‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 96 sur 185 · CHAPITRE XXXI. — BURGOS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI. — BURGOS

actes à passer avec Catherine de Tolosa (1). On craignait qu'en fin de compte, il ne la donnât point. Mais le docteur Manso, cet autre ami du père provincial, était très intime avec lui, et il saisissait toutes les occasions de lui rappeler notre affaire, le pressant de la terminer. Il souffrait beaucoup de notre situation. En effet, quoique nous eussions une chapelle, où Ton célébrait auparavant pour les maîtres de la maison et qui ne servait qu'à cet usage, jamais l'archevêque ne voulut permettre (pi'on dit la messe chez nous. Il nous fallait sortir les dimanches et les fêtes, pour aller l'entendre dans une église qui, par bonheur, se trouvait près de Ik (2). Cela dura depuis notre entrée dans cette maison jusqu'à l'établissement définitif du monastère, c'est-à-dire un mois environ. Tous les théologiens assuraient qu'il y avait motif suffisant pour faire dire la

(1) D'après Anne de Saînl-Bartliélemy, don (Christophe Vela serait venu deux ou trois fois à la nouvelle résidence des carmélites. Dans Tune de ses >'isites, il demanda un peu d'eau à boire. « La sainte mère, dit la vénérable sœur, lui fit présenter en même temps je ne sais quelle petite dou> ceur qu'on lui avait envoyée. Sa Seigneurie dit alors : « Vous avez, ma

• mère, beaucoup obtenu de moi. Je n'ai jamais accepté dans tout Burgos

• l'équivalent de ce que je viens de prendre, parce que c'est votre main qui « me le présente. • La mère répondit : Je voudrais bien obtenir de même l'autorisation de Votre Seigneurie. Elle ne la reçut point, et cependant elle demeura aussi satisfaite, aussi reconnaissante envers Notre-Seigneur, que si elle l'eût obtenue. Elle louait hautement la sainteté de Tarchevèque, disant combien de tels prélats donnaient d'éclat & l'I^glise de Dieu. Jamais nous n'en tendîmes sortir de sa bouche une parole différente. » Voir Relation inédite, & la fin de ce volume, Docum. 6i.

(2) L'église San Lucas, qui dans la suite fut l'emplacée par celle des chanoinesses régulières de Saintr Augustin, fondées sous le titre de la Mère de Dieu et communément appelées Las Madrés de Bios» On voit par une lettre de la sainte au père Mariano, du 18 mars, qu'avant même de quitter l'hôpital elle faisait des démarches pour o])tenir du nonce l'autorisation de faire dire la messe, refusée par l'archevêque, et qu'elle demandait dans ce but l'intervention des ducs d'Albe. Mais ces efforts restèrent sans

214 LES FONDATIONSu

m«sse, et l'archevêqïie, qui est lui-même grand théologien, le sentait comoie les a,utres ; ce qui montre hico <fue la vraie cause de tout cela, c'était la volonté qu'avait Notre-Seigueur de nous voir souffrir. Pour moi, j'en j>ronais assez facilement mon parti ; mais une de nos sœurs en avait tant de peine, qu'^îlle ne pouvait se trouver dans la rue sans être prise de tremblement.

La passation des actes ne se lit pas non plus sans difficulté. ïantAt on se contentait de cautions, tantôt on demandait de l'argent comptant, sans parler d autres exigences enco(re. La faute en était iuojïw; a Tarchevèqpie qu'à Tun de ses provisores^ qui nous fit ui^e guerre acharnée. Et si Dieu n'eût pcrnus qu'il dût aller en voyage et qu'mi autre prît sa place, je crois que jamais nous n'aurions vu la fin de notre afiaire. Oh ! que n'endura pas alors

sncoès. C'était le père Pierre de la Purificatioii qui oanduiBali Ips roligienses à réglise de Thôpital San Lucas, et qui les y confessait et communiait. Ce n*était pas, au reste, saoïs exciter la curiosité et les Téflexions que la sainte se monlTiiil uver ses filles dans La Vega. On assure qu'elle en désignait les habitants sous Ir nom de chamariileros (joueurs adroits, ai'dente au jeu). Aujourd'hui les hahitanls de La Vega se iout gloive de ce surnom. Au jour de la ii'W du quartier, les jeunes gens font retentir les rue$ d'un joyeux : / Vivau las chamariileros! Et la population tout entière n*panfl avec enthousiasme : / Vivan! si présent est encore jusque dans ses dtitails le souvenir du si'jour de sainte Téi'i'se h Burgos. L*? père Pierre delà l*urification ne se bornait pas à esi'orter les religieuses et h leur donner les secours spirituels. Il ressort de sa relation déjà mentionnée qu'il eut |uirt aux débals soulevés au sujet de l'autorisation, ot qu'ayant été invité à diner par rarchovr'qiie, il se .pei*mit i\ «on égai'd des repn'senrtations resiwclueuses. Parfois, comme il l'avoue lui-même, il se sentait fort en colère contre le prélat et bien las de pareille situation. IVivé de s(.*s rompagnonf^ et hors d'état de faiii* pour les carmélites ce qu'il eût voulu, il se cro>'ail couvert dïgnominie. - Me parecia me ihan azoiando por las calles. J'étais comme un crimmel qu'on fustige par les rues », éorit-il. Sans la pn^^enoe de la saint*' mère, il fût i*etourné à sou couvent. Mais rellfVKri, avec une douceur charmante, savait le consoler et l'encourager.

Page 1