L. ÉNAULT
(Rct;i;e illustrée, du 11 février 1866.)
Personne n'était mieux préparé que M. Taine à remplir les coi d'un pareil programme. L'antiquité n'a pas de secrets pour lui ; a mémoires du temps, surtout avec ceux de Cellini et de Vasari, il e: dans le palais des Borgia ; il connaît, comme un contemporain, les les rixes sanglantes, le luxe effréné, les goûts voluptueux, la fén> petits princes italiens du seizième siècle; il a sur l'art, sur les litté des théories puissamment originales ; il aime passionnément la na les magnifiques peintures qu'il nous a rapportées de son voya Pyrénées ont habitué son pinceau aux aspects sévères, aux paysages coliques. Le voilà donc prêt à nous parler de l'Italie. Mais il y a là choses à voir I
Comment mettre un peu d'ordre dans ce chaos ? Quelle méthode Aucune, M. Taine préfère aller au hasard ; il cherchera des impn et, quand il sera impressionné, il le dira ; en un mot, il fera ce que de gens savent faire: il voyagera. «Prends ceci, dit-il à un ami envoyant son livre, comme un journal auquel il manque des pages plus tout personnel. Quand une chose me plaira, je ne prétends pas lï te plaise, encore moins qu'elle plaise aux autres. Le ciel nous présen législateurs en matière de beauté, de plaisir et d'émotion!... Ce que H sent lui est propre et particulier comme sa nature; ce quejépn I dépendra de ce que je suis.» Tantpis si,dansles musées, il oublie qtffl chef-d'œuvre célèbre ! Il ne se charge pas d'écrire un catalogue. 11 c tf un plaisir, une satisfaction d'artiste. Ses promenades auront toujc's l'imprévu. De plus, à chaque instant, il aura des distractions. Au Vie: par exemple, il quitte le Laocoon pour jeter un regard sur la vil el campagne. Nous étions avec des statues en plein art grec, et nous \là milieu d'un paysage ! Cette façon de voyager pourra déplaire à beauc p gens, qui aiment à suivre une idée comme on suit un cordeau, lis sont libres de choisir un autre compagnon de route. Et, en cela, ilslj très-prudents ; car M. Taine leur jouerait plus d'un mauvais tour. I '; du Colisée, il les arrêterait pour leur faire partager son émotion; pi ll à coup, il leur échapperait pour rêver aux «habitudes d'artiste et
bourreaux des empereurs romains.»
Nous savons maintenant an t
nous voyageons : nous sommes avec un poète et un artiste érudits. To ' nous ne pouvons pas anticiper sur les plaisirs du lecteur; nous nous l<> à regret, obligés de résister aux sollicitations de la fantaisie et c n> imposer des limites.
Gaston LA VALLEY.
{Revue de l'Instruction publique, du 8 mars 1866 )
M. Taine aussi est un des plus grands producteurs et c*
mateurs d'idées qui soit aujourd'hui; nul n'est plus propre à expri»; c s'assimiler le suc des choses, et son intelligence avide et comflu rigide et souple à la fois, également propre aux opérations de la lof ui aux voluptés de la sensation, me représente une sorte de chimèisf
Brakenbiry. Il n'est pas étonnant, Milorû, que ce rè\ effrayé ; il me semble que je tremble moi-même , en vous l'entendant "^fSgrfffSgËS--; raconter.
Clarence. O Brakenbury, j'ai commis dans l'intérêt d'Edouard acte* qui portent témoignage contre mon âme, et vois comme il n récompense! (Acte I, se. iv.)
LE ROI RICHARD III
La reine Elisabeth. — Ah ! il est jeune, et sa minorité est confiée à la garde de Richard de Glocester, un homme qui n'aime, ni moi, ni aucun de vous.
Rivers. — Est-ce qu'il est décidé qu'il sera protecteur ?
La reine Elisabeth. — La chose est arrêtée, sinon encore décidée ; mais elle le sera si le roi continue à aller plus mal.
Grey. — Voici venir les Lords de Buckingham et de Stanley.
Entrent BUCKINGHAM et STANLEY.
Buckingham. — Bonjour à votre royale grâce!
Stanley. — Dieu fasse Votre Majesté joyeuse comme autrefois!
