‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 116 sur 447 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Un appartement dans le palais de l'archevêque d'York.

Entrent L'ARCHEVEQUE D'YORK, les lords MOWBRAY, HASTINGS et BARDOLPH.

L'archevêque d'york. — Maintenant vous avez entendu notre cause et vous connaissez nos ressources; je vous en prie, mes très-nobles amis, exprimez tous franchement votre opinion sur nos chances de succès : vous d'abord, Lord maréchal, qu'en dites-vous?

Mowbray. — Je conviens parfaitement de la légitimité de notre prise d'armes; mais je serais beaucoup plus heureux de savoir comment, avec nos ressources, nous pouvons présenter aux forces et à la puissance du roi un front de bataille suffisamment solide et étendu.

Hastings. — Nos troupes actuellement rassemblées présentent un total de vingt-cinq mille hommes de choix, et pour nos renforts nous comptons fermement sur le puissant Northumberland dont le cœur brûle du feu qu'y ont allumé les outrages.

Lord Bardolph. — En ce cas, Lord Hastings, la question se pose ainsi : pouvons-nous résister avec nos vingt-cinq mille hommes actuels sans le secours de Northumberland?

Hastings. — Avec lui nous pouvons résister.

Lord Bardolph. — Oui, parbleu, c'est là le point délicat ; mais si nous nous jugeons trop faibles sans lui, mon opinion est que nous ne devons pas nous avancer trop loin avant d'avoir son assistance sous la main ; car dans une affaire qui présente un aspect aussi terrible que celle-là, on ne peut admettre la possibilité, l'espérance, l'attente problématique de secours incertains.

L'archevêque d'york.. — C'est très-vrai, Lord Bardolph; car ce fut là, en vérité, le cas du jeune Hotspur à Shrewsbury.

Lord Bardolph. — Oui, Wilord; il s'appuya sur l'espérance, vécut d'air sur la promesse de secours, se berça du mirage d'une force qui se trouva beaucoup plus petite que la plus petite de ses pensées, et c'est ainsi qu'avec cette grande imagination qui est propre aux fous, il conduisit ses troupes à la mort et sauta les yeux fermés dans l'abîme.

Hastings. — Mais, avec votre permission, cela

n'a jamais fait de mal de calculer les probabilités et les motifs d'espérance.

Lord Bardolph. — Si, dans une guerre de la nature de celle qui est actuellement engagée, dans une action comme Faction présente. L'espérance d'une cause qui en est à son début ressemble à celle qu'un printemps précoce peut inspirer par ses bourgeons naissants ; l'espérance ne donne pas plus de raisons de compter que ces bourgeons deviendront des fruits, que le non-espoir ne donne de raisons de craindre que les gelées les flétriront. Lorsque nous avons l'intention de bâtir, nous examinons d'abord l'emplacement, puis nous dessinons le plan, et lorsque nous voyons la figure de la maison, alors nous évaluons le coût de l'érection : et si nous trouvons qu'elle dépasse nos moyens, que faisons nous alors? nous reprenons notre projet sur un plan moins large ou nous renonçons tout à fait à bâtir. Combien il est plus nécessaire encore dans cette grande entreprise qui consiste presque à déraciner une royauté pour en élever une autre, d'étudier notre terrain et notre plan. Il nous faut convenir d'une base sûre, consulter des experts, faire le compte de nos propres ressources pour savoir si l'action dans laquelle nous nous engageons pourra tenir contre l'action opposée ; sans cela nous composons des troupes sur le papier et en chiffres, et nous employons le mot d'hommes au lieu de la réalité d'hommes ; nous ressemblons à celui qui dresse le plan d'une maison qu'il n'a pas le moyen de bâtir, et qui, l'abandonnant à demi faite, laisse la partie qu'il a élevée à grands frais comme une esclave nue destinée à recevoir les pleurs des nuages, comme une proie destinée à subir la tyrannie du brutal hiver.

Hastings. — Accordons que nos espérances, qui, cependant, promettent bien dès leur naissance, soient mortes-nées et que nous possédions déjà tout ce que nous pouvons attendre, jusqu'au dernier homme : je crois que tels que nous sommes, nous composons une force assez puissante pour faire équilibre à celle du roi.

Lord Bardolph. — Comment! est-ce que le roi n'a que vingt-cinq mille hommes?

Hastings. — Il n'en a pas davantage à nous opposer, à nous; il n'en a môme pas autant, Lord Bardolph; car ses forces, pour faire face aux périls présent ■>, ont dû être divisées en trois corps d'armée : un de ces corps d'armée contre les Français, un autre contre Glendower, et le troi-

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