‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 88 sur 185 · CHAPITRE XXXI. — BURGOS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI. — BURGOS

fort ennuyé de tous ces délais et ne pouvait cependant se résoudre à nous quitter.

La question des cautions et du revenu une fois réglée, Tarchevêque nous renvoya eniprovisor, qui devait sans retard expédier l'affaire. Mais le démon s'en mêla, sans doute. Car alors que tout avait été mûrement pesé, et que rien, nous semblait-il, ne pouvait plus les arrêter — do fait, un mois s'était passé à obtenir de l'archevêque l'approl)ation des conventions, — le pravisor m'envoya un mémoire portant que l'autorisation ne serait donnée qu'autant que nous aurions une maison en propre, l'archevêque ne voulant plus que la fondation se fit dans celle que nous habitions, parce qu'elle était humide et dans une rue trop bruyante. Il y avait encore je ne sais quelles difficultés sur les assurances à prendre relativement au revenu, avec d'autres complications, absolument comme si Ton ne faisait qu'entamer l'affaire. On ajouta qu'il n'y avait point à répliquer, et que la maison devait être au gré de l'archevêque.

Grande fut l'émotion du père provincial et de nous toutes à cette nouvelle, car on sait ce qu'il faut de temps pour acheter un local convenable pour un monastère. En outre, le père provincial était on ne peut plus contrarié de nous voir obligées de sortir pour aller entendre la messe. Quoique l'église ne fût pas loin et qu'on nous eût réservé une chapelle où nous n'étions vues de personne, c'était déjà

sœur Térèse de Jésus, nièce de sainte Térèse.) Le docteur, devenu dans la suite évoque de Calahorra, appela dans son diocèse les filles de la sainte (1596). U déposa pour la canonisation en 1610. Nous avons une lettre de sainte Térèse au docteur Manso, du mois de mai 1582.

t9a LES FONDATICXfS.

poua? sa Révérence et pcHir nous unie peine très Wyeque cette situation se fut prolongée si longtemps (t). Dès ce joup^ je crois, il résolut de aous faire quitter Buriço». Quant à

(1) Pierre Manso mou» apprend que de la prolongation de eck état de choses le divin Maître sut tirer irn bien immense. « Lorsqu'elle était encore dans la maison éc Catherine de Totosa, attendant Tautorisation, a-t-il déposé, la mère Térèsedo Jésus produisit un fruit spirituel très aboadanidans teii» les monastères de religieuses de la ville de Burgos, tant par le grand renom de- sa sainteté, de sa vie fei'vente et austère, que par son cr)mmprre et sa céleste conversation. Une seule visite qu'elle fit à chaque monastèn», po«ur entretenir et consoler les religieuses qui s'y trouvaient, les laissa si iHlifiées, que l'on vit et touch» dn doigt de grands changeraents dan« la vit^ et les liabitudes de ces Ames religieuses, avec de signalés progrès dans la vertu. La chose a été publique et notoire en la ville do Burgos, surtout en ce qui concerne le royal monastère de Las linelgas, de l'ordre de Saint-Bt-mard. Le mère Térèse de Jésus n'y entra qu'une fois, mais, par la seule vue de son habit, de sa pauvreté, de son humilité, de sa fer\'eur, grâce aussi & sa eouversation si siraple et si ^-raie, & ses discours si xmiinrgnr'S d^'omeur divin, à ses exhortations si spirituelles, à son zèle si ardent du salut des âmes, à ses conseils si salutaires sur la rigueur dont les religieuses doivent user envers elles-mêmes pour se rendre plus agréa Wes h Dieu, cette visite suffit pour que ce monastère des religieuses bernardines de Las Huelgas se réformAA presque tout entier. Je le sais, parce qu^élant aTor^ chanoine magistral de la cathédrale de Burgos, j'étais en relation avec le* personnes les plus graves et les plus religieuses du dit couvent de Lan Iluelgas. * (Déposition déjà citée.) L'abbaye cistercienne de Sattin Maritt de las Htielgas, fondée par le pieux roi Mphonse VHl à la fin du xiv siècle, était la plus célèbre et la plus riche de toute l'Espagne. Elle jouissait de privilèges uniques, dit-on, dans tout l'univers : Fai^besse était darac de soixante bourgs et villages, sur lesquels elle exerçait une juridiction à la . fois ecclésiastique et civile. Les religieuses qui peuplaient en grand nombn^ le royal monastère^ étaient pour la plupart fiHes dlb princes, de ducs et autres titulados: plusieurs étaient même de sang impérial o« royal. Presque toutes s'ét<iient vues enfermées derrière ces murs dès leur petite enfance et sans vocation ponr l'état religieux; elles y menaient une \\c facile et commode, et jouissaient d'une très grande liberté. Doâa Françoise Manrique, (pii gouvernait la commonaut*'» lorsque sainte Térèse la visita, fut l'avant-dernière des abbesses perpétuelles. A partir de 1593, les supérieures, à une exception près, ne furent plus qu'abbesses triennales. (Cfr. Madoz : Burgos, Convetitos de religiosas.) Le monastère de Las Hueigas comserve encore précieusement la mémoire dn court, mais fructoevx iiassagr de la sainte mère dans son enceinte. Au reste, des souvenirs de la visite de sainte Térèse sont gardés dans presque tous les parloirs d^ anciennes

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