‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 129 sur 447 · ACTE III, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE II

Bardolph. — Mon capitaine, Monsieur, se recommande à vous; mon capitaine, Sir John Falstaff, un robuste gentilhomme, par le ciel, et un très-vaillant militaire.

Shallow. — Ses compliments sont les bienvenus, Monsieur. Je l'ai connu excellent bretteur. Comment va le bon cbevalier?et puis-je demander comment va Milady, son épouse?

Bardolph. — Pardon, Monsieur, mais un soldat est mieux accommodé d'autre chose que d'une femme.

Shallow. — C'est bien dit, Monsieur, ma foi; et vraiment, c'est bien dit. Est mieux accommodé ! c'est excellent ; oui vraiment, c'est excellent; les bonnes phrases sont assurément et furent toujours très recommandables. Accommodé ! cela vient de accommodo : excellent ! très-bonne phrase!

Bardolph. — Pardon, Monsieur; j'ai entendu dire le mot. Vous appelez cela phrase? Par cette lumière, je ne sais pas ce que c'est que phrase; mais je maintiendrai avec mon épée que ce mot est un mot qui va bien à un soldat et un mot de très-bon commandement. Accommodé, c'est-àdire, quand un homme est, comme on dit, accommodé; ou quand un homme étant ce qu'il est, il peut passer pour accommodé; ce qui' est une excellente chose.

Shallow. — C'est très-juste. Regardez, voici venir le bon Sir John.

Entre FALSTAFF.

Shallow. — Donnez-moi votre bonne main, donnez-moi la bonne main de Votre Honneur; sur ma foi, vous avez l'air d'aller bien et vous portez fort bien vos années : heureux de vous voir, mon bon Sir John.

Falstaff. — Je suis enchanté de vous voir bien

portant, mon bon maître Robert Shallow.

M. Surecard, je pense ?

Shallow. — Non, Sir John, c'est- mon cousin Silence qui est de commission avec moi.

Falstaff. — Mon bon M. Silence, il vous convient très-bien d'être un homme de paix.

Silence. — Votre excellent Honneur est le bienvenu.

Falstaff. — Ouf! qu'il fait chaud ! Messieurs, m'avez-vous. recruté ici une demi-douzaine d'hommes, propres au service?

Shallow. — Pardi, certainement, Monsieur. Voulez-vous vous asseoir?

Falstaff. — Faites-les-moi voir, je vous prie.

Shallow. — Où est la liste? où est la liste? où est la liste ? Voyons un peu, voyons, voyons un peu. Là, là, là, là; nous y voilà, oui, pardi, Monsieur. Ralph Moisi ! Qu'ils paraissent à mesure que je les appellerai : qu'ils fassent ainsi ; qu'ils fassent ainsi. Voyons ; où est Moisi ?

Moisi, s'arançant. — Me voici, s'il vous plaît. Shallow. — Qu'en pensez-vous, Sir John? c'est un garçon bien membre,, jeune, fort et de bonne famille.

Falstaff. — Ton nom est Moisi ?

Moisi. — Oui, ne vous en déplaise.

Falstaff. — Alors il n'est que temps de vite t'employer.

Shallow. — Ha ! ha ! ha ! très-excellent sur ma foi! Les choses qui sont moisies ont besoin d'être vite employées. Très-singulièrement bon ! bien dit, Sir John, très-bien dit.

Falstaff, à Shalloic. — Pincez-le-moi.

Moisi. — J'étais déjà bien assez pincé, si vous aviez voulu me laisser tranquille : ma vieille mère va maintenant ne savoir comment trouver quelqu'un qui lui fasse son labourage et sa grosse besogne. Vous n'aviez pas besoin de me pincer : il y en a d'autres qui peuvent mieux partir que ' moi.

Falstaff. — Allons, paix, Moisi; vouspartirez. Moisi, il est temps que vous soyez consommé.

Mois!. — Consommé!

Shallow. — Paix, camarade, paix ; reculezvous; savez-vous où vous êtes? Pour le suivant, Sir John,... voyons un peu;... Simon Ombre!

Falstaff. — Parbleu, donnez -le-moi pour m'asseoir dessous : cela fera probablement un soldat froid.

Shallow. — Où est Ombre?

Ojibre. — Ici, Monsieur.

Falstaff. — Ombre, de qui es-tu fils?

Ombre. — Fils de ma mère, Monsieur.

Falstaff. — Fils de ta mère ! c'est probable,et ombre deton père: ainsi le fils de la femelle est l'ombre du mâle : c'est souvent ainsi vraiment : car il n'y a pas toujours beaucoup de la substance du père.

Shallow. — Vous convient-il, Sir John?

Falstaff. — Piquez-le. Ombre servira pour l'été ; d'ailleurs pour remplir les registres de nos cadres, nous avons déjà tant d'ombres de soldats.

Shallow. — Thomas Verrue !

