‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 74 sur 185 · CHAPITRE XXX. — SORIA · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX. — SORIA

dément à sa gloire. L'événement, du reste, le montre bien aujourd'hui.

Malgré son œil malade et d'autres infirmités, dont plusieurs sont fort pénibles, malgré un travail continuel, il jeûne quatre fois la semaine et pratique d'autres austérités encore. Sa nourriture est des plus frugales. C'est à pied qu'il fait les visites de son diocèse. Ses ecclésiastiques trouvent cela bien rude, et ils m'en ont fait quelquefois leurs plaintes. Pour demeurer avec lui, il faut de toute nécessité qu'ils soient vertueux. Il ne confie guère les affaires importantes à ses provisores. Je crois mAme qu'il n'en est aucune qui ne passe par ses mains. Pendant les deux premières années de son épiscopat, une tempête de persécutions et de calomnies se déchaîna contre lui. J'en étais dans l'étonnement, sachant ce qu'il met d'intégrité et de droiture à rendre la justice. A l'époque où j'étais à Soria, l'orage allait décroissant. Ses ennemis cependant se rendirent à la cour, et ailleurs encore, dans l'intention de lui nuire; mais, sa vertu étant de plus en plus connue dans le diocèse, leurs allégations trouvent peu de crédit. Pour lui, il a tout supporté d'une manière admirable, et il a confondu ses adversaires eu leur faisant du bien, alore pourtant qu'il les savait appliqués à lui faire du mal. Enfin, quelles que soient ses occupations, il trouve toujours du temps pour faire oraison (1).

(1) Un an apri's la mort de la sainte, Alphonse Velasquez fut transféré du siège d*Osma à celui de Compostelle (1583). Mais il n'occupa ce poste que peu de temps. Ses infirmités croissantes le portèrent à solliciter la grâce de se retirer dans la solitude, qu'il avait toujoui*s désirée. Philippe n, qui avait une haute idée de sa vertu, n'accéda qu'avec beaucoup de répugnance à ses prières, et à condition que Farchevèque lui dési-

Je m'oublie, je crois, en faisant l'éloge de ce saint, et pourtant, je n'ai presque rien dit encore. Ceci servira du moins à faire connaître celui qui a donné naissance au monastère de la très sainte Trinité de Soria, et à réjouir les religieuses qui viendront l'habiter. Quant à celles qui s'y trouvent aujourd'hui, elles sont lûen au courant de toutes ces particularités. Si l'évêque d'Osma ne nous a pas assigné de revenus, c'est à lui que nous devons notre église ; c'est lui aussi qui a mis notre fondatrice à l'œuvre. Cette dame, comme je l'ai dit, est pleine de religion, très vertueuse et très pénitente.

Nous pouvions déjà faire usage de notre église, et les travaux nécessités par la clôture étaient entièrement achevés, quand je me vis obligée de rentrer au monastère do Saint-Joseph d'Avila. Je partis sans délai, malgré une excessive chaleur, et par des chemins très mauvais pour les chars (1). J'avais avec moi un prébende de Palencia.

gnerait deux sujets capables de le remplacer, cuire lesquels il pourrait choisir. U lui demanda en m Ame temps quelle pension il entendait s<' réserver sur son archevêché. Velasquez indiqua mille écus i)our son entnv tien, celui de deux chapelains et de deux domestiques. Philipi)e H n'ignorait pas que l'archevêché de (iomposlelle était l'un des plus riches du royaume : U admira un si généreux détachement et assigna au prélat une pension de douze mille écus, dont celui-ci n'accepta que la moitié. Velasquez se relira t\ Tal avéra, où il mourut saintement en iliSl. Son corps fut porté ù, Tudcla de Diiero, dont il était originaire. La plupart de ces détail:» nous ont été conservés par Jean de Palafox, successeur d'Alphonse Velasquez sur le siège d'Osma et annotateur du tome 1" des Lettres de sainte Tér<^se. (Annot. de la lettre VIll.) Voir aussi la note de Vicente de la Fuente au chap. xxx des Fondations (Ed. de 1861).

(i) Ce fut le 16 août que sainte Térèse se mit en chemin. La veille de son dépari, elle avait donné l'habit à deux novices : Isabelle de la Mère de Dieu et Marie de la Trinité. A la mère Catherine du Christ, prieure du nouveau monastère, elle remit un mémoire où elle avait consigné nombre de points à ol)server, la plupart relatifs îi la clôture. Cette pièce, ordi-

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