CHAPITRE XXXI. — BURGOS
se fût gardé à lui-niêiiie cette denieore, car tout, ou presque tout, s'y trouvait fait. Aussi, quand je venais à la considérer constmite comme pour nous, el que je sougais avec quelle rapidité tout s était conclu, il me semblait rêver. Xotlre-Seigneur nous a bien dédommagées de ce <{ue nous avons souffert, en nous plaçant dans ee lieu de délices, car vraiment, à ne tenir compte que de la hueria, de la vue et des eaux, c'est le nom qui lui convient. Qu'il en soit à jamais béni! Amen (1).
L'archevêque fut bientôt averti. U témoigna beaucoup de joie d'un dénouement si heureux; il Fattribuait à ses exigences, en quoi il avait bien raison. Je lui écrivis
même de Técurie, de façon qoo les auges, ei^^a^fées daus la muraille, servaient à placer les burettes, les cierges et le missel. Elle me racontait qu'elle avait fait toutes ses fondations, tant de religieux que do religieuses, dons des endroits modestes et pauvres, aupai*avant remplis de fumier et de toiles d'araignées. Je lui dis alors en plaisantant, et par allusion à la dévotion quVile me déclarait avoir pour saint Joseph : - Mère fondatrice, il « fiaut que votre bon saint se soit trouvé fort bien dans sa première et « bienheureuse écurie, car nous ne pouvons plus l'en déloger. ■ Me racontant la fondation de Tolède, elle me dit : Je vous certifie, sefior licencié, (fue je commençai à Tolède avec une bien faible somme, une seule couverture et une paillasse; et peu de temps après, J'achetais une maison qui me coûta neuf mille ducats, et Dieu nous pourvut largement de protecteurs et de bienfaiteurs. Je me plaignais un jour qu'elle ne descendît pas exactement pour veiller aux travaux et aux aménagements ; la vraie raison, c'était le charme que m'apportait sa présence. Elle me répondit : Je veux que vous sachiez que, moi aussi, j'écris mes simplicités. Je relate en ce moment, à ma manière, ce /jut se passe de mémorable dans cette fondation. C'est d'ailleurs ce que J'ai fait pour toutes les autres, car un Jour viendra où tout cela sera fort goûté, A présent, Je mets par écrit les bontés que vous avez pour nous, la charité que vous exercez à notre endroit, bref, toutes les obligations que nous vous avons. Le fait est que, pour nous assister, vous ne prenez chez vous ni nourriture ni repos. Dieu votês le renéra. ■ (Dép. déjà citée.)
(1) Le couvent était, en effet, très agréablement situé sur le bord de TArlanzon, & l'entrée de la promenade do La Quinta, non loia de la colline où s'élève la grandiose chartreuse de Miraflorùs. La vue s'étendait jusqu'aux gracieuses collines qui ferment l'horizon au midi de Burgos*
pour lui exprimer combien j'étais satisfaite de le savoir content. J'ajoutai que j'allais me hâter d'aménager la maison, afin qu'il put achever de combler mes désirs. Ola fait, je pressai le plus possible la translation, car on m'avait prévenue cpi'il était cpiestion de nous retenir, sous prétexte de je ne sais quels actes à terminer. .Vinsi, quoique le locataire de nôtre nouvelle maison s'y trouvai encore — et ce ne fut pas une petite afifaire de le mettre dehors, — nous allâmes en occulter un appartement (1). Ou vint bientôt me dire que Farchevêque en était très fàclié. Je radoucis de mon mieux, et comme il est bon, ses fâcheries ne durent guère. Il se fâcha encore lorsqu'il apprit que nous avions des grilles et un tour, se figurant que je voulais passer outre k quelque prix que ce fut. Je lui écrivis que j'étais ])ien éloignée de l'entendre ainsi, mais que toutes les maisons vouées h la retraite étaient disposées de la sorte, qu'au reste, pour ménager les apparences, je n'avais pas même osé placer une croix à la porte, ce qui était vrai.
En dépit de toute la bienveillance qu'il nous témoignait, il n'était pas possible d'obtenir de lui l'autorisation. Il vint voir notre demeure, et il en parut très satisfait; mais, encore une fois, son amal)ilité, pour grande qu'elle fut. n'alla pas jusqu'à nous accorder l'autorisation. 11 nous donna seulement plus d'espérance, et parla de certains
(l) Les Joculuiirs, qui curent tant do iieine t\ céder ceUo demeure ù sainte Térèse et ù ses filles, étaient don Jérôme del Pino cl doua Madeleine Solôrzano, neveux d*un i*cligieux augustin, le i^vc Christophe de Santotis. Ce dernier finit par les décider & se retirer, ainsi que lui-même l'a déclaré dans sa déposition juridique pour la canonisation. (Inform. de Burgos.)