‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 13 sur 447 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

France. — La tente du roi de France.

Entrent' CONSTANCE, ARTHUR et SALIS- BURY.

Constance. — Partis pour se marier! partis pour se jurer la paix ! un sang menteur uni à un sang menteur! partis pour être amis ! Louis doit-il avoir Blanche, et Blanche ces provinces? cela n'est pas; tu as mal entendu, tu racontes mal; sache mieux ce que tu affirmes, recommence une fois encore ton récit : cela ne peut être ; tu dis seulement qu'il en est ainsi : j'ai la confiance que je ne dois pas me fier à toi, car ta parole n'est que le vain souffle d'un homme ordinaire. Crois-moi, homme, je ne te crois pas; le serment d'un roi m'assure du contraire. Tu seras puni pour m'avoir ainsi effrayée, car je suis malade et capable de terreurs,accablée de malheurs et par conséquent remplie de craintes; une veuve, privée de l'appui de son mari, est soumise aux craintes; une femme est naturellement, parnaissance, portéeaux craintes; tu aurais beau m'avouer maintenant que tu ne faisais que plaisanter, je ne pourrais plus établir de trêve avec mes esprits troublés ; ils vont m'agiter et me faire trembler tout aujourd'hui. Que veut dire ce hochement de ta tête? Pourquoi regardes-tu si tristement mon fils? Que signifie cette main posée sur ton cœur? Pourquoi tes yeux sont-ils pleins de ces larmes de pitié, semblables à une rivière orgueilleuse qui déborde de ses rives? Est-ce que ces tristes signes ont pour but de con-

firmer tes paroles? En ce cas, parle encore, non pour recommencer ton récit, mais pour me dire par un seul mot si ton récit est vrai.

Salisbury. — Aussi vrai que vous regardez comme menteurs, ]e crois, ceux qui vous donnent cause de découvrir que je dis vrai.

Constance. — Oh ! si tu dois m' apprendre à croire à cette douleur, apprends aussi à cette douleur à me tuer ; que cette certitude et ma vie se heurtent dans un choc aussi furieux que celui de deux hommes exaspérés qui, dans la violence de leur rencontre, tombent et meurent. Louis épouse Blanche ! Où es-tu en ce cas, mon enfant! France l'ami d'Angleterre ! que va-t-il advenir de moi? Va-t'en, l'ami, je ne peux souffrir ta vue; les nouvelles cjue tu m'a portées ont fait de toi un homme hideux à mes yeux.

Salisbury. — Quel autre mal vous ai-je fait, bonne Madame, que de vous rapporter le mal fait par d'autres ?

Constance. — Et ce mal est par lui-même si haïssable qu'il rend malfaisants tous ceux qui en parlent.

Arthur. — Je vous en conjure, Madame, résignez-vous.

Constance. — Si toi qui me demandes de me résigner, tu étais vilain et laid, un sujet de calomnie pour le ventre de ta mère, plein de taches déplaisantes et de marques désagréables à voir, boiteux, idiot, contrefait, noiraud, monstrueux, le visage couturé de verrues odieuses et de signes offensants pour l'œil, je n'aurais aucun souci et je me résignerais, car alors je ne t'aimerais pas, et toi

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