‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 300 sur 447 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

Un cïiamp de bataille entre Towton et Saxton dans le Yorksliire.

Alarmes. Escarmouches. Entre WARWICK.

Warwick. — Epuisé du combat comme les coureurs de leur course, je vais m' étendre un peu ici pour respirer, car les coups que j'ai reçus et que j'ai rendus en grand nombre, ont dérobé leur force à mes membres robustes, et malgré tout, je suis obligé de me reposer un instant.

Entre EDOUARD en courant.

Edouard. — Souris, ciel béni! ou bien frappe, mort maudite ! car ce monde me regarde de travers, et le soleil d'Edouard est recouvert d'un nuage.

Warwick. — Qu'est-ce donc, Monseigneur?

qu'est-ce qui arrive? où en sont vos espérances?

Entre GEORGES.

Georges. — Notre chance est perdue, notre espoir s'est changé en triste désespoir; nos rangs sont brisés et la ruine nous poursuit : quel conseil donnez- vous ? où fuirons-nous ?

Edouard. — Inutile est la fuite, ils nous suivent avec des ailes; et nous sommes faibles et ne pouvons éviter la poursuite.

Entre RICHARD.

Richard. — Ah Warwick! pourquoi t'es-tu retiré? la terre altérée a bu le sang de ton frère, percé par la pointe d'acier de la lance de Cliffoid, et dans les souffrances de l'agonie, il a crié ces paroles pareilles à un glas funèbre que l'on entend au loin : « Warwick, venge-moi ! frère, venge ma mort! » et avec ces paroles le noble gentilhomme a rendu l'âme sous le ventre de leurs coursiers qui trempaient leurs fanons dans son sang fumant.

Warwick. — Eh bien, alors, que la terre se soûle de notre sang! je tuerai mon cheval, car je ne veux pas fuir. Pourquoi restons-nous là, comme des femmes au faible cœur, à déplorer nos pertes, tandis que les ennemis font rage, et à regarder, comme si cette tragédie était jouée pour rire par des acteurs qui contreferaient des personnages réels? Ici, à genoux, je jure devant le Dieu du ciel, de ne jamais me reposer, de ne jamais me tenir en paix, jusqu'à ce que la mort ait fermé mes

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