‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 33 sur 447 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

Un endroit découvert dans le voi de Swinstead .

âge de L'abbaye

Entrent, en se rencontrant, HUBERT et le BÂTARD.

Hubert. — Qui va là ? parlez, oh! parlez vite ou je tire.

Le bâtard. — Ami. Qui es-tu ?

Hubert. — Un homme du parti d'Angleterre.

Le bâtard. — Où vas-tu ?

Hubert. — Qu'est ce que cela te fait PPourquoi ne te demanderais- je pas tes affaires aussi bien que toi les miennes?

Lb bâtard. — Hubert, je crois ?

Hubert. — Tu as trouvé juste ; je veux croire à tout hasard que tu es mon ami, toi qui connais si bien ma voix. Qui es-tu?

Le bâtard. — Qui tu voudras; mais si cela te plait, tu peux pousser l'amitié pour moi jusqu'à penser que je suis sorti, d'une certaine façon, des Plantagenets.

Hubert. — Ah ! méchante mémoire ! toi et la nuit aveugle vous m'avez couvert de confusion. Brave soldat, pardonne à mon oreille de n'avoir pas reconnu ta voix dès sa première intonation.

Le bâtard. — Allons, allons, sans compliments, quelles nouvelles court-il?

Hubert. — Mais justement j'étais en train d'aller à travers les ténèbres à votre rencontre.

Le bâtard. — Sois bref alors , quelles nouvelles?

Hubert. — O mon noble Seigneur, des nou-

LE ROI JEAN

velles parfaitement assorties à cette nuit, noires, terribles, désolantes, horribles.

Le bâtard. — Montre-moi la plaie de ces mauvaises nouvelles : je ne suis pas une femme, je ne m'évanouirai pas devant elle.

Hubert. — Le roi, je le crains, a été empoisonné par un moine; je l'ai laissé presque sans parole et je me suis échappé pour vous informer de ce danger, afin que vous puissiez mieux prendre vos dispositions pour cette catastrophe imminente que vous ne l'auriez pu si vous aviez appris tardivement l'état des choses.

Le bâtard. — Comment a-t-il pris ce poison? Qui a goûté les mets avant lui ?

Hubert. — Un moine, vous dis-je, un scélérat résolu, dont les entrailles ont immédiatement éclaté. Le roi parle encore et peut-être pourrat-il se rétablir.

Le bâtard. — Qui as-tu laissé pour soigner Sa Majesté ?

Hubert. — Comment! ne savez-vous pas ? Les Lords sont tous revenus et ont amené avec eux le prince Henri; à la requête du prince, le roi leur a pardonné et ils sont tous autour de Sa Majesté.

Le bâtard. — Ciel puissant, retiens ton indignation et ne nous tente pas à porter plus que notre charge ! Je dois te dire, Hubert, que cette nuit, la moitié de mes troupes, en traversant les sables ont été surprises par la marée, et que ces plages du Lincoln les ont dévorées : moi-même, quoique bien monté, j'ai pu échapper à peine. En route, marchons! conduis-moi auprès du roi; j'ai peur qu'il ne soit mort avant que je n'arrive. {Ils sortent. ,)

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