SCENE II
Londres. — Uu appartement dan de Lancastre.
le palais du duc
Entrent JEAN DE GAND et la DUCHESSE DE GLOCESTER.
Jean de Gand. — Hélas! les liens du sang qui m'unissaient à Glocester me sollicitent plus encore que vos clameurs à poursuivre les bouchers de sa vie; mais puisque le pouvoir de réparation réside dans les mains mêmes qui ont commis le crime que nous ne pouvons réparer, remettons notre querelle à la volonté du ciel qui, lorsqu'il verra que les temps sont mûrs sur la terre, fera pleuvoir le feu de sa vengeance sur les têtes des offenseurs.
La duchesse de Glocester. — Quoi! l'amour fraternel ne trouve pas en toi un plus vif éperon? L'affection n'a-t-elle pas de feu vivant dans ton vieux sang? Les sept fils d'Edouard, dont tu es un toi-même, étaient comme sept vases remplis de son sang sacré, ou comme sept belles branches issues d'un même tronc ; quelques-uns de ces sept vases ont été desséchés par le cours de la nature; quelques-unes de ces branches ont été coupées par les destins : mais Thomas, mon cher Seigneur, ma vie, mon Glocester, ce vase plein du sang sacré d'Edouard, cette branche florissante de sa très-royale racine, la main de l'envie l'a brisé et toute la précieuse liqueur a été répandue ; le fer tranchant du meurtre l'a coupé et toutes les feuilles de son été se sont flétries. Ah! Gand, son sang était le tien; le même lit, le même ventre, la même ardeur, le même moule qui t'ont créé, l'avaient fait homme, et quoique tu vives et que tu respires, tu es cependant assassiné