‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 312 sur 447 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

France. — Un appartement dans le palais du roi.

Fanfares. Entrent LE ROI LOUIS XI et MA- DAME BONNE avec leurs suites. LE ROI s'assied sur son trône. Entrent ensuite LA REINE MARGUERITE, LE PRINCE EDOUARD, et LE COMTE D'OXFORD.

Le roi Louis, se levant. — Belle reine d'Angleterre, noble Marguerite, assieds-toi avec nous; il convient mal à ton rang et à ta naissance que tu sois debout, tandis que Louis est assis.

La reine Marguerite. — Non, puissant roi de France ; maintenant Marguerite doit replier ses voiles et apprendre à servir tandis que les rois commandent. Je fus, cela est vrai, la reine de la grande Albion dans mes heureux jours précédents ; mais maintenant le malheur a foulé mon titre aux pieds et m'a renversée avec déshonneur sur la terre, où je dois m'asseoir selon ma fortune, en conformant ma conduite à mon humble siège.

Le roi Louis. — Mais, dis-nous donc, belle reine, d'où sort ce profond désespoir ?

La reine Marguerite. — D'une cause qui remplit mes yeux de larmes et qui paralyse ma langue, tandis que mon cœur est noyé dans les soucis.

Le roi Louis. — Quelle que soit cette cause, reste égale à toi-même, et assieds-toi à nos côtés. (Elle s'assied à côté de lui.) Ne cède pas ton cou au joug de la fortune, mais que ton indomptable esprit chevauche triomphalement au-dessus de tout malheur possible. Sois franche, reine Marguerite, et dis-nous tes chagrins; ils seront soulagés si la France peut te prêter aide.

La reine Marguerite. — Ces gracieuses jaroles font revivre mes pensées défaillantes et donnent à mes chagrins à la langue nouée liberté de s'exprimer. Ainsi donc, qu'il soit maintenant connu du noble Louis, que Henri, seul possesseur de mon amour, est de roi devenu proscrit, et qu'il est forcé de vivre délaissé de tous en Ecosse, tandis que l'orgueilleux et ambitieux Edouard, duc d'York, usurpe le titre royal et le trône du souverain légitimement consacré d'Angleterre. Voilà la cause pour laquelle moi, la pauvre Marguerite, je suis venue avec mon fils que voici, le prince Edouard, l'héritier de Henri, pour solliciter ta juste et légitime assistance. Si tu nous manques, tout notre espoir s'évanouit : l'Ecosse a bonne volonté de nous aider, mais elle ne peut nous aider; notre peuple et nos pairs ont fait à la fois défection, notre trésor est saisi, nos soldats sont en fuite, et nousmêmes, comme tu le vois, nous sommes en piteux état.

Le roi Louis. — Illustre reine, calme la tempête par ta patience, tandis que nous méditerons un moyen d'y mettre fin.

La reine Marguerite. — Plus nous tardons, plus les forces de notre ennemi s'accroissent.

Le roi Louis. — Plus je tarderai, mieux je te viendrai en aide.

La reine Marguerite. — Oh oui, mais l'impatience accompagne le chagrin profond I et voyez, voici venir l'auteur de mes chagrins.

Entre WARWTCK avec sa suite.

Le roi Louis. — Quel est-il celui qui entre si audacieusement en notre présence?

La reine Marguerite. — Notre comte deWarwick, le plus grand ami d'Edouard.

Le roi Louis. — Sois le bienvenu, brave Warwick 1 quelles nouvelles apportes-tu en France ? (// descend de son trône ; la reine Marguerite se lève.)

La reine Marguerite. — Oui, voilà qu'une nouvelle tempête commence à s'élever, car c'est là celui qui commande à la fois aux vents et à la marée.

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