‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 198 sur 447 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Troyes en Champagne. — Un appartement dans le palais du roi de France.

Entrent d'un côté LE ROI HENRI, BEDFORD, GLOCESTER, EXETER, WARWICR, VVEST- MORELAND et autres lords ; de t autre côté, LE ROI CHARLES, LA REINE ISABELLE, LA PRINCESSE CATHERINE, LE DUC DE BOURGOGNE et sa suite, des skicneubs, des dames, etc.

Le roi Henri. — Paix à cette réunion, puisque c'est pour la paix que nous nous sommes réunis ! Salut et bonheur à notre frère et à notre sœur de France : joie et réalisation des meilleurs vœux pour notre très-belle et royale cousine, Catherine; nous vous saluons aussi, vous, duc de Bourgogne, comme une branche et un membre de cette royauté par qui cette grande assemblée est réunie, et vous, princes et pairs de France, santé à vous tous !

Le roi Charles. — Nous sommes très-joyeux de contempler votre visage, notre très-digne frère d'Angleterre; vous êtes le très-bienvenu; bienvenus aussi, vous tous, princes anglais.

La reine Isabelle. — Frère d'Angleterre, que l'issue de cette bonne journée et de cette gracieuse réunion soit aussi heureuse que nous sommes maintenant joyeuse de contempler vos yeux, vos yeux qui ont lancé contre les Français qui les ont rencontrés dans leur courroux , les mortels projectiles des meurtriers basilics : nous sommes heureuse d'espérer que le poison de ces regards a perdu sa vertu, et que cette journée changera en sentiments affectueux tous griefs et querelles.

Le roi Henri. — C'est pour répondre Àmen à ces vœux que nous sommes ici.

La reine Isabelle. — Je vous salue tous, princes anglais.

Le Duc de Bourgogne. — Mes devoirs à tous deux, grands rois de France et d'Angleterre, avec une égale affection! Vos Altesses me sont, toutes les deux, les meilleurs témoins que, pour amener cette conférence et cette royale entrevue entre vos majestés souveraines, je n'ai épargné ni les ressources de mon esprit, ni mes peines, ni mes plus grands efforts. Puisque mon entreprise a si bien réussi, que vous voilà réunis face contre face, les yeux sur les yeux, ne me rebutez pas si j'ose demander, devant cette royale assemblée, quels sont l'obstacle et l'empêchement qui s'opposent à ce que la paix, chère nourrice des arts, de l'abondance et des joyeuses naissances, aujourd'hui nue, pauvre et mutilée, relève son aimable visage dans notre fertile France, le plus beau jardin du monde ? Hélas ! voilà trop longtemps qu'elle est chassée de notre France et que tous ses instruments de richesse gisent entassés, laissant pourrir avec eux sa propre fertilité. Sa vigne, cette gaie consolatrice du cœur, meurt sans être taillée : ses haies, autrefois bien tressées, pareilles à des prisonniers dont la chevelure a crû dans un désordre sauvage, poussent maintenant des brindilles entremêlées ; dans ses champs laissés en jachère poussent l'ivraie, la ciguë et la tenace (umeterre, tandis que se rouillent les socs qui auraient dû déraciner toutes ces mauvaises herbes : la prairie à surface plane où poussaient si joliment la primevère tachetée, la pimprenelle et le trèfle vert, la faulx manquant, devient fertile à rebours, enfante avec stérilité et ne foisonne plus que d'odieuses rhubarbes, de chardons épineux, de ciguë, de glouterons, perdant ainsi à la fois sa beauté et son utilité. Et de même que nos vignobles, nos champs, nos prairies et nos haies, retournent à l'état sauvage par suite de l'abandon où ils sont tombés, ainsi nos familles, nous-mêmes et nos enfants, nous avons désappris, ou, faute de temps, nous n'apprenons plus les sciences qui seraient profitables à notre pays; mais, — ainsi qu'il arrive aux soldats qui ne pensent qu'au carnage, — comme des sauvages, nous contractons toutes sortes d'habitudes monstrueuses, blasphèmes, regards farouches, costume débraillé. C'est pour nous ramener à notre état premier que vous êtes assemblés, et mon discours a pour but de vous prier de me dire quel obstacle s'oppose à ce que l'aimable paix expulse ces acci-

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