‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 313 sur 447 · ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III

Le roi Louis. Maintenant, Warwick, dis-i

. toute sincérité de conscience, Edouard est-il votre Souverain (Acte HT, se. m.)

Warwick. ■— Je viens en toute amitié et en toute sincère affection, de la part de mon Seigneur et Souverain, ton ami dévoué, le noble Edouard, roi d'Albion, d'abord pour présenter ses compliments à ta royale personne, ensuite pour solliciter de toi une ligue d'amitié, et enfin pour confirmer cette amitié par un nœud nuptial, s'il te plaît d'accorder cette vertueuse Madame Bonne, ta jolie sœur, au roi d'Angleterre en légitime mariage.

La reine Marguerite. — Si cela va plus loin, les espérances de Henri sont perdues.

Warwick, à Bonne. — Et gracieuse Madame, je suis chargé pour le compte du roi, avec votre permission et votre faveur, de baiser humblement votre main et de vous exprimer de vive voix la passion profonde de mon Souverain ; car ta renommée, qui a pénétré par ses oreilles attentives, a placé

dans son corar l'image de ta beauté et de ta vertu.

La reiise Marguerite. — Roi Louis, et vous, Madame Bonne, écoutez- moi parler avant de répondre à Warwick. Le principe de sa demande ne sort pas chez Edouard d'un amour honnête et bien intentionné, mais d'une fourberie engendrée par la nécessité ; car comment les tyrans peuventils gouverner chez eux en sécurité, s'ils n'achètent de grandes alliances à l'étranger? Pour prouver qu'il est un tyran, il suffit de cette raison que Henri vit encore ; mais fùt-il mort, il reste encore le prince Edouard que voilà, fils du roi Henri. Prends donc bien garde, Louis, de ne pas attirer sur toi le danger et le déshonneur par cette ligue et ce mariage ; car bien que les usurpateurs puissent gouverner un temps, cependant les cieuxsont justes elle temps détruit les injustices.

LE ROI HENRI VI

Warwick. — Injurieuse Marguerite!

Le prince Edouard. — Et pourquoi ne pas dire reine?

Warwick. — Parce que ton père Henri fut un usurpateur, et que tu n'es pas plus un prince qu'elle n'est reine.

Oxford. — Alors, Warwick, annule le grand Jean de Gand qui subjugua la plus grande partie de l'Espagne, et après Jean de Gand, Henri le quatrième dont la sagesse fut un miroir pour les plus sages, et après ce sage prince, Henri le cinquième qui, par sa vaillance, conquit toute la France : c'est de tous ces princes que notre Henri descend en ligne directe.

Warwick.. — Oxford, comment se fait-il que dans ce discours doucereux, vous ne nous disiez pas comment Henri le sixième a perdu tout ce que Henri le cinquième avait acquis? Il me semble que ces pairs de France ici présents doivent sourire à vos paroles. Pour le reste, vous récapitulez un arbre généalogique qui a soixantedeux ans de date, un temps insignifiant pour prescrire des droits au trône.

Oxford. — Eh quoi, Warwick, tu oses parler contre ton Suzerain, auquel tu as obéi trente-six ans, et pas une rougeur ne dénonce ta trahison?

Warwick. — Oxford, qui de tout temps a défendu le droit , peut-il aujourd'hui protéger le mensonge avec un arbre généalogique? Fi donc! laisse là Henri et appelle Edouard ton roi.

Oxford. — L'appeler mon roi, lui dont l'outrageante sentence conduisit à la mort mon frère aîné, Lord Aubrey de Vere, et plus encore, mon père, alors dans Je déclin de ses mûres années, et lorsque la nature le conduisait elle-même aux portes du trépas? Non, Warwick, non ; tant que la vie soulèvera ce bras-ci, ce bras défendra la maison de Lancastre.

Warwick. — Et moi la maison d'York.

Le roi Louis. — Reine Marguerite, prince Edouard, et vous, Oxford, veuillez à notre requête vous éloigner, tandis que je vais plus amplement conférer avec Warwick.

La reine Marguerite, à part. — Les cieux veuillent que les paroles de Warwick ne l'ensorcèlent pas ! {Elle se retire avec le prince Edouard et Oxford.)

Le roi Louis. — Maintenant, Warwick, dis-moi en loute sincérité de conscience, Edouard esl-il votre Souverain légitime? car il me répugnerait de m' allier à celui qui n'a pas été légalement choisi.

Warwick. — J'engage pour sa légitimité mon crédit et mon honneur.

Le roi Louis. — Mais est-il vu d'un bon œil par le peuple ?

Warwick. — Il est aussi favorablement vu que Henri était vu à regret.

Le roi Louis. — Eh bien, pour continuer, — toute dissimulation à part, — dis-nous en toute vérité quelle est la mesure de son amour pour notre soeur Bonne.

Warwick. — Son affection est telle, semble-t-il, qu'il convient à un monarque comme lui. Moimême, je l'ai souvent entendu dire et jurer que cet amour était une plante éternelle, dont la racine était fixée dans le terrain de la vertu, et dont les feuilles et les fruits étaient conservés par le soleil de la beauté, un amour à l'épreuve de toute haine, mais non pourtant du dédain, si Madame Bonne ne récompense pas sa peine.

Le roi Louis. — Maintenant, ma sœur, faitesnous connaître votre sérieuse résolution.

Bonne. — Mon acceptation ou mon refus seront dictés par votre acceptation ou votre refus. ( A Warwick.) Je confesse cependant qu'avant ce jourci, lorsque j'entendais célébrer les mérites de votre roi, mon oreille a souvent sollicité mon cœur à la tentation du désir.

Le roi Louis, — Eh bien, Warwick, voici ce qui en est; notre sœur sera l'épouse d'Edouard, et nous allons immédiatement rédiger des articles fixant le douaire que votre roi donne pour contrebalancer son douaire à elle. Approchez, reine Marguerite, et soyez témoin que Bonne sera l'épouse du roi d'Angleterre.

Le prince Edouard. — D'Edouard, mais non du roi d'Angleterre,

La reine Marguerite. — Trompeur de Warwick! c'était ton plan de rendre inutile ma requête par cette alliance; avant ton arrivée, Louis était l'ami de Henri.

Le roi Louis. — Et il lui est encore ami ainsi qu'à Marguerite : mais si votre titre à la couronne est faible, comme il paraît l'être, à en juger par l'heureux succès d'Edouard, ce n'est que raison à moi, de suspendre l'assistance que je vous avais récemment promise : cependant vous recevrez de ma part tous les tendres soins que votre position réclame et que la mienne peut vous donner.

Warwick. — Henri vit maintenant à l'aise en Ecosse, où, ne possédant rien, il ne peut plus rien perdre ; et quant à vous-même, notre quàndam

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