‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 86 sur 185 · CHAPITRE XXXL — BURGOS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXL — BURGOS

lui recommander notre entreprise (1). Nous devions attendre en ce lieu la tombée de la nuit^ car la journée était encore peu avancée. Nous arrivions un vendredi, le lendemain de la Conversion de saint Paul, 26 janvier. Notre intention était d'effectuer la fondation le plus tôt possible. J'avais apporté avec moi des lettres du chanoine Salinas — dont j'ai parlé à propos de la fondation de Palencia et qui nous donne ici les mêmes marques de dévouement — et d'autres lettres encore, que des personnes distinguées adressaient à leurs parents et à leurs amis,

(î) Le fameux Cmcifix de Burgos se vénérait au couvent des angustin^i, & rentrée du faiibourg de Vega. La légende le disait l'œuvre dn disciple Nicodème et fait d'un bois inconnu sur la terre. Cette sainte image aurait été poussée par les vents, des bords de la Palestine jusque dans le golfe de Biscaye, où un marchand de Burgos Taurait troavée, flottant sur les eanx. Son aspect a quelque chose do saisissant. Les cheveux sont de vrais cheveux; les yeux ont des cils. La peau, rayée de longs filets foncés, semble réellement ruisseler de sang. Au lieu d'une draperie volante, W <:hrist porte une espèce de jupe plissée qui lui descend de la ceinture aux genoux. * Ce Cmcifix, dirons-nous en empruntant le naïf et pieux langage <rune française du xvn* siècle, qui devint fille de sainte Térèse, ce Crucifix ne semble point une peinture, mais un homme vraiment mort : les clieveux tombant sur les cotés dn coi ; les doigts marqués en la jone de meurtrissure du soufflet que reçut pour nous le Sauveur du monde. Tout <*e sainct corps est tout verges et plaies iwirtout, mesme les bras et les jambes, et les genoulls sont gros et meurtris des chustes que ce nos tri' Soigneur faisoit sur iceux, portant le lourd et pesant fardeau de la saînclo <Toix pour tous les péchés du monde. » {Le Voyage d'Espagne (1603-i(îOI\ ]Mir Madame Jourdain.) La tradition veut que le Crucifix, plusieurs fois dérobé, soit toujours revenu de lui-même à sa chapelle, qu'il ait itecoiié et Iaiss('^ à ses pieds un diadème d'or dont on avait couronné sa léte. La sainte image que la vénérable Anne de Saint-Barthélémy visitait le 26 janvier 1582, dans la société de sainte Térèse, elle devait la revoir vingtrdeux ans plus ti^rd, en compagnie de la mère Anne de Jésus et de fjoatre autres carmélites espagnoles, lorsqu'elle quitta sa patrie pour aUer fonder le Carmel en Fmnce (septembre i^oMt), Le couvent des angu»tins où se vénéra longtemps le saint Crucifix n'existe plus. La pieuse image se trouve» depuis la suppression des communautés religieuses (1830), dans une chapelle de la cathédrale, la première à droite en entrant. Elle continue à être l'objet de la piété des fidèles.

les priant avec instance de nous seconder. Effectivement, toutes ces personnes vinrent me voir dès le lendemain. Elles me dirent que les membres de la municipalité ne se repentaient nullement de la parole qu'ils avaient donnée, qu'ils voyaient avec plaisir mon arrivée à Burgos et m'offraient'leurs services. Comme nous n'étions en souci que du côté de la ville, nous crûmes tout obstacle aplani.

Sans la pluie qui tombait par torrents au moment où nous descendîmes chez la bonne Catherine deTolosa(I). nous aurions fait prévenir Tarchevèque de notre arrivée avant que personne en eût connaissance. Notre désir était de pouvoir faire célébrer sans retard la première niesse, conmiej'ai soin de le faire dans la plupart des fondations: mais le mauvais temps nous fît abandonner notre projet. Grâce à Texcellent accueil que nous fit cette sainte femme, nous pûmes cette première nuit nous délasser de nos fatigues. Cependant sa sollicitude me coûta cher. Elle avait fait allumer un grand feu pour nous sécher, et quoique ce fût à une cheminée, je m'en trouvai si mal, que le lendemain je ne pouvais plus lever la tôte. C'est de mon lit que je parlai aux personnes qui vinrent me voir, et par une fenêtre grillée que nous avions recouverte d'une toile. Cette indisposition fut d'autant plus pénible pour moi, que je ne pouvais me dispenses? de traiter ce jour-là de nos affaires (2).

(1) La maison de Calherine de Tolosa était située dans une rue spacieuse, appelée encore Huerto del fiey, non loin de la caUiédralc, entn* réglise San Gil et Tégliso San Lorenzo.

(2; Un des visiteurs de la sainte, ami du père Gratieu, le docteur Hanso, parle ainsi dans sa déposition juridique : « Lorsque j*aUai la visiter pour la première fois, elle était retenue au lit par ses maladies, qui étaient coo-

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