‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 98 sur 185 · CHAPITRE XXXI. — BURGOS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI. — BURGOS

Précisément, ce môme jour, nos sœurs étaient plus tristes qu'elles ne l'avaient jamais été. Quant à la bonne Catherine de Tolosa, on ne pouvait la consoler. On eût dit que Notre-Seigneur voulait accroître nos angoisses au moment où il allait verser la joie dans nos âmes. Et par le fait, moi qui n'avais jamais perdu confiance, je m'étais sentie très découragée la nuit précédente. Que son nom soit béni sans fin ! Qu'il soit célébré dans tous les siècles ! Amen. L'archevêque permit au docteur Manso de nous dire la messe le lendemain (1) et de placer le très saint Sacrement. Ce fut donc lui qui célébra la première fois. La grand'messe, très solennelle et exécutée par de nombreux musiciens, venus de leur propre mouvement, fut chantée par le prieur des dominicains du couvent de Saint-Paul (2). Notre ordre a toujours eu de grandes obligations aux religieux de Saint-Dominique, aussi bien qu'aux pères de la Compagnie de Jésus. Tous nos amis étaient dans la joie, et la ville entière, en quelque sorte, se réjouit avec nous, car on n'avait pu voir sans y compatir notre pénible situation.Les procédés de l'archevêque étaient même si sévèrement jugés, que parfois la manière dont on parlait de lui m'affligeait plus que tout le reste. L'allégresse de la

(1) Le jeudi 19 avril 1582. (Voir Docuin. 69 et 70.)

(2) San Pablo, le couvent des dominicains, élait voisin du nouveau monastère des carmélites. Il sert aujourd'hui de caserne au régiment de cavalerie. Le prieur se nommait le père Jean de Arccdiano. Devenu dans la suite prieur du couvent de Sanio Tonws, & Avila, il déposa Tannée 1610 au procès do canonisation. Il déclare dans sa déposition avoir dit la première messe et placé le très saint SaciTment au couvent de Burgos, et parle des fréquentes l'elations qu'U eut avec la sainte mère pendant sou séjour en cette ville. !Nous apprenons également do lui que la messe de prise de possession fut célébrée en la présence de Tarchevéque lui-même. (Inform. d'Avila.)

bannie CatJaerine do ïolosa^i de nos sœurs éiait si grande", qu'elle me donnait de la dévotion, et je disais à lAen : Seigneur, que prétendent vos servantes, si ce n'est d-c vous servir, et d-e se voir prisonnières pour Taniour do vous, dans une demeure d'où «elles n'auront plus à soi-tir? Non, à nioins d'en avoir fait rexpérience, on ne pourra jamais comprendre la joie que nous éprouvons toutes dans oes fondations, au moment où nous nous retrouvons en clôfvive et séparées 'd«es peorscmnes dn inonde. <Juelle que soit notre atfectian pour elles, rien n'éirale le bonheur <[ue nous goûtons à nous voir seules. Comme les poissoits qTi'un coup de filet a tirés du fleuve, no sauraient vi^Te à moins de rentrer dans les «eaux, iiinsi en est-il de ces âmes habituées à -se tenir au milieu des eaux vives de lemr Époux. Tirez-les de là, pour les jetei*. dans le lilet des choses du monde : elles ne vivent j)lus, jusqu'au moment où il leur -est permis de s'y replofigoj. C'est là ce que j'ai tomjours romarqiïo dans nos sœurs, et ce dont j'ai fait moimôme rexp<'»rienee. Quant aux roligiouses qui désirent se mêler aux f^éouliers, ou comanuiii({uer s<ravent avec «eux, qu'elles oraiîrnent de n'avoir jamais rencontré cette eau vive dont Notre-Seigneur parlait à la Samaritaii^ (1). Qu'elles tremblent que l'Epoux ne se soit caché d'elles, et cela très justement, puisqu'elles ne se plaisent point en sa compagnie. Ce malheur, je le crains, peiït avoir «deux causes : ou bien ces Ames n'ont pas embrassé la vie religieuse purement pour son amour, ou bien, après ra>oir embrassée, elles Ji'ont pas su conq)roiulre la faveur iui-

(i) Cfr. Joan., iv.

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