‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 85 sur 185 · CHAPITRE XXXÏ. — BURGOS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXÏ. — BURGOS

chemins, il nous était impossible (ravaucer par étapes réglées. A chaque instant, en effet, nos chars enfonçaient si profondément dans la boue que, pour les en tirer, il fallait dételer les mules de Tun pour les atteler à l'autre. Les pères qui nous accompagnaient devaient prendre d'autant plus de peiiM\ que nous nous trouvions précisément n'avoir que de jeunes conducteurs, assez négligents. La présence du père provuicial nous soulageait extrêmement. Ses soins s'étendaient à tout. Comme il est d'un caractère calme et que rien ne le trouble, il rendait si aisées les choses les plus difficiles, qu'elles n'avaient plusTairde rien. Il n'en fut pas de même toutefois au passage des Pontoncs, Quand il se vit au milieu de cette mer, sans chemin ni bac, il ne put se défendre d'une crainte très vive. Moimême, malgré l'encouragement que j'avais reçu de Notre-Seigncur, j'éprouvai une certaine frayeur. Quelle dut être, après cela, celle de mes compagnes ? Nous étions huit rehgieuses. Deux repartiront avec moi, et les cinq autres resteront à Burgos (1). Quatre sont religieuses du chœur, et la cinquième est converse. Je ne crois pas avoir dit encore le nom du père provincial. C'est le père Jérôme Gratien de la Mère de Dieu, dont j'ai déjà fait mention plusieurs fois.

Je faisais ce voyage avec un mal de gorge très violent,

(1) Cette remawiuc montre de nouveau que sainte Térèse traçait à Burgos même riiistoirc de cette fondation. Tout à Theure elle spécifiera qu'elle écrit en juin, c'est-à-dire un mois avant son déjmrt de cette ville. Les sept religieuses qui raccompagnaient étaient : la mère Thomasiue-Baptistc, future prieure du monastère, Catherine do Jésus, Agnès de la Croix, Catherine de T Assomption, fille aînée de Catherine de Tolosa, Marie- Baptiste, converse, Anne de Saint-Barlhélemy et Térèse de Jésus, sa i)ropre nièce. C'étaient ces deux dernières qui devaient repartir avec la sainte.

qui m'avait saisie en route, comme nous arrivions à Valladolid, et la fièvre ne me quittait pas. Mes souffrances, qui étaient très vives, m'empêchèrent de jouir autant que je Taurais fait en temps ordinaire des incidents du voyage. Ce mal me dure encore, maintenant que nous sommes à la fin de juin, et s'il a beaucoup diminué d'intensité, il no laisse pas d'être encore bien pénible. Mes compagnes étaient fort gaies pendant le voyage : une fois le péril passé, elles trouvaient leur plaisir à s'en entretenir. Ob ! que c'est une grande chose que de souffrir par obéissance, lorsqu'on est aussi familiarisé avec cette vertu que l'étaient ces religieuses !

Après un si pénible voyage, nous atteignîmes enfin Burgos, en traversant la large rivière qu'on rencontre avant d'entrer dans la ville (1). Notre père voulut, avant toute autre chose, nous conduire au saint Crucifix, afin de

(1) L'^Vrlanzon, qui coule au pied do Burgos. Cette ville, située sur un plateau élevé, au nord de la péninsule, a été longtemps la capitale de la Vieille-Cas tille. L'antique i)alais des rois de Castille est encore debout, au point culminant; plus has, s'étage la ville moderne jusqu'à rArlanzon. Sa merveilleuse cathédrale gothique la domino tout entière de ses flèches découpées à jour. Bucgos, outre son importance comme ancienne capitale, est considérable pour son commerce, spécialement pour celui des laines qu'on y apporte des régions environnantes et qui s'y préparent d'une façon spéciale. La ville est bien bàlie. Elle a do belles places, comme la Plaza Mmjoi\ celles del Mcrcado, de la Liberlad; des jardins publics : El Espolôn (la joya de Bnrgos), La Fsla; des promenades qui comptent parmi les célébrités de la ville : Los Ctibos, El Parral, La Quinta, h l'entrée de laquelle se voit le monastère des carmélites. Au delà de rArlansou s'étend le faubourg de Vega, iwv où sainte Térèae pénétra dans Burgos, eu franchissant la splendide porto de Sanla Maria, alors récemment con^ truite t\ l'honneur de Charles-Quint. La Vega renferme la plupart dos hôpitaux et des monastères. Parmi ces derniers, les plus célèbres, que Ton admire encore aujourd'hui, sont la charti-euse de Miraflorès et Santa Maria de las Huelgas, somptueuse demeure des religieuses bernardines, où la sainte, nous aUons le voir, laissera d'ineffaçables souvenirs.

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