‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 314 sur 447 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

reine, vous avez un père capable de subvenir à vos besoins, et vous feriez mieux de l'importuner que le roi de France.

La reine Marguerite.— Paix, impudent, effronté Warwick! paix, orgueilleux faiseur et défaiseur de rois ! Je ne partirai pas d'ici avant d'avoir, palmes paroles et mes larmes, les unes et les autres pleines de vérité, montré au roi Louis la ruse de ton ambassade et la fausseté de l'amour de ton maître ; car vous êtes tous deux des oiseaux de même plumage. {Le cor retentit a Vextêrieur.)

Le roi Louis, — Warwick, c'est quelque courrier pour nous ou pour toi.

Entre un messager.

Le messager. — Milord ambassadeur, voici des lettres pour vous, envoyées par votre frère le marquis de Montague. Celles-là sont pour Votre Majesté de la part de notre roi. {A Marguerite.) Et ces autres envoyées je ne sais par qui sont pour vous, Madame. {Ils lisent tons leurs lettres.)

Oxford. — Je suis charmé que notre belle reine et maîtresse sourie en lisant ses nouvelles, tandis que Warwick fronce le sourcil à la lecture des siennes.

Le prince Edouard. — Voyez comme Louis frappe du pied ; on dirait qu'il est piqué : j'espère que tout va pour le mieux.

Le roi Louis. — Warwick, quelles sont vos nouvelles? et les vôtres, belle reine?

La reine Marguerite. — Les miennes sont telles qu'elles remplissent mon cœur de joies inespérées.

Warwick. — Les miennes sont douloureuses à l'excès et faites pour décourager.

Le roi Louis. — Comment! est-ce que votre roi a épousé Lady Grey? Et maintenant pour amender son mensonge et le vôtre, il m'envoie une lettre pour m'engager à la patience ? Est-ce là l'alliance qu'il cherche avec la France ? ose-t-il être assez présomptueux pour nous mépriser de cette façon?

La reine Marguerite. — J'avais prévenu de tout cela Votre Majesté; cela montre l'amour d'Edouard et l'honnêteté de Warwick.

Warwick. — Roi Louis, je proteste ici à la face du ciel et sur mes espérances du bonheur céleste, que je n'ai rien à voir dans cette mauvaise action d'Edouard. Il n'est plus mon Roi, car il me déshonore; mais il se déshonore surtout lui-même, s'il pouvait voir sa honte. Aurai-je donc oublié

que c'est grâce à la maison d'York que mon père trouva un trépas prématuré? aurai-je donc laissé passer l'outrage fait à ma nièce? l'aurai- je ceint de la couronne royale? aurai-je expulsé Henri des droits de sa naissance, pour être récompensé à la fin par un affront? Honte sur lui ! car ce que je mérite, c'est l'honneur : et afin de réparer l'honneur que j'ai perdu pour lui, je renonce ici à lui et je reviens à Henri. Ma noble reine, oublions nos précédentes querelles, et désormais je suis ton fidèle serviteur ; je vengerai l'outrage qu'il fait à Madame Bonne et je rétablirai Henri dans son premier état.

La reine Marguerite. — Warwick, ces paroles ont changé ma haine en amour : je pardonne et j'oublie tout à fait les vieilles fautes, et je me réjouis que tu sois devenu l'ami du roi Henri.

Warwick. — Tellement son ami, oui, son ami sincère, que si le Roi Louis veut bien nous fournilquelques bandes, en très-petit nombre, de soldats choisis, je me fais fort de les débarquer sur notre côte, et de renverser par la guerre le tyran de son trône. Ce n'est pas sa nouvelle épousée qui lui donnera secours, et quant à Clarence, ainsi que mes lettres m'en informent, il est très-probablement sur le point de se détacher de lui, pour s'être marié par caprice plutôt que par honneur ou par considération de la puissance et de la sécurité de notre pays.

Bonne. — Mon cher frère, comment Bonne pourrait-elle mieux être vengée que par l'appui que tu prêteras à cette reine malheureuse?

La reine Marguerite. — Prince illustre, comment le pauvre Henri pourra- t-il vivre, si tu ne l'arraches pas à l'odieux désespoir?

Bonne. — Mon grief et celui de celte reine d'Angleterre n'en font qu'un.

Warwick. — Et le mien se joint au vôtre, belle Madame Bonne.

Le roi Louis. — Et le mien se joint au tien, au sien et à celui de Marguerite; c'est pourquoi je suis fermement résolu à vous prêter assistance.

La reine Marguerite. — Laissez-moi vous donner à tous à la fois d'humbles remerciements.

Le roi Louis. — Ainsi donc, messager d'Angleterre, retourne-t'en en toute hâte, et dis au menteur Edouard, ton roi supposé, que Louis.de France lui envoie des masques pour le divertir lui et sa nouvelle fiancée : tu vois ce qui s'est passé; va en effrayer ton roi-

Bonne. — Dis-lui que dans l'espérance qu'il sera bientôt veuf, je porterai en son honneur la guirlande de saule.

La reine Marcuerite. — Dis-lui que j'ai mis de côté mes robes de deuil et que je suis prête à revêtir une armure.

Warwick. — Dis-lui de ma part qu'il m'a fait outrage, et qu'en retour je le découronnerai avant qu'il soit longtemps. Voici la récompense; pars. (Sort le message?-.)

Le roi Louis — Warwick, toi et Oxford, vous passerez la mer à la tète de cinq mille hommes et vous offrirez la bataille au menteur Edouard, et aussitôt que l'occasion le permettra, cette noble reine et le prince vous suivront avec un nouveau renfort. Cependant, avant de partir, délivre-moi d'un doute : quelle garantie avons-nous de ta ferme loyauté ?

Warwick. — Ce qui assurera ma loyauté constante, le voici : c'est que si notre reine et ce jeune prince y consentent, je suis prêt à unir ma fille aînée, qui est ma suprême joie, au prince par les liens bénis du mariage.

La reine Marguerite. — Oui, j'y consens, et je vous remercie pour cette proposition. Mon fils Edouard, elle est belle et vertueuse; par conséquent n'hésite pas, donne ta main à Warwick, et

avec ta main, ta promesse irrévocable d'épouser seulement la fille de Warwick.

Le prince Edouard. — Oui, je l'accepte, car elle le mérite, et ici pour engager ma parole, je vous donne ma main. (Il donne la main à JVaricicAA

Le roi Louis. — Pourquoi tardons-nous maintenant? Ces soldats vont être levés, et toi, Seigneur de Bourbon, notre grand amiral, tu les transporteras sur notre flotte royale. Je suis impatient de voir Edouard tomber sous la mauvaise chance de la guerre pour s'être joué d'une Dame de France par une moquerie de mariage. (Tous sortent sauf Warwick ,~)

Warwick. — Je vins ici comme ambassadeur d'Edouard, mais je m'en retourne son ennemi mortel et juré : le message qu'il m'avait confié portait sur une affaire de mariage, mais une guerre terrible sera la réponse qu'obtiendra sa demande. N'avait-il donc personne d'autre que moi pour en faire son jouet? en ce cas, il n'y aura que moi pour tourner sa plaisanterie en chagrin. Je fus le chef qui l' élevai à la couronne, et je serai le chef qui le renversera : ce n'est pas que je plaigne la misère de Henri, mais je cherche à me venger de la moquerie d'Edouard.

(Il sort.)

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