ACTE III, SCÈNE II
Pistol. Car Falstaff est mort, et par conséquent no Bardolph. Que ne suis-je où il est, où qu'il soit..
(Acte II, se. Ht.)
Le page. — Aussi certainement, mais non aussi honnêtement, Que l'oiseau qui chante sur le buisson.
Entre FLUELLEN.
Flueixen. — Sang de Tien ! A la prêche, chiens ! filez vite, couyons. (// les chasse devant lui.)
Pistol. — Sois compatissant, grand capitaine, pour des hommes faits d'argile ! modère ta rage, modère ta rage héroïque ! Modère ta rage, grand capitaine ! Mon beau coq, modère ta rage! Emploie la mansuétude, mon doux poulet !
Nym. — Voilà de bonnes façons de paroles, mais les façons de paroles dont Votre Honneur se sert sont mauvaises, elles. [Sortent Nym, Pistolet Bardolph, suivis par Flucllcn.)
Le page. — Tout jeune que je suis, j'ai observé ces trois fanfarons ; je ne suis qu'un enfant pour
eux trois, mais quand bien même tous les trois me serviraient, je ne réussirais pas à tirer des trois mon domestique, car, en vérité, trois pareils grotesques ne font pas la somme d'un homme. Pour Bardolph, il a le cœur blanc et la face rouge, ce qui fait qu'il a l'aspect terrible, mais qu'il ne se bat pas. Quant à Pistol, il a une langue homicide et une épée paisible, ce qui fait qu'il tue des paroles et qu'il conserve ses armes intactes. Pour ce qui est de Nym, il a entendu dire que les hommes qui parlent peu sont les meilleurs, en sorte qu'il dédaigne de dire ses prières, de peur qu'on ne le prenne pour un lâche; mais ses rares mauvaises paroles vont de compagnie avec d'aussi rares bonnes actions, car il n'a jamais brisé d'autre tête que la sienne, et cela c'était contre un poteau, un jour qu'il était ivre. Ils volent n'imperte quoi et appellent cela commerce. Bardolph a volé un étui
LE ROI HENRI V
de luth, l'a porté douze lieues et l'a vendu pour trois demi-pence. Nym et Bardolph sont frères jurés en filouterie ; à Calais, ils ont volé une pelle à feu, et j'ai bien reconnu, au vol de cet ustensile de ménage, qu'ils étaient hommes à supporter le feu des affronts. Ils auraient voulu que je devinsse aussi familier avec les poches des gens que le sont leurs gants ou leurs mouchoirs; mais cela serait tout à fait contraire à ma dignité d'homme, si je prenais dans une autre poche pour mettre dans la mienne; car c'est tout simplement empocher des méfaits. 11 faut que je les laisse et que je cherche un meilleur service ; leur vilenie est trop lourde pour mon faible estomac, et il faut absolument que je la vomisse. (// sojt.)
Rentre FLUELLEN, suivi par GOWER.
Goweiî. — Capitaine Fluellen, il vous faut venir immédiatement aux mines : le duc de Glorester voudrait vous parler.
Fluellen. — Aux mines ! dites au duc qu'il n'est pas si pon que cela d'aller aux mines ; oar, voyez-vous, les mines ne sont pas selon les règles de la guerre ; les concavités ne sont pas suffisantes; car, voyez -vous, Vatversaire (vous pouvez soutenir cela devant le duc, voyez-vous) a grcusé pour son compte quatre mètres de contre-mines en dessous: par Chésus, je crois qu'il va nous faire zautcr tous si on ne tonne pas de meilleurs ordres.
Gower. — Le duc de Glocester, à qui la direction du siège a été remise, est entièrement dirigé par un Irlandais, un très-vaillant gentilhomme, ma foi.
Fluellen. — C'est le capitaine Macmorris , n'est-ce pas ?
Gower. — Je crois que c'est son nom.
Fluellen. — Par Chésus, c'est un âne s'il en est un au monde ; je le lui prouverai à sa barbe : il n'a pas plus de connaissances de la vraie stratégie de la guerre, voyez-vous, de la stratégie romaine, qu'un chien caniche.
Gower. — Le voici qui vient, et, avec lui, le capitaine écossais, le capitaine Jamy.
Fluellen. — Le gentilhomme Jamy est un gentilhomme merveilleusement faleurcux, c'est certain, et que je puis déclarer, d'après la connaissance que j'ai de sa manœuvre, très-actif et trèsinstruit des anciennes guerres ; il vous soutiendra ses opinions aussi bien que militaire qui soit au
monde sur les disciplines des anciennes guerres des Romains, par Chéstis!
Entrent MACMORRIS et JAMY.
Jamy. — Je vous dis bunjnr, capitaine Fluellen.
Fluellen. — Bonjour à Votre Honneur, mon pon capitaine Jamy.
Gower. — Eh bien, capitaine Macmorris, avczvous quitté les mines? les pionniers ont-ils abandonné leur ouvrage?
Macmorris. — Z'est mal fait, par le Chrislit, là: l'ouvrage z'est abandonné : la trompette sonne la retraite. Sur ma main et l'âme de mon père, l'ouvrage z'est mal fait : z'il est abandonné. Le Chrislit me sauve! j'aurais voulu faire sauter la ville en une heure, là. O z'est mal fait, z'est mal fait; sur ma main, z'est mal fait!
Fluellen. — Capitaine Macmorris, je vous couchure maintenant de inaccorter quelques discussions avec vous portant et roulant en partie sur les stratégies de la guerre, des guerres romaines, voyez-vous, en matière de thèse et de communication amicale, voyez-vous; en partie pour confirmer mon opinion, et en partie pour la satisfaction de mon esprit, touchant la direction de la stratégie militaire, voyez-vous; voilà la chose.
Jamy. — Cela sara vrament bun , en banne foué, mes btins capitaines, puis je vous ferai mes objections, si j'en trouve l'occasion , avec votre bunne permission ; oui, pardi, je le farai.
Macsiorris. — Ce n'est pas le moment de discourir; Chrisht me sauve! La journée est chaude, le temps est chaud, l'affaire est chaude, et les rois et les ducs sont bouillants; ce n'est pas le moment de discourir. La ville z'est assiégée, et la trompette nous appelle à la brèche, et nous sommes là à parler et à ne rien faire, par le Chrislit ! Z'est une honte pour nous tous ; Dieu me sauve, z'est une honte de rester là tranquille ; z'est une honte, sur ma main. Z'il y a des gorges à couper et de l'ouvrage à faire, et z'il n'y a rien de fait : Chrislit me sauve, là.
Jamy. — Par la messe, avant que ces yeux de moi se laissent aller au sttmmeil, je ferai un bun service ou je restarai sur le carreau ; ou je mourrai et je payerai de ma parsonne aussi valorosemeut que je pourrai ; voilà le brief et le long de l'affaire. Pardi, j'aurais bian volunlicrs entendu un peu de discussion entre vous deusse.
Fluellen. — Capitaine Macmorris, je pense,