ACTE II, SCÈNE III
t'a manœuvré, t'a ordonné de te lever, ne t'a donné aucune raison pour te prouver qu'il était de ton devoir d'être traître, sauf l'honneur de te décorer de ce nom de traître. Si ce même démon qui t'a ainsi trompé parcourait le monde entier avec son allure de lion, il pourrait retourner ensuite au sein du vaste Tartare et dire : « Je n'ai jamais conquis une âme aussi aisément que celle de cet Anglais, n Oh ! de quels soupçons tu as empoisonné la douceur de la confiance ! Les hommes se montrent-ils dévoues? c'est ce que tu paraissais. Semblent-ils graves et éclairés? c'est ce que tu paraissais. Sortent -ils d'une noble famille? c'est d'une telle racine que lu sortais. Semblent-ils religieux? c'est ce que tu paraissais. Semblent-ils d'habitudes frugales, exempts de passions grossières, de folle joie ou de colère, rassis de caractère et ne se laissant pas aller aux mouvements du sang, remplis et ornés de perfections rehaussées par la modestie, né se servant de leurs yeux qu'en se servant en même temps de leurs oreilles, et ne se confiant aux uns et aux autres qu'après mûr jugement? toi aussi, tu semblais un te! homme et aussi noblement partagé. Aussi la chute Iaisserat-elle une sorte de souillure qui entachera d'un certain soupçon l'homme le plus complet et le mieux doué. Je te donnerai mes larmes, car ta révolte me fait l'effet d'une seconde chute de l'homme. Leurs crimes sont évidents : arrêtezles pour qu'ils en répondent devant la loi, et que Dieu leur pardonne leurs machinations !
Exeter. — Je t'arrête comme coupable de haute trahison, toi qui réponds au nom de Richard, comte de Cambridge. Je t'arrête comme coupable de haute trahison, toi qui réjionds au nom de Henri, Lord Scroop de Masham. Je t'arrête comme coupable de haute trahison, toi. qui réponds au nom de Thomas Grev, chevalier de Northumberland.
Sckoop. — C'est justement que Dieu a découvert nos desseins, et je regrette plus ma faute que ma mort, ma faute que je supplie Votre Altesse de me pardonner, quoique mon corps en paie le prix.
Cameridce. — Pour moi, ce n'est pas l'or de la Fiance qui m'a séduit, quoique je l'aie accepté comme une occasion d'accomplir plus vite ce que je méditais : mais Dieu soit béni pour m'avoir prévenu, ce dont je me réjouirai de tout mon cœur, au milieu des souffrances, en suppliant Dieu et vous de me pardonner.
Grey. — Jamais fidèle sujet ne se réjouit davantage à la découverte d'une très-dangereuse trahison, que je ne me réjouis à cette heure d'avoir été empêché dans une entreprise damnée. Pardonnez à ma faute, non à ma vie, mon Souverain.
Le roi Henri. — Dieu vous acquitte dans sa clémence ! Ecoulez votre sentence. Vous avez conspiré contre notre personne royale, vous vous êtes alliés avec un ennemi déclaré, et vous avez reçu de ses coffres l'or, salaire de notre mort; par ce fait, vous auriez voulu condamner votre roi au meurtre, ses princes et ses pairs à la servitude, ses sujets à l'oppression et au mépris, et son royaume enlier à la désolation. Pour ce qui regarde notre personne, nous ne cherchons point de vengeance; mais quant à notre royaume, dont vous avez cherché la ruine, notre devoir est de veiller à sa sûreté, et c'est pourquoi nous vous livrons à ses lois. Partez donc d'ici. pauv>.-es misérables criminels, pour aller à la mort : que Dieu, dans sa clémence, vous donne la patience de supporter l'agonie de cette mort et en même temps qu'il vous inspire le sincère repentir de toutes vos criminelles offenses. Emmenez-les d'ici. {Sortent les conspirateurs sous garde.) Jlaintenant, Lords, partons pour la France; cette entreprise sera glorieuse, et pour vous, et pour nous. Nous ne doutons pas que cette guerre ne soit belle et heureuse, puisque Dieu a si gracieusement révélé cette dangereuse trahison, qui rampait sur notre chemin pour nous arrêter à nos débuts. Nous ne doutons pas maintenant que tous les obstacles ne soient aplanis sur notre chemin : donc, en avant, mes chers compatriotes; remettons notre puissance entre les mains de Dieu, et mettons-nous immédiatement en route pour notre expédition. En mer, et joyeusement ; avancez les étendards de guerre : il n'y a plus de roi d'Angleterre s'il n'est en même temps roi de France. (Ils sortent.)