CHAPITRE XXXI. — BURGOS
moi, me souvenant de la reeommandation que m'avait faite Notre-Seigneur de travailler de sa part à cette affaire, je ne pouvais me résoudre à prendre ce parti, et telle était ma conviction que la fondation réussirait, que je me trouvais, poco" ainsi dire, insensible à tout. Mon unique peine venait de celle qu'éprouvait le père provincial, et j'avais grand regret qu'il fut venu avec nous. J'ignorais alors combien ses amis devaient nous être utiles, ainsi qu'on va le voir par mon récit. Mes compagnes étaient fort ai&igées, mais leur chagrin me mettait peu enpeine, jen'étais occupéeque decelui du père provincial.
Au milieu de cette épreuve et dans un moment où je n'étais pas en oraison, Notre-Seigncur m'adressa ces paroles : Cesi le moment, Térèse, de tenir bon. Là-dessus, jlnsistai plus fortement auprès du père provincial pour qu'il partît et nous laissât seules, lui représentant que le carême approchait et qu'il était attendu pour prêcher. Sa Majesté sans dofite l'inclina Elle-même de ce côté.
Sur sa demande et celle de ses amis, on nous donna un logement dans l'hôpital de la Conception, où reposait le très saint Sacrement et où la messe se disait tous les jours (1). Ce fut pour lui une certaine consolation, mais
eoDunonautés de Bourgos, notamment cheai les elariases et chez les augns- Uaes de Sainte-Dorothée, qui reprirent & son contact une ferveur nourelle. (1) L'hôpital de la Conception, construit par les soins de dbn Diego de Beniuy, noble régidor de la ville de Burgos, seigneur de Benameji et d'^Ucala, avait été achevé le 8 décembre 1561, et donné par le fondatenr à la confrérie de la Conception, laquelle en prit possession le l**" Juillet de Tannée suivante. Il était situé au faubourg de Vega, sur la route de Madrid, non loin du couvent des augustins, où la sainte et ses compagnes avaient, à leur arrivée, vénéré le saint Crucifix. Il se composait de deux «orps de bâtiments, avec deux chapelles, dépendances, patios et huerias. Les deux salles des malades étaient de vingt-six lits chacune. Malgré des
nous ne Tobtinmes qu'au prix de bien des peines. Il y avait dans l'hôpital un appartement commode, qu'une veuve de la ville avait loué. Non seulement elle refusa de nous le prêter, bien qu elle ne dût Toccuper qu'au bout de six mois, mais elle se montra extrêmement fâchée qu'on nous eut donné, dans le haut, quelques pièces non plafonnées, dont Tune communiquait avec son logis. Elle ne se contenta pas de fermer cette porte à clef, mais elle la cloua par le dedans.
Ce n'est pas tout. Les confrères de l'hôpital (1) s'ima-
cUangements considérables, on retrouve aujourd'hui l'une de cses salies que sainte Térèse parcourut et où elle prodigua la consolation aux membres souffrants de Jésus-Christ. De chaque côté, on voit quatorze ou quinze arcades formant alcôve ; au fond, une abside gothique plus élevée, qui servait de chapelle; sous la dernière arcade à gauche, le peUt escalier, en partie muré, par lequel la sainte descendait du logement qui lui avait été concédé sous le toit, au-dessus de l'une des salles des malades. Une i)etite fenêtre, sorte de guichet dont Ribera a parlé, donne de ce logement sur Tabside ou chapelle. C'est là que la sainte mère entendait tous les jours la messe et jouissait de la présence du très saint Sacrement, dont elle avait été privée chez Catlierine de Tolosa. La petite cuisine, mentionnée par elle, existe toujours. Anne de Saînt-Darthélemy nous assure que les chauvessouris abondaient dans l'hôpital de la Conception comme en pas une maison de Burgos. Anne do Jésus, de son côté, déclare avoir entendu dire aux compagnes de la sainte qu'elles eurent bien à souffrir, elles et leur sainte mère, des odeurs méphitiques de Thôpital, des plaintes des patients, des itits qui pullulaient, enfin de la vermine, dont elles ne parvenaient pas h se garantir. Il est facile de se faire une idée de ces inconvénients, si l'on s^e souvient qu'à l'époque dont il s'agit, une insigne malpropreté r«*gnait dans ces asiles de la douleur. Mais ce qui affligeait le cœur compatissant de la charitable sainte, bien autrement que sa propre incommodité, c'étaient les souffrances des malades. Anne de Saint-Barthélémy nous a laissé sur le séjour de sainte Térèse à Thôpital de la Conception et ses rapports avec les pauvres qui l'habitaient, de touchants détails qu'on trouvera à la fin de ce volume, Docum. 6i. Voir aussi la 2^* Dép. de la sœur Térèse de Jésus, qui accompagnait également la sainte. L'hôpital de la Conception est aujourd'hui en partie abandonné, en partie occupe par quelques incurables.
(1) L'hôpital, nous l'avons vu, appartenait à la confrérie de la Conception. Celle-ci avait pour objet de pacifier les litiges qui sur\'enaient entre