CHAPITRE IXXI. ~ BURGOS
plemeiit de ce que Tardent de Tordre était eu jeu. Cette conférence avait lieu la veille de la fête de notre glorieux père saint Joseph, avant la messe (1). Je dis à ces messieurs que, la messe finie, nous nous réunirious de nouveau pour conclure, I^ licencié, qui est fort avisé, jugea, non sans raison, que si la chose se divulguait, on pourrait élever le prix de beaucoup, ou même renoncer à vendre. En conséquence, il mit tout en œuvre pour qu'on ne perdit point de temps, et fit promettre à recclésiastique de revenir après la messe. De notre côté, nous allâmes recouunander l'affaire à Dieu. Alors Notre-Seigneur me dit : Quoi! pour de l'argent, tu t'arrêtes? marquant par là que la maison nous convenait. Mes sœurs avaient instanmient demandé à saint Joseph d'avoir une maison pour le jour de sa fête, et contre toute vraisemblance, elles fuirent exaucées. Chacun me pressait de conclure, ce qui fut fait. Le licencié rencontra un notaire à la porte : on eût dit cjue c'était Notre-Seigneur lui-même (jui l'envoyait. 11 l'amena et me dit qu'il fallait terminer. Ayant appelé un témoin, il ferma la porte de la salle — car toute sa crainte était qu'on n'apprit ce qui se passait, — et la vente fut
(1) Sainte Térèse répète ici oe qu'elle a déjà dit plus haut, savoir que Tachât de la maiBon eut lieu la veille de la fête de saint Joseph, par conséquant le 18 mars. Cependant les actes authentiques provenant du notaire Ortega de la Torrefrla, aujourd'hai gardés & VAyunkaniento de BurgoB, nous apprennent que la vente ae fit le i2 mort, et sa ratification, le i6.Ea outre, une lettre de la sainte au père Mariano, écrite le 18 mars, montre qu'à cette date, la vente remontait dé}k h pliisieiiTs jours. H y a lieu de croire que ce fut la translation des carmélites à leur nouvelle maison, et non Tachât de colle-ci, qui eut lieu la veilte de la fête de saint Joseph. Selon toute vraisemblance, c'est de cette façon que les filles de sainte Térèse virent exwicée la prière qn'elies avaient adressée au saint patriarche d'avoir une maison pour le jour de sa fête.
a08 LES FONDATIONS.
enfin conclue avec toutes les garanties désirables. C'était la veille de la fête de saint Joseph, comme je Tai dit. Ce succès, nous le devions à l'activité et à la prudence de notre si excellent ami, le licencié (1).
Personne n'eût imaginé que cette maison se serait vendue à si bon compte. Aussi, à peine notre achat fut-il connu, que des acquéreurs se présentèrent, disant que l'ecclésiastique l'avait donnée pour rien et qu'il fallait rompre le marché, parce qu'il y avait erreur manifeste. Ainsi, ce bon prêtre n'eut pas peu à souffrir. On en donna avis aux propriétaires de la demeure. C'était, comme je l'ai dit, un gentilhomme de bonne maison et sa femme, aussi distinguée que lui (2). Ils eurent tant de joie de voii*
(1) • Le prix demandé était de treize cents ducats, a déclaré Aguiar luimôme. Mais Tccclésiastique chargé de la vente me dit que du moment qu'il s'agissait de ces saintes religieuses, il perdrait volonUcrs dix ducats. La sainte, qui était fort pauvre, était en peine de cette somme. G*est alors que Noire-Seigneur lui dit, comme elle-même le rapporte : Quoi! pour de l'argent, tu t'arrêtes? Je lui offris de verser les treize cents ducats, si elle ne les avait pas, et même de prendre la maison pour moi dans le cas où, après Tavoir habitée quelques années, la communauté s*y déplairait. Quand j'eus ainsi parlé, la sainte mère donna un signe pour faire entreries religieuses dans la pièce où elle m'entretenait derrière une plaque de tôle, et finalement elles se décidèrent à prendre la maison. J'appelai l'ecclésiastique et le notaire, et, l'affaire conclue, nous dressâmes un acte portant que la somme serait payée à bref délai. » (Dép. déjà citée.) Le licencié versa séance tenante quatre cents ducats. On convint que les huit cent quatrevingt-dix ducats qui restaient seraient soldés dans le terme d'une année. Aguiar servit lui-môme de caution, avec un citoyen de Burgos, nommé Jean Rodriguez. U est probable que dans aucune de ses fondations sainte Térèso ne s'était procuré une maison & si bas prix. Celle de Séville avait coûté six mille ducats, ce que la sainte estimait un bon marché exceptionnel. (Voir Extrait du Registre conventuel de Séville, à la fin du volume, Docum. 3i.) Si l'on on croit le licencié Aguiar, dans sa déposition juridique, la maison de Tolède en avait coûté neuf mille. La sainte, au chapitre zv, dit douze mille.
(2) Leurs noms, nous l'avons vu, étaient : don Manuel Franco et dofla Angèle Mansino.