CHAPITRE XXXI
LE MONASTÈRE DE BUBGOS EST FONDÉ SOUS LE TITRE DE SAINT- JOSEPH DE SAINTE-ANNE. ON Y DIT LA PREMIÈRE MESSE LE 19 AVRIL, DANS l'oCTAVE DE PAQUES DE l'aNNÉE 158».
SoMMAiBB. — On sollicite la sainte de fonder à Burgos. — £lle obtient l'autorisation verbale du nouvel archevêque. — Notre-Seigneur ranime son courage abattu, — Éloge de Catherine de Tolosa. — Nouvel encouragement de Notre-Seigneur. — Départ d'Avila, — Dangers courus dans ce voyage. — Arrivée à Burgos. — Opposition de l'archevêque. — La sainte et ses filles vont loger à l'hôpital de la Conception. — IClleg achètent une maison. — Nouvelles entraves. — La clôture est enfin établie. — Comment le monastère de Saint-Joseph d'Avila passa sous la juridiction de l'ordre.
Depuis plus de six ans, quelques pères de la Compagiiie de Jésus, religieux exemplaires, déjà anciens dans leur ordre, hommes de savoir et de spiritualité, m'assuraient que Notre-Seigneur aurait pour fort agréable rétablissement d'un monastère de noire sainte réforme à Burgos. Us m'en donnaient plusieurs raisons qui me portaient à le désirer. Cependant les orages contre lesquels notre ordre avait eu à lutter, joints à diverses autres fondations, m'avaient mise dans Timpossibilité de donner suite à ce projet. J'étais à Valladolid, Tannée 1580, quand le nouvel archevêque de Burgos, auparavant évêque des Canaries, passa par cette ville en amvaiit en Espagne (1). Je sup-
(t) Bon Christophe Vela, évêque d6s Canaries depuis Vannée lo75, était fils de don Blasco Niillez Vela, premier vice-roi du l*érou. Les Kuflez
pliai révoque de Palencia, don Alvaro de Mendoza, de lui demander pour moi l'autorisation de fonder à Burgos. J'ai déjà dit combien cet évêque est affectionné à noire ordre : c'est lui qui, le premier, alors qu'il occupait le siège d'Avila, prit sous sa juridiction le monastère de Saint-Joseph, et depuis, il nous a constamment témoigné la plus grande bienveillance. On dirait qu'il fait siennes les affaires de notre ordre, surtout quand c'est moi qui les lui recommande. Il me promit donc très volontiers de présenter la demande que je lui suggérais. Persuadé que Notrc-Seigneur est bien ser\î dans nos monastères, c'est une joie pour lui d'en voir fonder de nouveaux.
L'archevêque ne voulut pas entrer dans Valladolid. Il descendit au monastère des hiéronjinites, où l'évêque de Palencia lui fit grande fête, dîna avec lui et lui remit une écharpe, ou fit je ne sais quelle cérémonie qui lui conférait l'épiscopat (1). Ce fut à cette occasion que l'évêque de
Vêla avaient leur palais h Avila, tout pri^s de la maison paternelle de sainte Téi'èse, et ils étaient quelque peu apparentes aux Cepeda. En outre, don François Vêla Nuflez, frère du vice-roi, était parrain de la sainte. (Gfr. D. Manuel Maria Polit : la Familia de sanla Teresa en Américay cap. ii.) Le nouvel archevêque de Burgos n'ignorait pas les liens de famille qui Punissaient à sainte Térèse. Lui-même les lui rappela, lorsqu'elle vint fonder dans sa xiUe archiépiscopale. (Cfr. P. Antoine de Saint-Joseph, t. IV, Annot. de la Lettre XXXVII.) Néanmoins, nous aUons voir don Christophe Vcla montrer envers la sainte mère une étonnante rigueur, exercer sa patience par de longs et Inflexibles refus. Il est difficile, au reste, de Ure le chapitre xxii* de ce Livre sans faire un rapprochement entre le caractère de Tarchevèque de Burgos et celui du vice-roi du Pérou, son père. En effet, de nombreux documents historiques attestent que don Blasco Nuâez Vêla était d*un tempérament irritable, lequel cependant n'excluait ni un réel fond de bonté ni des sentiments de religion très sincères. Don Christophe Vêla occupa le siège de Burgos de 1579 à 1593.
(1) La sainte veut parler de la réception du palHunij dont évidemment elle n'a i)as une idée précise.