‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 130 sur 447 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

vus! Venez, venez. [Sortent Falstnff, Skallom et Silence.)

, Taureau. — Mon bon Monsieur le rorpnral Bardolph, soyez mon ami : voici quatre Henri de dix shillings en monnaie française pour vous. En bonne vérité, Monsieur, j'aimerais autant être pendu que de partir, Monsieur; et cependant, Monsieur, pour ma part, cela m'est bien égal, mais c'est plutôt parce que je ne voudrais pas, et que, pour ma part, j'ai le désir de rester avec mes amis; autrement, Monsieur, pour ce qui est de moi , cela ne m'inquiète pas plus que cela.

Bardolph. — Allons, tenez-vous à l'écart.

Moisi. — Et mon bon Monsieur le corporal capitaine, par considération pour ma vieille mère, soyez mon ami; elle n'a personne pour faire quoi que ce soit chez elle, quand je serai parti, et elle

(Acte III, se. h.)

est vieille et ne peut s'aider; vous aurez quarante shillings, Monsieur.

Bardolph. — Allons, tenez-vous à l'écart.

Faible. — Sur ma foi, cela m'est égal ; un homme ne peut mourir qu'une fois; nous devons à Dieu une mort. Je n'aurai jamais une âme lâche; si c'est ma destinée, soit: sinon, soit encore. Nul homme n'est trop bon pour servir son prince, et qu'il suive le chemin qu'il voudra, celui qui mourra cette année en sera quitte pour la prochaine.

Bardolph. — Bien dit; tu es un brave garçon.

Faible. — Sur ma foi, je n'aurai jamais une âme lâche.

Rentrent FALSTAFF, SHALLOW et SILENCE.

Falstaff. — Voyons, Monsieur, quels hommes prendrai-je ?

LE ROI HENRI V

Shallow. —i Choisissez les quatre qui vous plairont.

Bardolph, à part à Falstaff. — Monsieur, un mot. J'ai trois livres pour affranchir Moisi et Taureau.

Falstaff, à part à Bardulph. — C'est bon; marche.

Shallow. — Allons, Sir John, quels sont les quatre que vous prenez ?

Falstaff. — Choisissez pour moi.

Shallow. — Pardi, alors je choisis Moisi, Taureau, Faible et Ombre.

Falstaff. — Avancez ici ,Moisi et Taureau : pour vous, Moisi, restez au logis jusqu'à ce que vous ne soyez plus propre au service, et quant à vous, Taureau, grandissez jusqu'à ce que vous soyez assez fort pour le service; je ne veux d'aucun de vous deux.

Shallow. — Sir John, Sir John, ne vous portez pas préjudice; ce sont vos hommes les plus aptes au service et je voudrais vous voir servi par les meilleurs.

Falstaff. — Est-ce que vous voulez réapprendre, maître Shallow, à choisir un homme? Est-ce que je m'inquiète des membres, de la musculature, de la taille, de la prestance et du large total de tout ce qui fait un homme? L'esprit, maître Shallow, voilà ce que je demande. Voici Verrue; vous voyez quel monceau de loques cela parait : eh bien, il va vous charger et vous décharger avec la rapidité d'un marteau d'étameur ; il va reculer et avancer plus vile que l'homme qui emplit et vide les seaux d'un brasseur. Et ce camarade qui n'a qu'une moitié de visage, Ombre, donnez-moi cet homme là; il ne présente pas de point de mire à l'adversaire; l'ennemi pourrait tout aussi aisément viser le fil d'un couteau: et pour la retraite, comme ce tailleur pour femmes, ce Faible, saura courir rapidement! O donnez-moi des hommes de rebut et épargnez -moi les beaux hommes. — Mettez-moi une carabine entre les mains de Verrue, Bardoljjh.

Baudoli'h. — Allons, Verrue, prenez et en joue, comme ça, comme ça, comme ça.

Falstaff. — Allons, manœuvrez-moi votre carabine. Comme ça : très-bien — allez, très-bien, excessivement bien. — Oh ! donnez-moi toujours pour fusilicis de ces petits hommes, maigres, vieux, ridés, pelés. Parfaitement exécuté, Verrue; tu es un excellent gueux : tiens, voici un leston pour toi.

Shallow. — Il n'est pas encore maître de son arme; il n'exécute pas bien les mouvements. Je me rappelle que sur la pelouse de Mile End, lorsque j'étais à . l'école de Saint-Clément (je faisais alors Sir Dagonet dans la farce d'Arthur), il y avait un déluré de petit bonhomme qui vous manoeuvrait comme ça son arme; il vous tournait comme ça, et comme ça, et vous avançait comme ça, et comme ça : ra, ta, ta, faisait-if; boum, faisait-il : et il repartait, et il revenait : je ne reverrai jamais un pareil gaillard.

Falstaff. — Ces camarades marcheront trèsbien, maître Shallow. Adieu, maître Silence, je n'userai pas beaucoup de paroles avec vous. Portez-vous bien tous les deux, Messieurs : je vous remercie ; il faut que je fasse une douzaine de miles avant la nuit. Bardolph, donnez des habits aux soldats.

Shallow. — Sir John, le Seigneur vous bénisse et fisse prospérer vos affaires! Dieu nous envoie la paix! A votre retour visitez ma maison; renouvelons notre vieille connaissance : peut-être, irai-je bien avec vous à la cour.

Falstaff. — Je voudrais que vous eussiez cette pensée, maître Shallow.

Shallow. — Allons, je dis tout en un seul mot: bonne santé. (Sortent Shallow et Silence.)

Falstaff. — Portez-vous bien, aimables Messieurs. En avant, Bardolph : conduisez ces hommes. (Sortent Bardolph et les recrues.) A mon retour, j'exploiterai ces juges de paix : je vois le fonds du juge Shallow. Seigneur! Seigneur! comme nous autres vieillards, nous sommes sujets à ce vice du mensonge! Ce même meurt de faim de juge n'a rien fait que me parler des farces de sa jeunesse et des exploits qu'il a accomplis aux environs de Turnbull Street, et sur trois paroles qu'il prononçait il y avait un mensonge, et il payait ce tribut de mensonges à son auditeur plus strictement que le tribut dû au grand Turc. Je me le rappelle à l'école de Saint-Clément, comme un homme qui faisait sa collation avec quelques miettes de fromage : lorsqu'il était nu, il ressemblait à un radis fendu sur lequel on aurait fixé une tète fantastiquement sculptée avec un couteau : il était tellement étique qu'il était invisible à toute vue qui n'était pas excellente ; c'était le génie même de la famine. Cependant il était paillard comme un singe et les putains l'appelaient mandragore: il était loujours en arrière sur la mode ; il chantait à ses catins fouettées publiquement, les chansons qu'il enten-

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