CHAPITRE XXX. — SORIA
nommé Kihera, qui nous avait été extrêmement utile pour bien des choses, notamment pour la construction du passage. Le père Nicolas de Jésus-Marie, en effet, nous avait quittées immédiatement après la signature des pièces relatives à la fondation, parce que sa présence était indispensable ailleurs. Ce Kibera, qu'une affaire appelait à Soria, nous y avait accompagnées, et Dieu lui inspira dès lors tant de dévouement pour nous, qu'on peut prier pour lui comme pour mi bienfaiteur de notre ordre. Je voulus que nul autre ne nous escortât, ma compagne et moi; un homme si attentif à tout me suffisait parfaitement. D'ailleurs, dans les voyages, moins il y a de bruit, plus \e suis contente (1).
nairement désignée î»oiis \p nom d' Instruction de Soria, sera doniK^e plus loin, aux Actes et Mémoires, n" 12. An naorneni de quitter ses filles, la sainte leur adressa des recommandations que Ton trouvera à la fin de ce volume, Docum. 59. Pendant son séjour & Soria, elle avait composé, en rhonneur de la (^roix, des couplets ou leirillas qui comptent parmi les plus gracieux sortis de son cœur et de sa plume. Térùse désirait que ses filles pussent les chanter pour la fête de Tïlxaltation de la Croix qui n'était pas éloignée. Les carmélites de Soria les chantèrent en effet le 14 septembre lîiSl, et depuis lors chaque ajin«'»e voit se renouveler une scène touchante. On porte fk la salle des réunions ordinaires de la communauté nn crucifix, deux flambeaux et des rameaux d'olivier. La récr<»ation finie, la mère prieure fait vénérer la croix. On entonne ensuite les couplets composés par la sainte, et toutes les sœurs, tenant chacune un rameau d'olivier à la main, parcourent processionnellement les cloiti*es. Quand on est arrivé au lieu de la sépulture, le chant cesse, on récite un répons pour les religieuses tléfuntes et les rameaux sont déposés sur les tombes.
(1) La sainte, en repassant par Osma, eut la consolation d'y rencontrer le père Diego de Yepès. ■ Passant par Osma, raconte celui-ci, j'appris de l'évéque don Juan {sic) de Velasquez, que la sainte mère faisait une fondation à Soria, et qu'elle viendrait bientôt à Osma. Je l'attendis, et loi-sf[u'elle arriva à huit heures dn soir, j'allai à la porte la recevoir. Au moment où elle descendit de char, je la saluai. Elle me demanda qui j'étais : « Frère Diego de Yepès », répondis-je. Elle garda le silence, et moi, jo restai court, me demandant si elle m'avait oublié ou si ma prt'sence lui était d»''sagivable. Loiscpie je fus seul avec elle, je lui demandai pourquoi
Je payai l)ieii au retour les agréments dont j'avais joui à l'aller. Notre conducteur, tout en connaissant le choinin qui va jusqu'à Ségo vie, ignorait celui que doivent prendre les chars. Le pauvre garçon nous conduisait par des endroits où il nous fallait souvent mettre pied à terre, et où le char se trouvait comme suspendu au dessus d'affreux précipices. Si nous nous avisions de prendre des guides, ils nous menaient jusqu'où ils savaient la route pratica])le. Approchait-on d'un mauvais pas, ils nous laissaient, disant qu'ils avaient affaire ailleurs. Comme nous allions un peu à l'aventure, il nous fallait marcher de longues heures au grand soleil, avant de trouver une hôtellerie, et de plus, courir maintes fois le risque de verser. Fort souvent, après avoir reçu Tassurance que nous avions pris le bon chemin, nous nous trouvions forcés de revenir sur nos pas. J'en étais désolée pour notre compagnon de route. Quant à lui, sa vertu était si solide, que je ne me souviens pas de l'avoir jamais vu mécontent. J'en étais dans une vive admiration, et j'en donnais des louanges à Notre- Seigneur. Il est bien vrai que sur la vertu qui a jeté de
elle s*élait tue quand je lui avais (Ht qui j'étais. J'ai été un peu troublée, me répondit-elle, parce que deux choses se sont présentées à moi : la première, c'est que vous devez être actuellement sous le coup d'une pénitence imposée par voire ordre; la seconde, que Notre-Seigneur veut peut-être me faire trouver dans votre rencontre la récompense des labeurs de cette fondation, car cette faveur m'a causé bien de la joie. Je lui répondis que le premier point était exact, mais que Dieu ne permettrait pas qu'il en fùl de mt*mc du second. Elle me spécifia le temps que devait durer ma pénitence... Tout s'accomplit comme elle l'avait dit. » En cette môme occasion, Yepès confessa la sainte mère et la communia deux fois. H remarqua qu'au moment où elle reçut la sainte Eucharistie, ses traits devinrent radieux de beauté, et si remplis de majesté, qu'il se sentit pénétré de respect. Sa bouche exhalait un parfum merveilleux. (Mémoire adressé à Louis de D'on.)