‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 92 sur 185 · CHAPITRE XXXI. — BURGOS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI. — BURGOS

nance. Tous s'en étonnent maintenant, quelques-uns même s'en repentent. Deux personnes m'en avaient dit du bien, mais tant d'autres m'en avaient parlé défavorablement, que je n'y pensais plus, persuadée qu'elle ne nous convenait pas.

Un jour que je m'entretenais avec le licencié Aguiar, cet ami de notre père dont j'ai déjà parlé et qui s'employait avec un grand zèle à nous procurer une maison, il me dit qu'il en avait vu plusieurs, mais qu'il ne croyait pas possible d'en trouver une dans toute la ville qui pût nous convenir. Et réellement, d'après ce que l'on me disait, la chose semblait impossible. Je me souvins alors de celle de ce gentilhomme, que nous avions rejetée. Malgré tous les désavantages qu'on lui attribue, me disais-je, servonsnous en dans ce pressant besoin, quitte à la revendre ensuite (1). J'en parlai au licencié Aguiar, lui demandant s'il aurait la bonté d'aller la voir. L'idée lui parut bonne. Il ne la connaissait pas encore, et quoique ce fût un jour

(1) La demeure en question était située à, Textrémité opposée du faubourg de Vega, plus haut que Téglise San Lucas et tout près de Thôpital du même nom. Le fonds se composait de deux petites maisons, de deux cours, d'un enclos et d*une huer ta. Le tout était connu & Burgos sous le nom de Casas de Mansino. Don Manuel Franco et sa femme, doiia Angële Mansino, en étaient propriétaires. Le bien était administré par don Diego Ruiz de Ayala et don Martin Ferez de Rozas, chapelains de Tune des principales chapelles de la cathédrale, dédiée & la Visitation de la très sainte Vierge : D'après Anne de Saint-Barthélémy, cette demeure, où le dernier propriétaire, homme impie, était mort sans confession, n'avait pas bon renom dans la ville : on la disait hantée. Ce fut, d'après la vénérable sœur, un des motifs pour lesquels on la laissa, comme nous allons le voir, à très bon compte. La sœur Anne assure que durant les premiers temps de leur séjour dans cette maison, la sainte et ses filles furent molestées par des bruits étranges et inexplicables. Les vexations ne cessèrent, parait-il, qu'à partir du jour oU le très saint Sacrement résida au milieu de la communauté. (G£r. Autobiographie de la vénérable.)

d'ourag-an et d-e froid très âpre, il voulut s'y reiKlrc sur rheure. Le locataire qui l'occupait, ne se souciant pas (ju'on la vendit, refusa de la lui montrer. Néanmoins, sa situation et ce c[u''il put en voir le satisfirent extrêmement. Ainsi, nous nous décidâmes à en poursuivre Tacquisitioii. Le gentilhomme qui en était propriétaire se trouvait absent, mais il avait donné procuration à un vertueux ecclésiastique pour en effectuer la vente (1). Sa Majesté inspira ' À celui-ci de vouloir bien nous accepter pour acquéreurs, et de s'entendre avec nous dans toute la franchise possible. On décida que j'irais voir la maison (2). J'en fus si ravie, que quand on aivait voulu la vendre le double, j'aurais cru l'obtenir à bon marché. Rien en cela de surprenant, puisque deux ans auparavant on en avait réellement offert le double au propriétaire, et il avait refusé de la donner.

Dès le lendemain, l'ecclésiastique vint me voir eu compagnie du licencié, (le dernier, voyant le prix dont on se contentait, voulait conclure à Thcure même. Quelquesuns de nos amis, à qui j'en avais parlé, m'avaient dît que c'était l'acheter trop cher de ciuq cents ducats. Je le lui fis observer. Il trouvait, bien au contraire, qu'en eu donnant ce que Ion demandait, nous Taurions à bon compte. Je pensais comme lui qu'on la cédait pour rien ; aussi mon désir était d'aller de l'avant. Mes scrupules venaient sim-

(1) Don Die^ Riiiz de Ayala, Tun deg deux chapelains gni viennent d'être nommés.

(i) La sainte mère s'y rendit nv«c lïlusieui's de scsi compagnes, escortée du lioencié Agiiiar. Comme nous rapprend le môme Agniar, elle était di^à sortie iilusieairs fois de Thôpital ponr visiter d'autres maiscHis, accompagnée du fidMe licencié. (Cfr. Dép. d'Antoine Aguiar. Inform. de Burgos.)

Page 1