‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 274 sur 447 · ACTE IV, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II

uns disent que l'abeille pique, moi je disque c'est la cire de l'abeille ; je n'ai été scelle qu'une fois à une certaine chose et depuis je n'ui plus été mon maître. Qu'est-ce ? qui vient ici ?

Entrent quelques rebelles amenant

LE CLERC DE ChATHAM.

Smith. — Le clerc de Cliatham : il sait lire, écrire et compter.

Cade. — Oh, monstrueux !

Smith. — Nous l'avons pris faisant des modèles d'écriture pour les enfants.

Cade. — Voilà un scélérat 1

Smith. — Il a dans sa poche un livre où il y a des lettres rouges.

Cade. — Eh bien alors c'est un sorcier.

Dick. — De plus il peut écrire des billets d'affaires et des écritures de tribunal.

Cade. — Je suis fâché de la chose: l'homme est un homme convenable, sur mon honneur; à moins que je ne le trouve coupable, il ne mourra pas. Viens ici, maraud, il faut que je t'examine. Quel est ton nom ?

Le clerc. — Emmanuel.

Dick. — On a coutume de l'écrire en tète des lettres. Cela se passera mal pour vous.

Cade. — Laissez-moi lui parler seul. Écris-tu ton nom d'habitude, ou bien as-tu une marque pour le signer, comme il convient à un honnête homme sans méchantes intentions ?

Le clerc. — Monsieur, j'en remercie Dieu, j'ai été si bien élevé que je puis écrire mon nom.

Tous. — Il a confessé : qu'on l'emmène ! c'est un scélérat et un traître.

Cade. — Qu'on l'emmène, dis-je ! Qu'on le pende avec sa plume et son encrier au cou! {Quelques rebelles sortent avec le clerc.)

Entre MICHAEL.

Micbael. — Où est notre général ?

Cade. — Ici, mon particulier.

Michael. — Fuyez, fuyez, fuyez ! Sir Humphroy Stafford et son frère sont tout près d'ici, avec les forces du roi.

Cade. — Tiens-toi tranquille, scélérat, tienstoi tranquille ou je te flanque à terre. Il va avoir à faire à un homme qui le vaut. Ce n'est qu'un chevalier, n'est-ce pas?

Michael. — Oui.

Cade. — Afin de l'égaler, je vais faire de moi !

sur-le-champ un chevalier. (// s'agenouille.) Relève-toi, Sir John Mortnner. {Il se relève.) Maintenant sus à lui 1

Entrent SIR HUMPHROY STAFFORD et WIL- LIAM STAFFORD, son frère, avec troupes et tambours, . .

Stafford. — Paysans rebelles, boue et écume du Kent, marqués pour les potences, déposez vos armes , retournez a vos chaumières, abandonnez ce valet : le roi veut être miséricordieux, si vous vous soumettez.

William Stafford. — Mais il sera courroucé, irrité, et disposé à verser le sang, si vous allez plus loin : donc, cédez ou mourez.

Cade. — Pour ce qui est de ces esclaves en habits de soie, je ne leur prête aucune attention; c'est à vous que je parle, bonnes gens, à vous sur qui j'espère régner dans un temps à venir; car je suis le légitime héritier de la couronne.

Stafford. — Scélérat, ton père était un gâcheur de mortier, et toi-même tu es un tondeur de draps, n'est-ce pas ?

Cade. — Et Adam était un jardinier.

William Stafford. — Eh bien, que suit-il delà?

Cade. — Ceci, parbleu! Edmond Mortimer, comte des Marches, épousa la iille du duc de Clarenee, n'est-ce pas ?

Stafford. — Oui, Monsieur.

Cade. — Par elle, il eut deux enfants en un seul accouchement.

William îstafford. — Cela est faux.

Cade. — Oui, voilà la question ; mais je dis, moi, que c'est vrai L'aîné ayant été mis en nourrice, fut volé par une mendiante, et dans l'ignorance où il était de sa naissance et de sa parenté, il devint maçon lorsqu'il lut grand. Je suis son fils ; niez cela si vous pouvez.

Dicr. — Parbleu, c'est trop vrai ; par conséquent il sera loi.

Smith. — Monsieur, il fit une cheminée dans la maison de mon père, et les briques y sont encore aujourd'hui pour en témoigner; ne niez doncpas cela.

Stafford. — Et vous voulez prêter crédit aux paroles de ce vil goujat qui parle sans savoir ce qu'il dit?

Tous. — Oui, parbleu, nous le croyons; par conséquent, allez- vous- en.

LE ROI HENRI VI

William Stafford. — Jack Cade, c'est le duc d'York qui t'a soufflé cela.

Cade, a part. — Il ment, car je l'ai inventé moi-même. (Haut.) Allez, maraud, et dites au roi, qu'en considération de son père Henri V sous le règne duquel les enfants jouaient au palet avec des écus français, je consentirai à le laisser régner; mais je serai son protecteur.

Dick. — Et en outre, nous voulons avoir la tête de Lord Say, parce qu'il a vendu le duché du Maine.

Cade. — Et ce sera justice, car par là l'Angleterre est estropiée, et elle sera obligée d'aller sur des béquilles, si ma puissance ne la soutient pas. Rois, mes camarades, je vous dis que Lord Say a châtré l'État et en a fait un eunuque; il y a mieux que cela, il sait parler français, c'est donc un traîtie.

Stafford. — O grossière et misérable ignorance !

Cade. — Allons, répondez, si vous pouvez : les Français sont nos ennemis ; eh bien alors, je vous demande ceci : celui qui parle avec la langue d'un ennemi peut-il être un bon conseiller , oui ou non?

Tous. — Non, non; par conséquent nous aurons sa tète.

William Stafford. — Eh bien, puisque vous voyez que les bonnes paroles ne peuvent prévaloir, attaquez-les avec l'armée du roi.

Stafford. — Partez, héraut, et dans toutes les villes, proclamez traîtres ceux qui marchent avec Cade, afin que ceux qui fuiront avant la fin de la lutte puissent être pendus comme exemple, à leurs propres portes, sous les yeux mêmes de leurs femmes et de leurs enfants : et vous qui êtes les amis du roi, suivez-moi. (Sortent les deux Staf/ord avec leurs troupes.')

Cade. — Et vous qui aimez les communes, suivez-moi. Maintenant, montrez-vous des hommes ; vous vous battez pour la liberté. Nous ne laisserons pas un Lord, un seul gentilhomme; n'épargnez que ceux qui portent des souliers ferrés, car ceux-là sont d'honnêtes gens laborieux, et des gens qui, s'ils osaient, prendraient notre parti.

Dick. — Ils sont tous en ordre et marchent sur nous.

Cade. — Mais nous, nous sommes surtout en ordre quand nous sommes le plus en désordre. Allons, en avant 1 (Ils sortent.)

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