ACTE V, SCENE II
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L'ARCHtvÊQtlE d'York. Allez, mon bou Sir Michael ; portez avec une diligence ailée ce bref scellé au Lord maréchal.
(Acte IV, se. iv.)
Worcester. — Le roi vous appelle au combat sur-le-champ.
Douglas. — ■ Faites-lui envoyer le défi par le Lord de Westmoreland.
Hotspur. — Lord Douglas, allez vous-même et dites-lé lui.
Douglas. — Parbleu oui, j'irai, et bien volontiers. (Il sort.)
Worcester. — 11 n'y a pas d'apparence de clémence chez le roi.
Hotspur. — Lui avez-vous mendié rien de semblable ? Plaise à Dieu que non !
Worcester. — Je lui ai parlé doucement de nos griefs et de la violation de ses serments, fait qu'il a réparé, en niant par un nouveau parjure qu'il ait jamais été parjure. Il nous appelle traîtres, rebelles, et veut châtier sur nos personnes ce nom odieux par le moyen de ses armes hautaines.
Rentre DOUGLAS.
Douclas. — Aux armes, gentilshommes! aux armes! car je viens de lancer un brave défi aux dents du roi Henri, et Westmoreland, qui était ici en otage, le lui porte; ce défi ne peut manquer de faire vivement engager la lutte.
Worcester. — Le prince de Galles s'est avancé devant le roi, neveu, et lui a proposé de vous provoquer en combat singulier.
Hotspur. — Oh ! plut au ciel que la querelle reposât sur nos deux tètes, et que personne aujourd'hui ne dût avoir l'haleine courte que moi et Henri Monmouth! Dites-moi, dites-moi, de quel air a-t-il fait son défi? Lui a-t-il donné une tournure de mépris?
Vernon. — Non, sur mon âme; jamais de ma vie je n'ai entendu porter plus modestement un
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LE ROI HENRI IV
défi, à moins que ce ne fût celui d'un frère provoquant un frère aux nobles exercices et aux épreuves des armes. Il vous a rendu tous les hommages qu'on doit à un homme, il a brodé vos louanges avec une éloquence princière, il a parlé de vos mérites comme une chronique, vous élevant toujours au-dessus de son éloge et dépréciant son éloge comme trop faible pour vous apprécier : et ce qui est vraiment digne d'un prince, il a fait humblement mention de lui-même et a gourmande sa jeunesse vagabonde avec une telle grâce, qu'on aurait dit qu'il éta'it au même instant doué d'une double faculté, celle d'apprendre et d'enseigner à la fois. Il s'est arrêté là-dessus, mais, je le déclare au monde, s'il survit aux périls de cette] journée, l'Angleterre n'aura jamais possédé d'espérance aussi belle, et plais mal appréciée grâce aux folies de sa jeunesse.
Hotspur. — Cousin, je crois que tu es énamouré de ses folies; je n'ai jamais, pour moi, entendu parler d'un prince si effréné dans sa licence. Biais qu'il soit comme il voudra, aujourd'hui, avant la nuit, je l'embrasserai si fortement entre mes bras de soldat qu'il étouffera sous ma courtoisie. Aux armes, aux armes, rapidement! et vous, compagnons, soldats, amis, considérez vousmêmes ce que vous avez à faire; vous pouvez mieux vous exhortera être braves que je ne pourrais le faire par mes paroles, moi qui ai peu le don d'éloquence.
Entre un messager.
Le messager. — Milord, voici des lettres pour vous.
Hotspur. — Je ne puis les lire maintenant. O gentilshommes, le temps de la vie est court; dépensé bassement, ce court laps de temps serait trop long encore, quand bien même la vie, voyageant au galop sur l'aiguille d'une horloge, finirait son >oyage en arrivant à la première heure. Si nous vivons, nous vivrons pour fouler aux pieds des rois; si nous mourons, eh bien, c'est une belle mort celle qu'on partage avec des princes! Quant à ce qui regarde nos consciences, il est noble de prendre les armes lorsque la raison pour laquelle on les prend est juste.
Entre un autre messager.
Le messager. — Milord, préparez-vous; le roi s'avance à grands pas.
Hotsi'Ur. — Je le remercie de couper court à
ma harangue, car je ne fais pas profession de parler. Je vous dis seulement : que chacun fasse de son mieux; et ici je tire une épée dont je compte teindre la lame avec le meilleur sang que je pourrai rencontrer dans les hasards de ce jour périlleux. Maintenant, Espérance ! Percj! et en avant I Faites résonner tous les bruyants instruments de guerre et embrassons-nous tous au son de cette musique, car il y a grandement à parier que plusieurs d'entre nous ne se feront pas une seconde fois une telle courtoisie. {Fanfares de trompettes. Ils s'embrassent et sortent.)