La reine Elisabeth. — La Comtesse de Richmond, mon bon Lord de Stanley, dirait difficilement Amen à votre bonne prière; cependant, Stanley, quoiqu'elle soit votre femme et qu'elle ne m'aime pas, soyez assuré, mon bon Lord, que je ne vous hais pas pour son orgueilleuse arrogance.
Stanley. — Je vous conjure de ne pas croire aux audacieuses calomnies de ses hypocrites accusateurs ; et si elle est accusée sur des rapports fidèles, veuillez pardonner sa faute qui provient, je le crois, des égarements d'un état maladif et non d'une malice déterminée.
La reine Elisabeth. — Avez-vous vu le roi aujourd'hui, Milord de Stanley?
Stanley. — A l'instant même nous venons de rendre visite à Sa Majesté, le duc de Buckingham et moi.
La reine Elisabeth. — Y a-t-il apparence que - son état s'améliore, Milords?
Buckingham. — Bon espoir, Madame; Sa Majesté parle avec gaieté.
La reine Elisabeth. — Dieu lui donne la santé ! Avez-vous conféré avec lui ?
Buckingham. — Oui, Madame, il désire réconcilier vos frères avec le duc de Glocester, ainsi qu'avec Milord le chambellan, et il nous envoie pour les mander en sa royale présence.
La reine Elisabeth. — Plût à Dieu que tout marchât bien! mais cela ne sera jamais; je crains que notre bonheur ne soit à son zénith.
Entrent GLOCESTER, HAST1NGS et DORSET.
Glocester. — On me fait outrage, et je ne le souffrirai pas : quels sont-ils, ceux qui se plaignent au roi que je les regarde de travers, et que je ne
les aime pas?Par Saint Paul, ils n'aiment que bien légèrement Sa Grâce ceux qui remplissent ses oreilles de pareilles rumeurs faites pour semer la zizanie. Parce que je ne sais pas flatter et dire de beaux mots, sourire à la face des gens, adoucir ma franchise, tromper et duper, faire des saluts à la française et des singeries de politesse, il faut qu'on me tienne pour un ennemi rancuneux? Un homme tout simple et qui ne pense pas à mal, ne peut-il donc plus vivre, sans que sa bonhomie sans détours soit calomniée par de souples et insinuants Arlequins en habits de soie ?
Grey. — A qui s'adresse Votre Grâce parmi les personnes ici réunies ?
Glocester. — A toi, qui n'as ni honnêteté, ni grâce. Quand donc t'âi-je fait outrage? Quand donc t'ai-je fait tort? (/adressant à d'autres Lords) ou à toi? — ou à toi? — ou à n'importe qui de votre faction? Malédiction sur vous tous ! Sa royale Grâce — que Dieu protège mieux que vous ne le souhaitez! — ne peut respirer tranquillement une minute, sans que vous veniez l'importuner d'indignes plaintes.
La reine Elisabeth. — Vous vous méprenez, frère de Glocester: le roi, de son propre mouvement, et sans y être provoqué par aucun solliciteur, s'étant aperçu sans doute de la haine que vous nourrissez au fond du cœur contre mes enfants, mes frères et moi, haine qui se trahit par votre conduite extérieure, envoie chercher Grey, afin de se rendre compte des motifs de votre mauvais vouloir et y mettre fin.
Glocester. — Je ne sais que penser; le monde est devenu si mauvais que les roitelets font proie là ou les aigles n'osent pas percher. Depuis que tout Pierrot est devenu un gentilhomme, il est plus d'un gentilhomme qui est devenu un Pierrot.
La reine Elisabeth. — Allons, allons, nous comprenons votre pensée, frère Glocester; vous enviez mon élévation et celle de mes parents : Dieu permette que nous n'ayons jamais besoin de vous !
Glocester. — En attendant, Dieu permet que nous, nous ayons besoin de vous : notre frère est emprisonné grâces à vos manèges; je suis moimême disgracié, et la noblesse est tenue en mépris , tandis que chaque jour de grandes ordonnances sont rendues pour anoblir des gens qui, il y a deux jours, valaient à peine un écu noble.
La reine Elisabeth. — Par celui qui me tira du bonheur modeste dont je jouissais pour m' élever à cette hauteur environnée de soucis, je n'ai