ACTE II, SCENE IV
éveillé; — j'ai peut-être quelque ombre de jugement; mais dans ces subtilités pointues et alambiquées de la loi, sur ma foi, je n'ai pas plus de sagesse qu'une grue.
Richard Plantagenet. — Ta, ta, e'estlà s'excuser poliment : la vérité apparaît si nue de mon coté, que l'oeil du premier aveugle venu la verrait.
Somerset. — Et de mon coté elle apparaît si bien habillée, si claire, si brillante, si évidente, qu'elle porterait la lumière dans l'œil d'un aveugle.
Richard Plantagenet. — Puisque vous avez la langue nouée et que vous avez tant de répugnance à parler, proclamez vos pensées par des signes muets : que celui qui est un gentilhomme vraiment né et qui s'appuie sur l'honneur de sa naissance, s'il suppose que j'ai plaidé la vérité, cueille avec moi une rose blanche sur cette touffe épineuse.
Somerset. — Que celui qui n'est ni un lâche, ni un flatteur, mais qui a le courage de soutenir le parti de la vérité, cueille avec moi une rose rouge sur cette tige épineuse.
Warwick. — Je n'aime pas les couleurs, et sans nulle couleur de basse et insinuante flatterie, je cueille cette rose blanche avec Plantagenet.
Suffolk. — Et moi, je cueille cette rose rouge avec le jeune Somerset, et je dis, en outre, que je crois qu'il a soutenu la vérité.
Vernon. — Arrêtez, Lords et gentilshommes, et décidons, avant de continuer, que celui qui aura le moins de roses cueillies de son côté, tiendra pour légitime l'opinion de l'autre.
Somerset. — Bon Monsieur Vernon, l'objection est parfaite : si c'est moi qui en ai le moins, je me résigne en silence.
Plantagenet. — Et moi aussi.
Vernon. — Alors, en toute vérité et sincérité, je cueille ici ce pâle bouton virginal et je donne mon verdict au parti de la rose blanche.
Somerset. — ■ Ne piquez pas votre doigt en l'arrachant, de peur qu'en saignant, vous ne teigniez en rouge la rose blanche, et que vous ne tombiez ainsi de mon côté, malgré votre volonté.
Vernon;. — Si je dois saigner pour mon opinion, Milord, cette opinion sera le médecin de ma blessure et me conservera du côté où je continue à me tenir.
Somerset. — Bien, bien, continuons : qui encore?
L'homme de loi h Somerset. — A moins que mes études et mes livres ne me trompent, la thèse que vous avez soutenue était fausse ; en signe de quoi je cueille, moi aussi, une rose blanche.
Plantagenet. — Eh bien, Somerset, où est maintenant votre thèse?
Somerset. — Ici, dans mon fourreau, où elle médite comment elle teindra en rouge de sang votrerose blanche.
Richard Plantagenet. — En attendant, vos joues contrefont nos roses à nous ; car elles sont pâles de crainte et témoignent que la vérité est de notre côté.
Somerset. — Non, Plantagenet, ce n'est pas de crainte qu'elles sont pâles, c'est de colère, parce que tes joues colorées par la honte toute pure peuvent contrefaire nos roses; et cependant ta bouche ne confessera pas ton erreur.
Richard Plantagenet. — Est-ce quêta rose n'a pas un ver, Somerset?
Somerset. — Est-ce que ta rose n'a pas une épine, Plantagenet?
Richard Plantagenet. — Oui, une épine aigué et perçante, pour maintenir la vérité qu'elle représente; tandis que ton ver rongeur se nourrit du mensonge de la tienne.
Somerset. — Bien, je trouverai des amis pour porter mes roses sanglantes, des amis qui soutiendront que ce que j'ai dit est vrai, à une heure où le menteur Plantagenet n'osera pas se faire voir.
Richard Plantagenet. — Par le bouton virginal que je tiens à la main, je te méprise, toi et ta faction, opiniâtre bambin.
