CHAPITRE XXXI. — BUUGOS. 4fi
de Tolosa me donna avis de sa négociation. Je ne pris point la chose au sérieux, ne sachant que trop combien faire accepter des couvents sans revenus est chose difficile, (^omnie j'ignorais d'ailleurs — et qu'il ne me venait pas même à Tesprit — qu'elle se fût ainsi engagée pour nous, je me croyais bien loin du terme.
dépendant, un jour de l'octave de saint Martin, tandis que je recommandais cette affaire à Notre-Seigneur, je réfléchis à ce que j'aurais à faire si l'autorisation était accordée. Partir pour Burgos, qui est ime ville glaciale, avec tant de maux auxquels le froid est si contraire, me paraissait impossible. A peine de retour du pénible voyage de Soria, c'était témérité, pensais-je, d'en entreprendre un autre de si longue haleine ; le provincial (Ij^ au reste, ne me le permettrait pas ; puis, la prieure de Palencia (2) pouvait tout aussi bien y aller que moi .:
la bénédiction de la sainte. C'est ce qui ressort des pa^çct» qu'il écrivit pl«s tard, alors qu'entre dans Tordre de (liteaux et devenu fçt?néi*al de cet ordn», il fut ohmsi inmr Hre Thistorien de la vénérable Anne de Jétvus. « Mes parents, dit-il, eurent, avec d'autres personnes, le bonheur de iwuvoii* aplanir les obstacles que la fondation rencontra du côté do la ville, ain^^i qnc la sainte le raconte elle-même. Sensible eonune elle était aux moindnes services, elle sVn montra extrêmement reconnaissante. Celte circonstanoe et le fait que la maison de mes parents était conliguë à c^Uo de la sainte veuve, Catherine de Tolosa — laquelle, apn^s avoir donné sa maison cil son bien, se donna elle-même avec ses sept enfants, — celle circonstance, dîs-je, fil que mes parents purent traiter avec la mère Térès<3 plus qiK^ d'aulfes. Et moi, qui étais alors à la mamclie, je ]his recevoir sa sainle bénédiction et puiser là, pour ainsi dire avec le lait, l'amour et le n*si)ect pour le saint habit du Carmel. » (Vida de ta V. Madré Arm deJesûs, por el E. P. Maestro F. Angel Manrique, genei*al de la Orden de S. Beniardo. • En Bruxellns. i63i. Dedicatoria d la Sagrada Heligion de lus Padres CarmeHfas De9calzm.)
(1) Le père Jérôme Gralien, nommé provincial celle année même, au chapitre d'Alcala.
(2) La mère Agnès de Jrsus.
l'affaire ne présentant pas de difficultés, s'arrangerait d'elle-même. J'étais dans cette pensée et bien résolue à ne point partir, quand Notre-Seigneur m'adressa ces paroles, qui me montrèrent que le consentement de la ville était donné : Ne liens pas compte de ces froids. Je suis la chaleur vérilable. Le démon fait lotis ses efforts pour empêcher cette fondation : toi, fais de ma part tous les tiens pour la réaliser (1). Ne manque pas d'y aller en personne : ta présence sera très utile. Je changeai soudain de sentiment, car si parfois ma nature répugne à la souffrance, jamais ma résolution de tout endurer pour notre grand Dieu ne s'en trouve diminuée. Aussi, je lui demande d'ordinaire de n'avoir point égard à ces répugnances de ma faiblesse, mais de m'ordonner tout ce qu'il lui plaira, parce qu'avec son secours je serai fidèle à l'exécuter.
Il y avait alors beaucoup de neige et le froid était vif, mais ce qui m'effrayait plus que la mauvaise saison, c'était mon peu de santé. De fait, quand je me porte l)ien, je ne tiens aucun compte de tout le reste. Ce mauvais état de ma santé fut pour moi une épreuve qui dura presque tout le temps de cette fondation. Quant au froid ^ il a été bien peu rigoureux, ou du moins je ne l'ai guère senti, car, je puis le dire en toute vérité, je n'en ai pas plus souffert que je ne l'eusse fait à Tolède, et Notre-Seigneur a été bien fidèle à sa parole.
Quelques jours après, je recevais l'autorisation de la ville, avec des lettres de Catherine de Tolosa et de sou
(1) Pônlas /M, de mi parte, por que se haga.