Falstaff. — Où est-il?

Verrue. — Ici, Monsieur.

Falstaff. — Ton nom est Verrue?

Verrue. — Oui, Monsieur.

Falstaff. — Tues une verrue très- fendillée. Shallow. — Le piquerai- je, Sir .lohn?

Falstaff. — Ce serait superflu, car son habillement est construit sur son dos et toute la charpente de son costume tient avec des épingles ; ne le piquez pas plus qu'il ne l'est.

Su ali.o w . — Ha ! ha ! ha ! vous avez le mot pour rire, Monsieur: vous avez le mot pour rire; je vous fais bien mes compliments. Francis Faible 1 Faible. — Voilà, Monsieur.

Falstaff. — Quel est ton état, Faible?

Faible. — Tailleur pour femmes, Monsieur. Shallow. — Le piquerai-je, Monsieur?

Falstaff. — Vous le pouvez; mais s'il avait été tailleur pour hommes, c'est lui qui vous aurait piqué. — Feras -tu autant de trous dans un bataillon ennemi que tu en as fait dans un jupon de femmes ?

Faible. — Je ferai tout ce que je pourrai, Monsieur ; vous ne pouvez exiger davantage.

Falstaff. — Bien dit, bon tailleur pour femmes ! Bien dit, courageux Faible ! Tu seras aussi vaillant que la colombe en colère ou la plus magnanime souris. Piquez bien le tailleur pour femmes, maître Shallow, piquez à fond, maître Shallow.

Faible. — J'aurais voulu que Verrue partît, Monsieur.

Falstaff. — Et moi j'aurais voulu que tu fusses un tailleur pour hommes, afin de leraccommoder et de le mettre en état de partir. Je ne puis faire un simple soldat d'un homme qui commande à tant de grenadiers. Que cela te suffise, impétueux Faible.

Faible. — Cela suffira, Monsieur.

Falstaff. — Je te suis obligé, respectable Faible. Quel est le suivant ?

Shallow. — Pierre Taureau du pré !

Falstaff. — Oui, parbleu; voyons Taureau. Taureau. — Voilà, Monsieur.

Falstaff. — Parbleu, un garçon tout à fait propre au service ! Allons, piquez-moi Taureau jusqu'à ce qu'il mugisse.

Taureau. — Oh Dieu ! mon bon Seigneur capitaine....

Falstaff. — Comment ! tu mugis avant d'être pique?

Taureau — Oli Dieu, Monsieur, je suis un homme infirme.

Falstaff. — Quelle infirmité as-tu?

Taureau. — Une bougresse de toux, Monsieur, un rhume que j'ai attrapé en sonnant pour les affaires du roi, le jour du couronnement, Monsieur.

Falstaff. — Allons, tu iras à la guerre en robe de chambre; nous ferons passer ton rhume, et je prendrai des mesures pour que tes amis sonnent pour toi. — Ont-ils été tous appelés ?

Shallow. — Il y en a deux d'appelés déplus que le nombre voulu; vous ne devez en prendre que quatre ici, Monsieur, et maintenant je vous prie de venir dîner avec moi.

Falstaff. — Allons, j'irai boire un coup avec vous, mais je ne puis attendre jusqu'au dîner. Je suis heureux de vous voir, sur ma foi, maître Shallow.

Shallow. — Ah, Sir John, vous rappelez-vous quand nous avons passé toute une nuit dans le moulin à vent des champs de Saint Georges?

Falstaff. — Ne parlons plus de cela, mon bon maître Shallow, ne parlons plus de ce'a.

Shallow. — Ah! ce fut une joyeuse nuit. Et Jane Nightwork vit-elle toujours ?

Falstaff. — Elle vit toujours, maître Shallow.

Shallow. — Elle n'avait jamais pu me voir. Falstaff. — Jamais, jamais; elle disait toujours qu'elle ne pouvait pas souffrir maître Shallow.

Shallow. — Par la messe, je pouvais la faire mettre en colère de bon cœur. C'était alors une bona roba. Est elle bien conservée?

Falstaff. — Elle est vieille, vieille, maître Shallow.

Shallow. — Parbleu, oui, elle doit être vieille: elle ne peut pas ne pas être vieille ; certainement elle est vieille: elle avait eu Hobin Nightwork du vieux Nightwork, avant que je ne fusse étudiant à Saint-Clément.

Sileinxe. — H y a cinquante-cinq ans de cela. Shallow. — Ah, cousin Silence, si tu avais vu ce que le chevalier et moi nous avons vu. Ah, Sir John, ai-je bien parlé?

Falstaff. — Nous avons entendu les carillons à minuit, maître Shallow.

Shallow. — Nous les avons entendus, nous les avons entendus, nous les avons entendus; oui, ma foi, Sir John, nous les avons entendus; notre mot de passe était: Hem lurons! Venez, allons dîner; venez, allons dîner. Oh les jouis que nous avons

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