ACTE III, SCENE I
Setfolk.. Eb bien, Messieurs, avex vous dépècbé cette affaire? Premier assassin. Oui, mon bon Lord, il est mort.
(Acte III, se. n.)
Suffolk. — Les vrais résolus sont ceux qui en font autant qu'ils en annoncent, car on exprime Lien souvent ce qu'on a peu l'intention d'exécuter; mais pour vous prouver que mon cœur est d'accord avec ma langue, comme je vois que cet acte est méritoire, comme par là je préserverai mon Souverain de son ennemi, dites seulement un mot et je lui servirai de confesseur.
Le cardinal Beaufort. — Mais pour ma part, Milord de Suffolk, je voudrais qu'il mourût avant que vous soyez dûment ordonné prêtre; donnezmoi voire consentement, décidez-vous avec netteté, et je me charge de lui trouver un exécuteur, tant m'est chère la sûreté de mon Souverain.
Suffolk. — Voici ma main ; l'action est légitime.
La reine Marguerite. — J'en dis autant.
York. — Et moi aussi, et maintenant que nous avons prononcé tous trois, celui-là importe assez peu qui voudrait attaquer notre sentence.
Entre un messager.
Le messager. — Puissants Lords, je suis venu d'Irlande au grand galop, pour vous avertir que les rebelles se sont soulevés et passent les Anglais au fil de l'épée : envoyez des secours . Lords, et arrêtez à temps leur furie, avant que la blessure ne devienne incurable ; car tant qu'elle saigne franchement, il y a grand espoir de guérison.
Le cardinal Beaufort, — Voilà une brèche qui demande une prompte réparation! Que décidezvous dans cette importante occasion ?
York. — Que Somerset soit envoyé comme régent en Irlande : il est légitime qu'un gouver-
LE ROI HENRI VI
neur qui a la main si heureuse soit employé; témoin la fortune qu'il a eue en France.
Somerset. — Si Yoik avait été régent à ma place, avec toute sa politique tirée par les cheveux, il ne serait pas resté en France aussi longtemps que moi.
York. — Non, je ne serais pas resté aussi longtemps pour perdre tout comme tu l'as fait; j'aurais perdu ma vie prématurément plutôt que de rapporter dans ma patrie une pareille charge de déshonneur, en restant si longtemps à attendre que tout fût perdu. Montre-moi une cicatrice gravée dans ta peau ; les hommes dont la chair est si intacte sont rarement vainqueurs.
La reine Marguerite. — Allons, cette étincelle va devenir un feu furieux, si on apporte pour le nourrir, vent et bois: assez, mon bon York ; reste tranquille, mon aimable Somerset ; ta fortune, York, si tu avais été régent, aurait peut-être été pire que la sienne.
York. — Quoi! pire que le néant! Ah! que la honte alors vous confonde tous !
Somerset. — Et toi avec nous, toi qui nous souhaites la honte !
Le cardinal Beaufort. — Eh bien, Milord d'York, mettez votre fortune à l'épreuve. Les Kernes sauvages d'Irlande sont sous les armes, et mouillent la terre de sang anglais : voulez-vous conduire en Irlande une bande d'hommes soigneusement choisis, pris dans chaque comté par petites fractions, et essayer votre chance contre les Irlandais ?
York. — Je le veux bien, Milord, s'il plaît à Sa Majesté.
Suffolk. — Parbleu, notre autorité équivaut à son consentement; ce que nous décidons, il le confirme : ainsi donc, noble York, prends cette tâche en main.
York. — J'en suis satisfait : procurez-moi des soldats, Lords, tandis que je vais mettre ordre à mes propres affaires.
Suffolk. — C'est une charge, Lord York, que j'aurai soin de faire exécuter. Mais revenons maintenant à ce fouibe de duc Humphroy.
Le caiidinal Bkaufort. — Ne parlons plus de lui, car je prendrai de telles mesures à son égard que désormais il ne nous importunera plus. Làdessus, séparons-nous ; lu journée est presque finie : Lord Sulfolk, vous et moi, nous avons à parler de cette affaire.
York. — Milord de Suffolk, d'ici à quatorze
jours, j'attends mes soldats à Bristol ; car là je les embarquerai tous pour l'Irlande.
Suffolk. — Je veillerai à ce que cela soit exactement exécuté, Milord d'York. (Tous sortent exrepté York.)
York. — Maintenant, York, c'est le moment ou jamais d'armer tes craintives pensées et de changer l'hésitation en résolution. Sois ce que tu espères être, ou bien, abandonne à la mort ce que tu es, — cela ne vaut pas la peine d'être possédé. Laisse la crainte au pâle visage loger chez les gens de basse extraction, et ne lui accorde pas d'asile dans un cœur royal. Les pensées succèdent en moi aux pensées, plus rapidement que ne se succèdent les ondées au printemps, et il n'en est pas une qui n'ait pour sujet la dignité. Mon cerveau, plus actif que la laborieuse araignée, s'épuise à tisser des toiles pour attraper mes ennemis. Bien, nobles, bien, c'est agir politiquement que de m envoyer en expédition avec une armée de soldats : je crains, pour moi, que vous ayez simplement rceliauffé le serpe.it engourdi, qui caressé sur vos poitrines vous piquera au cœur. C'était d hommes que je manquais, vous voulez bien me les donner, je les prends avec reconnaissance; mais tenez-vous pour bien assurés que vous venez de mettre des armes dangereuses entre les mains d'un fou. Pendant que je nourrirai en Irlande une bande puissante, je soulèverai en Angleterre quelque noir ouragan qui emportera dix mille âmes au ciel ou en enfer, et cette cruelle tempête ne cessera pas de souffler avant que le cercle d'or posé sur nia tète, faisant l'office des transparents rayons du glorieux soleil, ne calme la fureur de cette trombe insensée. Pour servir d'instrument à mes projets, j'ai séduit un énergique habitant du Kent, John Caded'Ashford, qui, sous le nom de JohnMortimer, doit soulever une rébellion aussi complète qu'il pourra. J'ai vu en Irlande cet opiniâtre Cade, tenir tète tout seul à toute une troupe de Kernes, et combattre si longtemps que ses cuisses bardées de dards ressemblaient au porc-épic aux flèches aiguës; et lorsqu'il fut enfin secouru, je l'ai vu cabrioler en l'air, comme un frénétique danseur de mauresque, en agitant les dards ensanglantés comme le danseur ses clochettes Bien souvent, sous le déguisement d'un Kerneù la chevelure ébouriffée , il conversait avec l'ennemi, et sans avoir été découvert, revenait me trouver pour nie donner avis de leurs scélératesses. Ce diable-là sera mon lieutenant, car