ACTE IV, SCÈNE VII
Taleot. Soldats, adieu: j'ai ce que j'aurais souhaité; maintenant mes
bras sont la tombe du jeune Talbot. (// (Acte IV, se. vil.)
d'une coureuse : * et alors, se précipitant au plus épais des rangs français, il m'a laissée fièrement, comme indigne d'être combattue.
Le duc de Bourgogne. — Il eût fait incontestablement un noble chevalier : voyez comme il est enseveli dans les bras du très-cruel auteur de sa mort!
Le bâtard d'Orléans. — Coupez-les en pièces! hachez les os de ceux qui vivants étaient la gloire de l'Angleterre et la terreur de la France !
Charles — Oh non! je le défends! n'outrageons pas mort celui que nous avons fui vivant.
Entre SIR WILLIAM LUCY avec une escorte; un héraut français le précède.
Lucy. — Héraut, conduis-moi à la tente du Dauphin pour savoir à qui doit appartenir la gloire de cette journée.
Charles. — Quel message de soumission es-tu chargé de nous apporter?
Lucy. — La soumission, Dauphin! c'est un pur mot français ; nous, guerriers anglais, nous ignorons ce qu'il veut dire. Je viens pour savoir quels prisonniers tu as faits et pour reconnaître les corps des morts.
Charles. — Ce sont des prisonniers que tu me demandes? c'est l'enfer qui est notre prison. Mais dis-moi, qui cherches-tu ?
Lucy. — Où est le grand Alcide des champs de bataille, le vaillant Lord Talbot, comte de Shrewsbury, créé pour ses rares succès dans les armes grand comte de Wexford, de Waterford et de Valence, Lord Talbot de Goodrig et Urchinfield, Lord Strange de Blackmere, Lord Verdun d'Alton, Lord Cromwell de Wingfield, Lord Furnival de Sheffield, le trois fois victorieux Lord de Faulcon-
bridge , chevalier du noble ordre de Saint- Georges, l'égal des ordres de Saint-Michel et de la Toison d'or, grand maréchal d'Henri VI pendant toutes ses guerres dans le royaume de France?
La Pucelle. — Voilà ma foi un style bien sottement emphatique ! Le grand Turc, qui possède cinquante-deux royaumes, n'écrit pas d'un style aussi ennuyeux que celui-là. Celui que tu glorifies de tous ces titres, gît là à nos pieds, puant et piqué des mouches.
Lucy. — Est-il tué ce Talbot, qui était par excellence le fléau de la France, la terreur et la noire Némésis de votre royaume? Oh 1 si mes yeux pouvaient se changer en boulets, comme je vous les bombarderais de rage au visage ! Oh 1 si je pouvais rappeler seulement ces morts à la vie ! ce serait assez pour effrayer le royaume de France. Si son portrait restait seulement parmi vous, il suf-
firait pour épouvanter le plus fier de vous tous. Donnez-moi leurs corps, afin que je puisse les emporter, et leur donner la sépulture qui convient à leur dignité.
La Pucelle. — Je crois que ce gueux est le spectre du vieux Talbot, tant il parle avec une âme fière et impérieuse. Au nom de Dieu, donnez-lui les corps; les garder ici ne servirait qu'à nous empuantir et à corrompre l'air.
Chakles. — Allons, emportez leurs corps
Lucy. — Je vais les emporter; mais de leurs cendres sortira un phénix qui fera trembler toute la France.
Charles. — Pourvu que nous en soyons débarrassés, fais-en ce que tu voudras. Et maintenant, à Paris, pendant que nous sommes dans cette veine de victoire. Tout sera nôtre, maintenant que le sanguinaire Talbot est tué. {Ils sortent.)