Suffolk. — Ne tourne pas tes mépris de ce côté, Plantagenet.
Richard Plantagenet. — Si, orgueilleux Poole, et je vous méprise tous deux, toi et lui.
Suffolk. — Je te ferai rentrer dans le gosier la part de mépris que tu me donnes.
Somerset. — Laisse donc, laisse donc, mon bon William de la Poole ! nous faisons trop d'honneur au bourgeois en conversant avec lui.
Warwick. — Vraiment, sur la volonté de Dieu, tu lui fais outrage, Somerset; son grand-père était Lionel, duc de Clarence, troisième fils d'Edouard III, roi d'Angleterre : est-ce que les bourgeois sans blason sortent d'une si profonde racine?
Richard plantagenet. — Il s'autorise des privilèges du lieu où nous sommes ; sans cela il n'ose
LE ROI HENRI VI
rait pas permettre à son lâche cœur de parler ainsi.
Somerset. — Par celui qui me créa, je soutiendrai mes paroles, en n'importe quel lieu de la chrétienté. Est-ce que ton père, Richard, comte de Cambridge, ne fut pas exécuté pour trahison sous le règne du dernier roi, et par le fait de cette trahison, ne te trouves-tu pas dépouillé, déchu et exclu de ton ancienne noblesse? Son crime vit encore dans ton sang, et jusqu'à ce que tu sois rétabli dans tes droits, tu es un bourgeois.
Richard Plaktagenet. — Mon père fut accusé, mais non convaincu; il fut condamné pour trahison; mais il ne fut pas un traître, et cela je le prouverai sur de meilleurs que Somerset ei le temps amène jamais mes desseins à maturité. Quant à votre partisan Poole, et à vous-même, je vous note tous deux dans le livre d ma mémoire pour vous châtier de cette insulte. Souvenez- vousen, et dites-vous que vous êtes bien avertis.
Somerset. — Oui, tu nous trouveras toujours prêts à te répondre : et reconnais-nous pour tes ennemis à ces couleurs que mes amis présents ici porteront en dépit de toi.
Richard Plantagenet. — Et moi, sur mon âme, moi et ma faction, nous porterons toujours celte rose pâle et blême de colère, jusqu'à ce qu'elle se flétrisse avec moi dans mon tombeau, ou qu'elle fleurisse sur les hauteurs de la condition qui m'appartient.
Suffoilk.. — Va donc de l'avant et étrangle-toi avec ton ambition! et là-dessus, adieu, jusqu'à notre prochaine rencontre. (Il sort.")
Somerset. — Partons ensemble, Poole. Adieu, ambitieux Richard. (Il sort.)
Plastagenet. — Comme je suis bravé, et je suis obligé d'endurer cela !
Warwick. — Cette tache qu'ils reprochent à votre maison, sera essuyée dans le prochain parlement convoqué pour amener une trêve entre l'évêque de Winchester et Glocester, et si tu n'es pas alors créé duc d'York, je consens à ce qu'on ne me compte plus pour un Warwick. En attendant, en signe de mon amour pour toi, je porterai cette rose comme ton partisan contre Somerset et l'orgueilleux William Poole: et je prophétise ici, que cette querelle d'aujourd'hui, quia grandi jusqu'à la faction dans le jardin du Temple, enverra, tant par la rose rouge que par la rose blanche, des milliers d'âmes à la mort et à la nuit éternelle.
Richard Plantagenet. — Mon bon Monsieur Vernon, je vous suis obligé d'avoir bien voulu cueillir une rose pour ma cause.
Vernon. — Et je la porterai toujours pour votre cause.
L'homme de loi. — Et moi de même.
Richard Plantacenet. — Merci, aimable Monsieur. Venez, allons dîner tous les quatre. J'ose dire que cette querelle s'abreuvera de sang plus tard. (Ils sortent.)