‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 171 sur 447 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Devant les portes d'Harfleur.

Le gouverneur d'Harfleur et quelques citoyens paraissent sur les remparts ; au pied sont les troupes anglaises. Entre LE ROI HENRI avec sa suite.

Le roi Henri. — Que décide à cette heure le gouverneur de la ville? Voici le dernier pourparicr que nous accorderons : par conséquent, rendez-vous à notre merci, ou bien, comme des hommes qui sont fiers de leur propre destruction, déliez nos pires rigueurs : car, aussi vrai que je suis un soldat, le nom qui, dans mon opinion, me convient le mieux, si je recommence la canonnade, je ne laisserai pas Harfleur, à demi démolie déjà, avant qu'elle ne soit ensevelie sous les cendres. Je fermerai toutes les portes de la clémence, et le soldat, ivre de carnage, au cœur dur et sans pitié, aura pour massacrer une liberté, une latitudede conscience large comme l'enfer, et fauchera comme le gazon vos belles et fraîches

vierges et vos enfants en fleur. Que m'importe donc, si la guerre impie, habillée de flammes* comme le prince des démons, au teint noir de poudre, accomplit tous les actes cruels de la ruine et de la désolation? Que m'importe, à moi, si vous-mêmes êtes cause que vos jeunes filles tombent sous les mains du viol ardent et brutal ? Quelles rênes peuvent retenir la licence scélérate, lorsqu'elle descend la pente de sa course effrénée? nous pourrions aussi inutilement prodiguer nos vains commandements aux soldats acharnés au pillage , qu'envoyer à Léviathan l'ordre de venir à terre. C'est pourquoi, gens d'Harfleur, prenez pitié de votre ville et de votre peuple pendant que mes soldats obéissent encore à mes ordres, pendant que le vent frais et modéré de la clémence détourne encore les nuages impurs et contagieux du meurtre acharné, du pillage et de l'infamie. Si vous refusez, eh bien! attendez-vous à voir dans un moment le soldat, aveugle et sanglant, saisir d'une main brutale les chevelures de vos filles qui jetteront des cris perçants ; à voir vos pères pris par leurs barbes blanches , et leurs tètes respectables brisées contre les murailles ; à voir vos enfants nus embrochés dans des piques, tandis que les mères folles briseront les nuages de leurs hurlements confus, comme firent les femmes de la Judée, devant les sanglants chasseurs de massacre d'Hérode. Que répondez-vous ? Voulez-vous céder et éviter ces extrémités, ou bien, vous rendant coupables de vous défendre, vous laisser ainsi détruire?

Le gouverneur. — Nos espérances ont pris fin aujourd'hui : le Dauphin, dont nous avions imploré le secours, nous fait répondre que ses forces ne sont pas encore prêtes pour faire lever un si formidable siège. Par conséquent, grand roi, nous remettons à la douce clémence notre ville et nos existences : entre par nos portes, et dispose de nous et des nôtres; car nous ne pouvons nous défendre plus longtemps.

Le roi Henri. — Ouvrez vos portes. Venez, mon oncle Exeter : allez et entrez dans Harfleur; restez-y et fortifiez-la solidement contre les Français ; usez de clémence avec tous les habitants. Quant à nous, mon cher oncle, l'hiver s'approchant et les maladies augmentant parmi nos soldats, nous nous retirerons à Calais. Cette nuit nous serons votre hôte dans Harfleur; demain nous nous mettrons en marche. (Fanfares. Le roi entre clans la ville.)

LE ROI HENRI V

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