‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 27 sur 447 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

votre royaume soulevé; en ce jour de l'Ascension, rappelez-vous-le bien, sur votre serment de servir le pape, je vais faire déposer les armes aux Français. (// sort:)

Le roi Jean. — Est-ce aujourd'hui l'Ascension? le prophète n'avait-il pas dit que je rendrais ma couronne avant midi le jour de l'Ascension? Je l'ai rendue en effet : j'imaginais que ce serait par contrainte, mais le ciel en soit loué, c'est volontairement.

Entre LE BÂTARD.

Le bâtard. — Tout le Kent a cédé ; le château de Douvres seul y tient encore : Londres a reçu comme un hôte bienvenu le Dauphin et ses forces : vos nobles ne veulent pas- vous entendre et sont partis pour offrir leurs services à votre ennemi, et une étrange incertitude tire de çà et de là le petit nombre de vos douteux amis.

Le roi Jean. — Comment, mes nobles n'ont pas voulu revenir en apprenant que le jeune Arthur était vivant ?

Le bâtard. — Ils l'ont trouvé mort et jeté dans la rue, cassette vide dont une main maudite avait arraché et volé le joyau.

Le roi Jean. — Ce scélérat d'Hubert m'avait dit qu'il vivait.

Le bâtard. — Sur mon âme, il n'a dit que ce qu'il croyait. Mais pourquoi baissez-vous la tète? pourquoi gardez-vous l'air triste? Soyez grand en action comme vous avez été grand en intention ; que le monde ne voie pas la peur et la triste méfiance gouverner les expressions d'un regard royal. Ayez le bouillonnement de 1 heure présente ; soyez feu avec le feu ; menacez celui qui menace, et soutenez le regard de la fanfaronne horreur: alors les inférieurs qui calquent leur conduite sur celle des grands, deviendront grands par votre exemple et s'armeront d un indomptable esprit de résolution. En avant ! et brillez comme le dieu de la guerre, lorsqu'il se disposé à descendre sur le champ de bataille. Montrez de la hardiesse et une confiance pleine d'espoir. Comment? viendront-ils chercher le lion dans son asile pour l'y effrayer? l'y feront ils trembler ? Oh ! qu'on ne dise pas une pareille chose ! En chasse , courez chercher la révolte plus loin que vos portes et mesurez-vous avec elle avant qu'elle ne vous approche de si près.

Le roi Jean. — Le légat di pa >e était avec moi il n'y a qu'un instant ; j'ai fait avec lui une paix

heureuse, et il m'a promis de renvoyer les forces conduites par le Dauphin.

Le bâtard. — O ligue sans gloire! Quoi, quand notre sol est foulé, nous enverrons des propositions pacifiques, nous userons de compromis, d'insinuations, nous parlementerons, nous ferons une vile trêve avec l'armée envahissante? Quoi, un garçon imberbe, un beau-fils élevé dans la soie viendra braver nos campagnes, faire le noviciat de son courage sur un sol guerrier, se moquer de l'air que nous respirons en y déployant ses drapeaux à son aise, et il ne trouvera pas d'opposition ? Courons aux armes, mon Suzerain : peut-être le cardinal ne pourra-t-il pas faire votre paix, et s'il la fait, qu'on dise au moins que l'ennemi a vu que nous avions l'intention de nous défendre.

Le roi Jean. — Charge-toi de diriger cette situation actuelle.

Le bâtard. — En avant donc et bon courage! Je suis sûr que notre parti peut affronter encore un plus fier ennemi. (Ils sortent.)

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