ACTE IV, SCENE II
Le messager. — Nulles lettres, mon Souverain lige, quelques paroles seulement, et telles que, sans votre pardon spécial , je n'oserai pas les prononcer.
Le roi Edouard. — Va, nous le pardonnons : par conséquent rapporte-moi en substance leurs paroles aussi exactement que tu as pu les com prendre. Quelle réponse fait le roi Louis à nos lettres?
Le messager. — A mon départ, il a prononcé ces propres paroles : « Va dire au menteur Edouard, ton roi supposé, que Louis de France est en train de lui envoyer des masques pour les divertir, lui et sa nouvelle épousée. »
Le roi Edouard. — Louis est-il donc si brave ? je crois qu'il me prend pour Henri. Mais qu'a dit Madame Bonne de mon mariage ?
Le messager. — Voici quelles ont été ses paroles exprimées avec un tranquille dédain : i Dites-lui que dans l'espoir qu'il sera bientôt veuf, je porterai à sa considération la guirlande de saule. »
Le roi Edouard. — Je ne puis la blâmer, elle ne pouvait guères dire moins; elle a été offensée. Mais qu'a dit la reine de Henri ? car j'ai appris qu'elle était alors présente.
Le messager. — i Rapporte-lui, a-t-elle dit, que j'ai quitté mes robes de deuil et que je suis prête à revoir une armure. »
Le roi Edouard. — Sans doute, elle a l'intention de jouer l'Amazone. Mais qu'a répondu Warwick à ces insultes?
Le messager. — Plus irrité contre Voire Majesté que tous les autres, il m'a chargé de vous porter ces paroles : « Dis-lui de ma part qu'il m'a fait outrage, et que pour cela je le découronnerai avant qu'il soit longtemps. »
Le roi Edouard. — Ah ! le traître a osé prononcer de si orgueilleuses paroles? C'est bien, je vais m'armer, puisque je suis ainsi averti : ils auront la guerre, et payeront leur présomption. Mais, dismoi, est-ce que Warwick est ami avec Marguerite?
Le messager. — Oui, mon gracieux Souverain, ils sont tellement liés par l'amitié que le jeune prince Edouard épouse la fille de Warwick.
Clarence. — L'aînée sans doute ; Clarence aura la cadette. Maintenant, frère roi, adieu, et tenezvous ferme sur votre trône, car je m'en vais de ce pas trouver l'autre fille de Warwick ; si je n'ai pas de royaume, je ne veux pas au moins me marier
au-dessous de moi-même. Suivez- moi, vous qui m'aimez et qui aimez Warwick. {Il sort et Somerset le suit.)
Glocester, à part. — Je ne te suivrai pas, moi : mes pensées ont un tout autre but; ce n'est pas pour l'amour d'Edouard que je reste, mais pour l'amour de la couronne.
Le roi Edouard. — Clarence et Somerset sont allés rejoindre Warwick ! Je suis armé contre ce qui peut m'arriver de pire : néanmoins la diligence est nécessaire dans cette situation extrême. Pembroke et Stafford, allez en notre nom lever des hommes et faites les préparatifs d'une guerre; ils sont déjà, ou ils seront bientôt débarqués : je vais moi-même vous suivre en personne immédiatement. [Sortent Pembrohe et Stafford.) Avant que je ne parte, cependant, Hastings et Montague, délivrez-moi d'un cloute. Vous deux, plus que tous les autres, vous êtes rapprochés de Warwick par le sang et les alliances: dites-moi si vous aimez Warwick plus que moi? S'il en est ainsi, allez tous les deux le rejoindre ; je vous aime mieux pour ennemis que pour amis douteux ; mais si vous avez l'intention de me rester fidèlement soumis, donnezmoi par quelque serment d'amitié, l'assurance que je n'aurai jamais à vous tenir en suspicion.
Montague. — Que Dieu protège Montague, comme il vous prouvera sa fidélité !
Hastincs. — Que Dieu protège Hastings, comme il a l'intention de soutenir la cause du roi Edouard!
Le roi Edouard. — Et vous, mon frère Richard, tiendrez-vous avec nous ?
Glocester. — Oui, en dépit de tous ceux qui s'élèveront contre vous.
Le roi Edouard. — Eh bien, alors, je suis sûr de la victoire. Maintenant partons d'ici, et ne perdons pas une heure jusqu'à ce que nous ayons rencontré Warwick et ses troupes étrangères. (Ils sortent.)