert. Elle n'y consentit que lorsqu'elle fut seule avec la fondatrice et deux parentes de celle-ci, doua Ursule Velastiguî, qui dans la suite donna une fiUe au Carmel, et dofia Eléonore Ayanz, qui fut elle-même carmélite sous le nom d'Eléonore de la Miséricorde. Presque au même moment, un page vint annoncer que l'évéque, accompagné de don Juan de CastUla, venait lui-môme souhaiter la bienvenue aux religieuses. D'après Anne de Jésus, don Alphonse Velasquez, comme Pavait fait cinq ans auparavant l'archevêque de SévUle, s'agenouilla, h la grande admiration de l'assistance, demandant la bénédiction de la sainte. Après un court entretien avec les religieuses, de nouveau voilées, le prélat se retira, en promettant de revenir le lendemain dire lui-môme la messe de prise de posses-
fm LES FONDATIONS.
dite dès le lendemain, jour de la fête de notre père saint Elisée (1).
Notre fondatrice avait généreusement pourvu à tous nos besoins. Elle nous laissa dans un appartement, où
âon. n tint à mener à son logis le père Nicolas de Jésus-Marie et le frère •envers, son compagnon. Comme il avait été convenu, il A'int le lendemain célébrer la messe et donner la communion aux religieuses. Doda Ik-atrLx, au comble de la joie de rheurcu se réalisation de ses désirs, se montra fort généretise dans la dotation du monastère. (Cfr. Reforma de los Descatzos, t. I, lib. V, cap. XX. — Yepès, Prôlogo, S 3- — ^V- ^^ la mère Anne de Jésus.)
(i) Une difficulté chronologique se présente ici. D'après le récit de sainte Térèse, la petite troupe atteignit Burgo de Osma le mercredi veiUe de Toctave du Saint-Sacrement, y passa la journée du jeudi, et se remit en rouie le vendredi, pour arriver le soir même & Soria. La sainte ajoute que la première messe fut dite le lendemain, jour de la fête de saint Elisée. €Ies données sont inconciliables, car il en résulterait que r4?tle anmV Ih fête du Saint-Sacrement serait tombée le 5 juin et l'octave le 12. Or, en lîi81, le Nombre d'or se trouvant éti*e 5 et la Lettre dominicale A, il est certain que cette fête tombait le 25 mai, et l'octave par consé(iiient se trouvait le 1*' juin. D'auti*e part, on ne voit pas cpie la fête de saint Elisée se soit jamais célébrée dans Tordre un autre jour que le ii inin. iiC père Frédéric de SaintrAntoine et les Bollandistes ont mlnulieusemenl discuté celte question, et, concluant qu'il y avait erreur de la part de la sainte, ils ont penché pour croire que celle-ci arriva bien à Bui'go de Osma la veille de l'octave du Saint-Sacrement, mais que le jour ofi se dit la première messe n'était pas celui de saint Elisée. Peut-être pourrait-on dire qu'une première messe, celle de la prise de possession, fut c«»lébive le 3 juin, et qu'une autre plus solennelle, accompa^ant la pose de la cloche ot constituant en quelque sorte la reconnaissance officielle de la prise de possession, eut lieu le 14, fête de saint Elist'»e. Nous voyons en effet qu'à la fondati(m précédente, celle de Palencia, la messe de prise de possession s«* dit le 29 décembre, le lendemain de l'arrivée des religieustîs, et deux jjOurs apivs eut lieu la pose do la cloche, qui semble avoir comporté une oertaine solennité, puisque la sainte l'annonce ainsi & sa scrur Jeanne de Ahumada : « Deu:x jours après notre arrivée (à PalenciaU je plaçai la (letite cloche, et un nouveau monastère du glorieux saint Joseph se trouva fondé. - (Letliv du i3 janvier iîiSi.) Ici, il est vrai, sainte TéW'se dit nettement ((ue le lendemain de son arrivée h Soria était le jour de saint Klisi^ : il i^esterait donc encore qu'elle aurait 6iit une confusion. Toutefois, ceile qu'implique notre supposition serait iM^ancoup plus explicalile que la première. Oltc hypothèse» est eiM'ore confirnM''e parla date du 44 juin que porte l'acte de donation par lequel doân Béatrix de Beaumont assure au