ACTE I, SCENE II
Lord le chambellan : vous êtes le très-bien venu en cet air libre. Comment Votre Seigneurie a-t-elle supporté la prison?
Hastings. — Avec patience, mon noble Lord, comme le doivent faire les prisonniers : mais je vivrai, Milord, pour donner des remerciements à ceux qui furent la cause de mon emprisonnement.
Glocester. — Sans doute, sans doute, et Clarence aussi ; car ceux qui étaient vos ennemis sont les siens, et ont réussi contre lui aussi bien que contre vous.
Hastings. — C'est bien grande pitié que les aigles soient mis en mue, tandis que les milans et les buzards cherchent leur proie en liberté.
Glocester. — Quelles nouvelles du dehors ?
Hastings. — Il n'y a du dehors aucunes nouvelles aussi mauvaises que celle que voici de l'intérieur; le roi est maladif, faible, mélancolique, et ses médecins craignent extrêmement pour lui.
Glocester. — Par saint Paul, ce sont en effet de mauvaises nouvelles. Oh ! il a trop longtemps suivi un mauvais régime, et a trop consumé, en ce faisant, sa royale personne. C'est vraiment douloureux à penser. Comment donc ! est-il au lit?
Hastings. — Oui.
Glocester. — Précédez-moi, je vais vous suivre. {Sort Hastings.) Il ne pourra vivre, j'espère; mais il ne faut pas qu'il meure avant que Clarence ait été envoyé en poste au ciel. Je m'en vais, pour presser sa haine contre Clarence, l'aiguillonner de mensonges bien affilés et qui aient pour pointe des arguments d'importance ; et si je n'échoue pas dans mon profond complot, Clarence n'a pas un autre jour à vivre. Cela fait, que Dieu reçoive le roi Edouard au sein de sa miséricorde, et me laisse le monde pour y prendre mes ébats ! Alors j'épouserai la fille cadette de Warwick : qu'est-ce que cela fait que j'aie tué son mari et son père ? le meilleur moyen de faire réparation à la fillette est de devenir son mari et son père; ce que je ferai , non tant par amour que pour un autre projet secret que je pourrai exécuter en l'épousant. Mais voilà que je vais au marché avant mon cheval : Clarence respire encore; Edouard vit et règne encore; c'est lorsqu'ils seront partis, que je devrai compter mes gains. (// sort.)