‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 83 sur 185 · CHAPITRE XXXI. — BURGOS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI. — BURGOS

amie, dofta (Catherine (1). Redoutant quelque désagrément, ces dames me pressaient de hâter mon voyage. En effet, des religieux de la Victoire (2) étaient tout récemment venus fonder à Burgos ; depuis longtemps déjà, les carmes chaussés faisaient des démarches dans le même but ; enfin, les basiliens s'étaient présentés également. C'était une sérieuse difficulté pour nous. Et vraiment, il y avait de quoi s'étonner de nous trouver réunis en si grand nombre dans une pensée semblable ; mais en même temps, comment ne pas bénir Xotre-Seigneur de la grande charité de cette ville ? A tous elle donna très volontiers l'autorisation, alors pourtant qu'elle avait bien perdu de son opulence. On m'avait toujours vanté la charité des habitants de Burgos, mais je ne pensais pas qu'elle allât si loin. Les uns s'intéressaient à un ordre, les autres à un autre. Quant à l'archevêque, il se préoccupait des inconvénients et s'opposait à ces fondations, dans la crainte que les nouveaux religieux ne fissent tort aux ordres mendiants, et que ceux-ci n'eussent ensuite de la peine à subsister. Peut-être ces derniers lui avaient-ils porté plainte ; ou bien encore c'était une manœuvre du démon.

(1) Ces lettres furent remises à la sainte le 29 novembre, comme elle récrivait ce joiir-là même & son beau-frère, Jean de Ovalle.

(2) On api)elait ainsi en Espagne les Minimes de Saint-François de Paule. Cet ordre était encore inconnu en Espagne cpiand des compagnons du fondateur, au nombre de onze, vinrent trouver le roi Ferdinand le Catholique, tandis qu'il assiégait Malaga (1 i87), et lui assurèrent de la part du saint que dans trois jours U prendrait la viUe sur les Maures, ce qui eut lieu. En reconnaissance, Ferdinand érigea une chapelle au lieu où se trouvait la tente royale, et y plaça une image de la très sainte Vierge, sous le titre de ?îotre-I)ame de la Victoire. De là le nom de Victorianos ou Frailes de la Victoria, donné aux Minimes en Espagne. (Cfr. La Fucnte : Hislôria eclesidstica de Espafla, t. V, cap. xv, S 103.)

pour empêcher les grands biens spirituels qu'attirent les monastères nombreux sur les localités où Dieu les conduit, et où il est assez puissant pour les faire subsister, qu'ils soient eu grand ou en petit nombre.

Tel était donc le motif qui portait ces saintes femmes à me presser si vivement. Volontiers je me serais mise en chemin à l'heure même, si des affaires ne m'eussent retenue. Les voyant déployer tant d'activité, je me disais que j'étais plus obligée encore à ne pas laisser échapper une conjoncture ausa favorable. Les paroles que Notre-Seigiieur m'avait dites annonçaient de grandes contradictions. Je me demandais néanmoins qui pourrait en être l'auteur et de quel côté elles surgiraient. En cflFet, Catherine de Tolosa m'avait écrit que la maison habitée par elle était assurée pour la prise de possession, et d'autre part, la ville et l'archevêque nous étaient favorables. Dans ces conditions, je le répète, je ne pouvais me figurer de quel côté viendraient ces obstacles que les démons devaient soulever. Quant à douter que les paroles qui m'avaient été dites vinssent réellement de Dieu, cela ne m'était pas possible.

Sa Majesté, il faut le reconnaître, donne aux supérieurs plus de lumière qu'aux autres. Lorsqu'à la suite des paroles que j'avais entendues, j'écrivis au père provincial pour savoir si je devais faire ce voyage, il ne s'y opposa point, mais me demanda seulement si j'avais l'autorisation écrite de l'archevêfjue. Je m'informai par lettres à Burgos. On me répondit que le prélat avait été mis au courant des démarches accomplies en vue d'obtenir le consentement de la ville, et qu'il en avait été satisfait. Cela, joint à la

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