‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 273 sur 447 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Entrent GEORGES BEVIS et JOHN HOLLAND.

Georges Bevis. — Viens et procure-toi une arme, quand elle ne serait qu'en bois : ils ont été sur pied ces deux derniers jours.

John Holland. — Alors, ils n'en ont que plus besoin de dormir maintenant.

Georges Bevis. — Je te le dis, Jack Cade le

LE ROI HENRI VI

drapier a l'intention d'habiller l'état, de le retourner, et de le mettre à neuf.

John Holland. — Il a bien raison, car on en voit la corde. Bon, je dis moi qu'il n'y a plus eu de bon temps en Angleterre depuis que les gentilshommes l'ont emporté.

Georges Bevis. — Oh ! quel temps malheureux ! On ne fait aucun cas de la vertu chez les artisans.

John Holland. — Les nobles croient que c'est un déshonneur d'aller en tablier de cuir.

Georges Bevis. — Oui, et il y a bien pis que cela; les gens du conseil du roi sont de mauvais ouvriers.

John Holland. — C'est vrai, et cependant on a dit : « Travaille dans ta vocation ; » ce qui est tout autant que dire que les magistrats devraient être des travailleurs; par conséquent c'est nous qui devrions être magistrats.

Georges Bevis. — Tu as touché juste, car il n'y a pas de meilleur signe d'un brave esprit qu'une main calleuse.

John Holland. — Je les vois! je les vois! Voici le fils de Best, le tanneur de Wingham....

Georges Bevis. — Il prendra les peaux de nos ennemis pour en faire du cuir de chien.

John Holland. — Et Dick le boucher....

Georges Bevis. — Aussi le crime sera-t-il assommé comme un bœuf et l'iniquité saignée comme un veau.

John Holland. — Et Smith le tisserand....

Georges Bevis. — -Argo, la corde de leur vie est filée.

John Holland, — Viens, viens, joignons-nous à eux.

Bruit de tambour. Entrent JACK CADE, DICK le boucher, SMITH le tisserand, et autres rebelles en grand nombre.

Cade. — Nous, John Cade, ainsi nommé du nom de notre père supposé

Dick., à part. — Ou plutôt parce qu'il s'est fait un cadeau de harengs-saurs en les volant.

Cade. — Et bien nommé ainsi, car nous serons la décadence de nos ennemis, — inspiré par l'esprit qui renverse les rois et les princes Commandez le silence.

Dick. — Silence !

Cade. — Mon père était un Mortimer....

Dick, à part. — C'était un honnête homme et un bon maçon.

CiDE. — Ma mère une Plantagenet.

Dick, à part. — Je l'ai connue parfaitement ; elle était sage-femme.

Cade. — Ma femme descendait des Lacy.

Dick, à part. — C'était en effet la fille d'un colporteur et elle a vendu bien des lacets.

Smith, à part. — Mais dans ces derniers temps , n'étant plus capable de voyager avec sa balle en peau de truie, elle fait les lessives ici, dans son canton.

Cade. — Je suis donc d'une honorable maison.

Dick, à part. — Oui sur ma foi, la campagne est honorable, et c'est là qu'il est né sous une haie, car son père n'eut jamais d'autre maison que la prison.

Cade. — Je suis vaillant.

Smith, a pari. — Il le faut bien ; la misère est vaillante.

Cade. — Je suis capable d'endurer beaucoup. Dick, à part. — Cela est hors de doute, car je l'ai vu fouetté pendant trois jours de marché, l'un sur l'autre.

Cade. — Je ne crains ni l'épée, ni le feu. Smith, h part. — Il n'a pas besoin de craindre l'épée, car son habit est à l'épreuve.

Dick, a part. — Mais il me semble qu'il devrait un peu craindre le feu, car il a été brûlé à la main pour avoir volé des moutons.

Cade — Donc, soyez braves, car votre capitaine est brave et jure de tout réformer. Les pains de sept sous seront vendus deux sous en Angleterre ; les brocs de trois mesures en contiendront dix, et je ferai un cas de félonie de boire de la petite bière ; tout sera en commun dans le royaume, et mon cheval ira paître dans Cheapside. Lorsque je serai roi, car je serai roi.... Tous. — Dieu protège Votre Majesté !

Cade. — Je vous remercie tous, braves gens. Lorsque je serai roi, il n'y aura plus de monnaie; tous mangeront et boiront à mes frais, et je les habillerai tous d'une même livrée afin qu'ils puissent tous s'entendre comme des frères et m'honorer comme leur Seigneur.

Dick. — La première chose que nous avons à faire, c'est de tuer tous les gens de loi.

Cade. — Parbleu! c'est ce que je me propose de faire. N'est-ce pas une chose lamentable que la peau d'un innocent agneau puisse devenir du parchemin ? que le parchemin une fois rempli d'écriture puisse ruiner un homme ? Quelques-

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