ACTE III, SCENE I
Gr.ochSTER. Eli Iiien, que vos yeux soient tri bras desséché comme un arbrisseau sans sève.
Entre HASTINGS.
Le rniNCE de Galles. — Soyez le bienvenu, Milord. Eh bien, notie mère viendra-t-elle?
Hastincs. — La reine votre mère et votre frère York se sont retirés dans le sanctuaire : pour quel motif? Dieu le sait, mais non pas moi. Le jeune prince aurait bien voulu venir avec moi à la rencontre de Votre Grâce, mais il en a été empêché par la défense de sa mère.
Buckincham. — Fi, quelle conduite sournoise et malveillante est celle de la reine ! Lord cardinal, Votre Grâce voudrait-elle persuader la reine d'envoyer le duc d'York, sur-le-champ, à son royal frère? Si elle refuse.... — allez avec lui, Lord Hastings, et arrachez de force le prince à ses bras jaloux.
Le cardinal Bourcbieb. — Milord de Buckine-
cchancetc ; regardez comme je suis ensorcelé ; contemplez mon (Acte HT, se. iv.)
ham, si ma faible éloquence peut conquérir le duc d'York sur sa mère, attendez-le bientôt : mais si elle reste sourde aux instances respectueuses, le Dieu du ciel défende que nous essayions de violer les privilèges sacrés du sanctuaire béni ! Pour tout ce royaume, je ne voudrais pas me rendre coupable d'un fi grand péché.
Buckingham. — Vous êtes trop déraisonnablement obstiné, Milord, trop ami du cérémonial, trop attaché à la tradition : pesez vos scrupules dans la balance plus sommaire de cette époque-ci, et vous verrez que vous ne violez pas le sanctuaire en vous emparant de lui. Le bénéfice du sanctuaire est toujours accordé à ceux dont les faits et gestes ont mérité cette place, et à ceux qui ont l'esprit de réclamer cetle place : ce prince ne l'a ni méritée, ni réclamée, et en conséquence, dans mon opinion, il ne doit pas y rester : ainsi en re-
LE ROI RICHARD III
tirant de ces lieux quelqu'un qui n'en est pas , vous ne violez ni privilège, ni charte. J'ai souvent entendu parler d'hommes réfugiés dans le sanctuaire, mais jamais jusqu'à présent d'enfants réfugiés dans le sanctuaire.
Le cardinal Boirchier. — Milord, vous dirigerez ma conduite pour cette fois. Allons, Lord Hastings, voulez-vous venir avec moi?
Hastings. — Je suis prêt, Milord.
Le prince de Galles. — Mes bons Lords, faites aussi grande diligence que vous pourrez. {Sortent le cardinal et Hastings.) Dites, oncle Glocester, si notre frère vient, où séjournerons-nous jusqu'à notre couronnement?
Glocester. — Où il plaira le mieux à votre royale personne. Si j'osais vous conseiller, Votre Majesté se reposerait un jour ou deux à la Tour : puis où il vous plaira, et à l'endroit que vous croirez le plus favorable à votre santé et à vos plaisirs.
Le prince de Galles. — De tous les édifices, la Tour est celui que j'aime le moins. N'est-ce pas Jules César qui a bâti cet édifice, Milord ?
Buckincham. — C'est lui, mon gracieux Seigneur, qui a commencé cet édifice, qui depuis a été successivement continué à différents siècles.
Le prince de Galles. — Est-ce un témoignage historique qui affirme qu'il l'a bâti, ou bien est-ce une tradition qui a passé de siècle en siècle ?
Buckincham. — C'est un témoignage historique, mon gracieux Seigneur.
Le prince de Galles. — Mais, dites-moi, Milord, quand bien même elle ne serait pas écrite, il me semble que la vérité pourrait se perpétuer d'âge en âge, racontée par une génération à une autre, jusqu'au jour général du jugement.
Glocester, à part. — Quand les jeunes enfants sont si sages, ils ne vivent pas longtemps, dit-on.
Le prince de Galles. — Que dites-vous, mon oncle ?
Glocester. — Je dis que la renommée vit longtemps sans le secours de caractères, {à part.) C'est ainsi que comme l'allégorie du vice Iniquité, je sous-entends deux pensées dans un seul mot.
Le prince de Galles. — Ce Jules César fut un fameux homme; en même temps que sa valeur enrichissait son esprit, son esprit s'employait à rendre sa valeur immortelle. La mort ne peut faire la conquête d'un tel conquérant ; car maintenant il vit dans la gloire, s'il ne vit plus dans le monde. Je vais vous dire quelque chose, mon cousin Buckingham.
Buckingham. — Quoi, mon gracieux Seigneur?
Le prince de Galles. — Si je vis jusqu'à âge d'homme, je reconquerrai nos anciens droits sur la France, ou bien je mourrai comme un soldat après avoir vécu comme un roi.
Glocester, à part. — Les étés qui doivent être courts ont d'ordinaire un printemps précoce.
Buckingham. — Voici venir très à propos le duc d'York,
Entrent LE DUC D'YORK, HASTINGS, et LE CARDINAL BOURCHIER.
Le prince de Galles. — Richard d'York! comment se porte notre affectionné frère?
Le duc d'York. — Bien, mon redouté Seigneur ; car c'est ainsi que je dois vous appeler à présent.
Le prince de Galles. — Oui, frère, à notre chagrin, comme au vôtre ; il est mort trop tôt celui qui aurait dû garder ce titre qui par sa mort a perdu tant de sa majesté.
Glocester. — Comment se porte notre neveu, le noble Lord d'York?
Le duc d'York. — Je vous remercie, mon aimable oncle. O Milord, vous disiez que les mauvaises herbes poussent vite : le prince mon frère m'a dépassé de beaucoup.
Glocester. — C'est vrai, Milord.
Le duc d'York. — Il est donc une mauvaise herbe?
Glocester. — Oh! mon beau neveu, je ne dois pas dire cela.
Le duc d'York. — Alors il vous est beaucoup plus obligé que moi.
Glocester. — Il peut me commander comme mon Souverain ; mais vous avez pouvoir sur moi comme parent.
Le duc d'York. - — Je vous en prie, mon oncle, donnez-moi ce poignard.
Glocester. — Mon poignard, petit neveu, de tout mon cœur.
Le prince de Galles. — Vous mendiez, mon frère ?
Le duc d'York. — Oui, auprès de mon charitable oncle, qui, je le sais, aime à donner; et comme la chose que je demande est une bagatelle, cela ne lui fera aucune peine de me la donner.
Glocester. — Je puis donner à mon neveu un plus grand cadeau que celui-là.