CHAPITRE XXXI. — BURGOS
manière dont il avait toijgours parlé, permettait de regarder l'afiPaire comme certaine.
Le père provincial voulut nous accompagner à cette fondation (1), Ayant prêché Tavent, il se trouvait libre; puis,il se proposait de \âsiter le monastère de Soria, qu'il n'avait pas vu depuis son établissement, et le détour était peu considérable. D'autre part, comme ma vie passe pour être encore de quelque utilité à la réforme, il désirait veiller sur ma santé pendant le voyage. La saison, en effet, était rigoureuse, et il me voyait vieille et infirme. Ce fut sans aucun doute une disposition de Dieu, car les chemins étaient si mauvais, par suite de la crue des eaux, que ce père et ses compagnons nous furent bien nécessaires pour diriger notre marche et pour aider à tirer les chars des bourbiers, surtout entre Palencia et Burgos. Certes, il fallait une singulière audace pour se mettre en route au moment où nous le fîmes. A la vérité, Notre-Seigneur m'avait dit c que nous pouvions continuer notre voyage sans crainte, qu'il serait avec nous ». Je n'en
(1) Le p^re Gratien prît avec lui le p^e Pierre de la Pnriécation, son îWTi'êtaire et son confident, et un autre religieux, probablement frère convers, dont le nom n'est pas venu jasqu'è nous. Le père Pierre allait 9('*jonTner longuement à Burgos avec la sainte. Après la fondation, il devint vicerecteur du collège d^Alcala. (Lettre de sainte Térèse à la mère Marie de Saint-Joseph, du 14 juillet 1382.) Dans la suite, il se montra fidèle hériKei' de l'esprit de sainte Térèse et dn père Gratien. Bans les dissensions qui se produisirent sons le gonA^ememenl du père Doria, il fit preuve d'un entier dévouement powr les caraM^'Hles, et ne craignit pas de soutenir leur cause de parole et d'effet. (Cfr. Informa dt los Descalzos, t. H, lib. Mil, cap. xxiv.) Vingt ans après la mort de sainte Térèse, il fut chargé par ses supérieurs de mettre par écrit tout ce qu'il savait de remarquable sur la sainte mère e1 les autres membres de l'ordre, vi^-ants ou morts, éminenls en saintetiî. Sa relation, datée du 2 février 1602, repose manuscrite à la Bibl. nat. de Madrid. Nous en avons placé la partie la pins intéressante à la fin de ce volume, Docum. C3.
fis alors rien connaître au père provincial,mais j'y trouvai une consolation au milieu des grandes difficultés, des périls imminents, dans lesquels nous nous vîmes engagés, spécialement à un endroit près de Burgos, qu'on appelle les Pontones (1). La crue avait été si forte, et Feau, en beaucoup d'endroits, atteignait encore une telle hauteur, qu'on ne distinguait plus la moindre trace de chemin. De toutes parts, ce n'était qu'une nappe d'eau, fort profonde même d'un côté et de l'autre. Bref, il y avait bien de la témérité à tenter ce passage, surtout avec dos chars, car pour peu qu'ils vinssent à faire un écart, tout était perdu. Et par le fait, Tun d'eux failht périr (2).
A une aul)ergc que l'on rencontre un peu avant les Pontones^ nous avions pris un guide qui connaissait le passage ; mais, malgré cela, il y avait bien du péril à le franchir.
Que dire maintenant des auberges?.. Avec de pareils
(1) La route de Madrid, que sainte Térèse suivait pour se rendre ii Burgos, longe pendant quelque temps le cours de TArlanzon. On montre* encore, h quelque dislance de la ville, le lieu où elle frandiit cette riviîTC avec les difficultés qu*eUe va nous signaler. L'Arlanzon s'y divise en plusieurs bras, et pour passer de Tun k Taulre, on trouve encore des i>onts construits en planches. La route a été quelque peu exliaussée, mais la rivière coule toujours dans un lit peu profond. Presque à sec pendant Tété, elle grossit durant l'hiver, déborde et couvre encore toute la plaine.
(2) C'était celui qui portait la sainte. D'après une tradition qui a cours & Burgos, elle fut obligée de descendre au mUieu de l'eau et se blessa la jambe. S'adressant alors à. son Époux avec la douce familiarité qui lui était ordinaire, : « Seigneur I s'écria-t-elle. Âpres tant de souffrances, qup ceUe-ci arrive à propos!... ■ Térèse, répondit le di^in Maître, c'est ainsi que je traite mes amis. Et elle de répondre : ■ Eh I mon Dieu, c'est pour cela que vous en avez si peul- /Sehor/ despues de tantos trabajos, bien viene este nuevo! — Teresa, asi Irato à mis amigos, — /Ah! Dios mio, por eso teneis tan jMco !