‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 235 sur 447 · SCÈNE VIT · texte numérisé non relu

SCÈNE VIT

Une autre partie du champ de bataille.

Alarme. Excursions. Entre TALBOT blessé, soutenu par un serviteur.

Talbot. — Où est mon autre vie? la mienne à moi est éteinte : où est le jeune Talbot? Où est mon vaillant John? O mort triomphante, bien que tu m'aies imposé la grimace de ta captivité, la valeur du jeune Talbot me force à te sourire. Lorsqu'il m'a vu reculer et tomber à genoux, il a brandi au-dessus de moi son épée

sanglante, et, pareil à un lion affamé, il a commencé à donner des marques de terrible colère et de farouche impatience ; mais lorsque mon gardien courroucé s'est vu seul, n'assistant que ma ruine, n'ayant à faire à nul assaillant, alors les yeux étincelants de fureur et le cœur plein de rage, il s'est arraché subitement à mes côtés et s'est rué au plus épais des bataillons français; c'est dans cette mer de sang que mon enfant a noyé son âme sublime, c'est là que dans tout l'orgueil de sa jeunesse est mort mon Icare, ma fleur.

Le serviteur. — O mon cher Seigneur, voyez, voici qu'on porte votre fils.

Entrent des soldats portant le corps de JOHN TALBOT.

Talbot. — O toi, mort grotesque qui nous insultes ici de ton rire, tout à l'heure, deux Talbots enchaînés l'un à l'autre par des liens éternels, fuyant ton outrageante tyrannie, prendront leur vol dans le ciel libre et en dépit de toi échapperont au néant. O toi dont les blessures embellissent la mort aux traits hideux, parle à ton père avant de rendre le souffle ! Brave le trépas en me parlant, qu'il le veuille ou non; imagine que c'est un Français et ton ennemi. Pauvre enfant! il sourit, me semble-t-il, comme s'il voulait dire : si le trépas avait été français , le trépas serait mort aujourd'hui. Avancez, avancez, et déposez-le dans les bras de son père; mon âme ne peut plus longtemps supporter ces douleurs. Soldats, adieu : j'ai ce que j'aurais souhaité ; maintenant mes vieux bras sont la tombe du jeune Talbot. {Il meurt.)

Alarmes. Sortent les soldats et le serviteur laissant les deux corps. Entrent CHARLES, LE DUC DE BOURGOGNE, LE DUC D'ALEN- ÇON, LE BÂTARD D'ORLÉANS, LA PU- CELLE et leurs troupes.

Charles. — Si York et Somerset avaient amené des renforts, cette journée aurait pu nous coûter cher.

Le bâtard d'Orléans. — Avec quelle rage furieuse, le jeune louveteau de Talbot faisait faire dans le sang français ses débuts à son épée d'enfant!

La Pucelle. — Une fois je l'ai rencontré et je lui ai dit : « O toi, jeune homme vierge, sois vaincu par une vierge: » mais lui avec un mépris hautain et un orgueil majestueux, il m'a répondu : « Le jeune Talbot n'est pas né pour être le trophée

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